Écrire pour ne rien dire

Il arrive parfois que mon esprit soit vide, si vide que la moindre pensée fait de l’écho à l’intérieur de ma tête. Et ce n’est pas un mal ! Avoir l’esprit vide permet de mieux le reremplir par la suite. En attendant, cela offre un moment de détente et de quiétude.

Comme j’ai l’esprit vide, aujourd’hui j’ai décidé d’écrire pour ne rien dire. J’espère que vous n’y voyez pas d’inconvénient. Car, quand je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache. Vous ne voudriez tout de même pas que je fasse comme tous ces gens qui n’ont rien à dire et qui ne le disent pas ? D’ailleurs, si vous-même lecteurs n’avez aussi rien à dire, vous pouvez l’écrire en commentaire.

Ainsi, nous pourrons discuter de rien. Que ce soit de moins que rien, de trois fois rien ou de rien de neuf, je le laisse aux aptitudes mathématiques de chacun. Aux sceptiques, je leur pose la question : sans vouloir rien imposer, serait-il plus terrible d’écrire sur rien que de ne rien écrire ? Vous pouvez ne rien répondre, c’est toujours une option.

Vous vous attendez peut-être à ce moment que je vous décrive la situation en général ? Mais non, je vais plutôt vous décrire la situation d’un général en particulier. À ne pas confondre avec la situation d’un particulier en général, il s’agit d’une autre histoire. Nous ne voudrions tout de même pas mettre tout sans dessus-dessous. Le général sera donc en dessous et le particulier au-dessus. Et ce qu’ils feront ne nous regarde pas.

Ce général, pour ne pas être pire qu’un autre, n’en était pas meilleur non plus. Il voulait simplement avoir le contrôle de la situation en général et reprendre le contrôle de sa situation en particulier. Car sa relation avec le particulier avait la particularité d’affecter sa situation de général en général. Ce qui était problématique vous en conviendrez. Car en haut, on commençait à savoir ce qu’il portait en bas. Et si ses dessous ne regardaient pas ceux du dessus, cela ne les empêchait pas de s’en mêler pour autant. Pourtant, les dessous protègent ses parties intimes, ils relèvent donc de l’intimité et ne devraient être exposés, sauf au regard du particulier.

Le général fit donc savoir à ceux du dessus que ses dessous ne les regardaient pas, sauf s’ils les portaient au-dessus, ce qui n’était pas le cas. Ainsi s’en alla-t-il bras-dessus bras-dessous avec le particulier pour profiter en général de cette situation en particulier.

Vous voyez qu’on peut en raconter des choses quand on a rien à dire ! Même si ça ne veut pas dire grand chose.

Les descriptions

Je vais être honnête et direct. Je n’aime pas beaucoup les descriptions.

 Mais t’es complètement intolérant et sectaire ! À chaque fois que tu refuses de faire une description, un bébé phoque imaginaire ne naît pas. Monstre !

Et en plus il faut que je me justifie ? Très bien ! Tout d’abord, précisons : je n’aime pas les descriptions longues et détaillées qui ne servent pas l’histoire. En tant que lecteur, je me fais toujours des images dans ma tête et je me rends compte que les images correspondent rarement aux descriptions. C’est un peu bête, car ces images se forment spontanément et c’est ainsi que je me représente et m’approprie l’univers dans lequel je m’immerge par la lecture. C’est ainsi que je prends plaisir à l’arpenter, sous la forme qui me convient le mieux. Et j’éprouve toujours une certaine gêne quand je trouve une incohérence entre mon imagination et ce qui est écrit.

En plus de cette considération primordiale (avis tout à fait personnel), je trouve les descriptions généralement chi… ennuyeuses. Elles cassent le rythme, détournent de l’action et, au final, font mal ce que d’autres médias font très bien. Les images, les films, les BD, les jeux vidéo sont des médias très efficaces pour présenter des scènes et font en une seconde le travail de dix pages entières de description. L’écriture a bien d’autres points forts qu’il me paraît plus judicieux d’exploiter, notamment la possibilité de présenter des pensées, d’expliquer des raisonnements, de décrypter des situations, d’analyser des états.

C’est amusant, car il y a beaucoup de personnages que je crée à partir d’images existantes provenant de diverses sources (artworks, films…). J’ai donc une vision et une visualisation souvent très précise de mes personnages et je pourrais les décrire en détail. Mais déjà que je n’aime pas lire les descriptions, j’aime encore moins les écrire. Pour cette raison, je me contente généralement de ne donner que quelques points très caractéristiques, des petits repères à partir desquels chacun pourra construire sa version du personnage. Cela peut être une couleur de cheveux, une forme de tête, une moustache particulière. Puis j’étends ce raisonnement au reste de l’univers fictif. Tant que les éléments servant l’histoire sont présents, le reste peut être imaginé comme chacun le préfère afin de procurer le plus de plaisir.

Je déteste être au milieu d’une histoire et faire une sorte de pause, de couper la fluidité de la réflexion pour l’arrêter sur la construction d’une représentation. Pour moi, l’imagination de l’univers est un processus qui doit se faire naturellement et presque inconsciemment pour compléter et servir de cadre à l’action sur laquelle on se focalise. Je trouve bien plus facile et agréable de laisser l’esprit construire le cadre qui lui plaît plutôt que de le forcer à imaginer avec fidélité quelque chose de très précis. Les efforts considérables requis ne sont, pour moi, pas compensés par l’apport d’un plaisir supplémentaire, bien au contraire. Par exemple, il me suffit de dire “un homme à moustache” et tout le monde formera immédiatement et sans effort dans sa tête la vision d’un homme à moustache. Cette vision sera différente pour chacun et dépendra du vécu et des influences. Pour l’un, ce sera peut-être Walter White, pour l’autre, ce sera son grand oncle Bertrand, celui-là pensera à Hulk Hogan et celui-ci à Dupont et Dupond. Et je pense que c’est très bien comme cela tant que tout le monde y trouve son compte.

 En fait, t’es en train de dire que tu es un gros flemmard. Tu te caches derrière des arguments fallacieux pour laisser les autres travailler à ta place. Tu crois que simplement écrire “bébé phoque” va faire naître un bébé phoque imaginaire ?

Je suis certain que le bébé phoque est déjà parfaitement présent dans l’esprit de tout ceux qui ont lu ces lignes. Je n’ai pas besoin de dire que sa peau suinte de la graisse luisante, que ses moustaches frémissent à l’odeur du poisson, que son œil partage des similarités avec le regard d’un alpaga et qu’il se déplace en prenant le monde entier pour un toboggan.

Pour préciser, il ne s’agit là que de mon avis personnel et ne saurait en aucun cas constituer une vérité à laquelle tout le monde devrait adhérer. On peut très bien aimer lire et écrire des descriptions longues et détaillées et prendre du plaisir à reproduire une construction imaginaire fidèle. D’ailleurs, la description en tant que telle et dans certains contextes peut être un exercice très amusant. C’est à la discrétion de chacun.

Kiffomètre

Au détour d’une recherche hasardeuse et totalement désintéressée, je me suis aperçu que le verbe kiffer était rentré dans les dictionnaires de la langue française. Petit rappel pour les plus lexico-puritains, kiffer signifie prendre du plaisir ou plus familièrement prendre son pied grave la race de sa maman adoptive (ça marche aussi avec les papas, mais c’est moins couramment employé).

Galvanisé par ma découverte, j’ai poussé le vice. J’ai constaté que le nom kif était lui aussi présent. Fort bien ! Puisque la porte est ouverte à toutes les fenêtres, je propose l’ajout d’un nouveau mot : Kiffomètre. Parce que ce n’est pas le tout de kiffer, encore faut-il être capable de mesurer l’intensité de son kif.

Je sais déjà que les plus paresseux et laxistes utilisent une logique floue et une échelle discrète d’états vaguement définis. D’autant que la définition de ces états est généralement propre à chaque individu. Ainsi, on part du petit kif pour aller jusqu’au MEGA KIF EUD’LA MORT-QUI-TUE-LA-VIE. Oui, en majuscule ça a plus d’impact. Entre les deux, on a souvent tout un tas d’états intermédiaires tels que : le kif tout simple, le grand kif, le gros kif, le kif grave (mais pas de kif aigu).

Là où la logique floue intervient, c’est que les individus sont souvent incapables de donner avec certitude leur bon état de kif. Difficile effectivement de trancher entre le grand kif et le gros kif. Pour ma part, ce n’est pas satisfaisant de dire « J’ai une certitude de 73% pour le KIF EUD’LA MORT et 27% pour le Kif-de-ma-life. » Alors qu’avec un Kiffomètre bien calibré, il suffirait de définir des intervalles précis correspondant chacun à un état. Ce serait quand même vachement plus simple, non ?

Le Kiffomètre, parlons-en. Tout comme la définition des états de kif, le Kiffomètre est relatif à chaque individu. Tout le monde n’a pas la même manifestation du kif et donc la mesure diffère. Si certaines personnes sont capables de connaître précisément leur concentration de dopamine dans le cerveau, pour la plupart du commun des mortels, ce n’est pas le cas. Il faut donc utiliser d’autres instruments.

Les exemples sont multiples et souvent imaginatifs. Par exemple, certains individus ne peuvent s’empêcher de bondir lors d’un kif intense. Si on part du principe que la hauteur du bond est directement liée à l’intensité du kif, alors n’importe quel instrument de mesure de cette hauteur ferait office de Kiffomètre. Nous obtiendrions ainsi une mesure numérique précise qu’il suffirait de convertir en état de kif par le biais de la fonction idoine.

De la même manière, on pourrait prendre pour référence le rythme cardiaque, l’intensité électrique du système nerveux (il faut un multimètre particulièrement sensible), un analyseur d’ondes cérébrales… Toutefois, attention aux faux positifs : la dilatation des pupilles peut effectivement indiquer un kif à la vue d’une personne tierce d’un sexe compatible, mais également une surconsommation d’opiacés ou encore une mydriase.

Laissez parler votre imagination.

La Journée Internationale de Lafâme

Le 8 mars, c’est la Journée Internationale de Lafâme. Mais qu’est-ce donc que Lafâme ? Hélas, après une courte recherche sans conviction, je n’ai pas trouvé de définition dans le dictionnaire. Je suis donc dans l’obligation d’aller enquêter dans mon imaginaire afin d’obtenir des réponses.

Premier arrêt chez mon cher ami l’anthropologue Alain de Lôme. Il fut aussi surpris que moi d’apprendre la découverte de cette chose qu’était Lafâme. Il n’en avait jamais entendu parler. Il put m’assurer avec toutes les certitudes de sa science infuse que Lafâme n’appartenait pas à l’espèce humaine. Certes, mais cela ne disait toujours pas ce qu’était Lafâme, et s’il fallait procéder par élimination, la route serait longue !

J’espérais avoir plus de chance chez le Zoologue René Descendres. Il était toujours compliqué de discuter avec le Docteur René, il avait le même débit de parole qu’une turbine de barrage hydroélectrique. Après un quart d’heure d’explications absconses sur un oiseau à combustion spontanée, je pus enfin lui poser ma question. Dans son encyclopédie mentale, René trouva une entrée. Un espoir naquit. Il avait déjà ouï parler de cette créature. Cependant, il semblait que Lafâme n’avait aucune réalité avérée et relevait plutôt du mythe aux côtés des satyres, sirènes et autres dragons. Pour creuser le sujet, il me donna discrètement l’adresse d’un homme auquel il ne voulait certainement pas être publiquement associé.

Me voilà donc devant la demeure du fameux Conte Illusionniste Chimériste Occultiste et Exorciste (avec supplément 50€ uniquement) : Marabou Tabou Jean Tan Phil. Je me demandais de quelle nationalité il était originaire. Je dus d’abord dissiper les malentendus en expliquant que je ne souhaitais pas exorciser mon disque dur, ni ressusciter les clusters défectueux à distance par la pensée. Je pus ensuite lui exposer le but de ma visite, à savoir : découvrir ce qu’était Lafâme. Après une observation consciencieuse de la rue vide, il me tira à l’intérieur par le col.

Jean prit un air très grave et me demanda si j’étais prêt à aller jusqu’au bout. Devant ma résolution, il me guida jusqu’à sa bibliothèque interdite. Après avoir dépassé une rangée de livres mathématiques de la série X-18, nous atteignîmes le sanctuaire occulte. Là, il me présenta le compendium des chimères que je me mis à compulser avidement à la lueur d’une bougie (pour mettre dans l’ambiance). Jean utilisait du jambon séché en guise de marque-page, une technique bien connue pour ne pas oublier de se sustenter lors des longues séances de lecture. Il me proposa de me servir, je refusai poliment. Je trouvai enfin la page qui m’apporterait les réponses.

Lafâme

Lafâme est une chimère composée pour moitié d’une licorne arc-en-ciel, pour moitié d’une chatte et pour moitié d’une rose. Elle défie les fondements universels en étant composée de trois moitiés. De plus, il s’agit d’une créature appartenant en même temps au règne animal et végétal. Elle se nourrit d’amour, de soleil et d’eau fraîche déminéralisée. Elle fane. Son système digestif s’apparente à une distillerie de parfum. Elle est animée par un comportement erratique fluctuant dans le temps suivant des schémas difficilement décryptables.

Lafâme était l’unique individu de son espèce et donc définissait son espèce entière. Cependant, il y eut un très grave incident perpétré par le Docteur Samuel Bis, un événement qui provoqua ce qu’on appellerait dans les cercles autorisés : Le Grand Clonage. Un vendredi soir, après un pot de départ, Samuel, qui travaillait dans le laboratoire de clonage bovin du Limoursin, eut l’idée de remplacer l’ADN de vache par de l’ADN de Lafâme qu’il avait obtenue par des moyens illégaux. C’était juste pour rire. Oubliant d’éteindre en partant, le laboratoire tourna tout le week-end, produisant des centaines de clones de Lafâme. C’était précisément le 8 mars d’une certaine année.

La situation échappa à tout contrôle, et les spécimens clonés s’égayèrent dans la nature. Il fallut très peu de temps aux opportunistes pour découvrir le potentiel des Lafâmes. Faciles à entretenir et disposant d’un potentiel cognitif suffisamment avancé pour réaliser des tâches modérément complexes, elles représentaient une main d’œuvre idéale. Elles pouvaient même servir de chimères de compagnie pour combler la solitude des hommes. Ainsi de nombreux laboratoires de clonage clandestins prospérèrent.

Devant cette hérésie, le Malsain Ordre de la Lumière Obscure (MOLO) lança un puissant sort d’occultation. Ce sort très technique avait pour but de camoufler aux hommes l’existence des Lafâmes tout en continuant à les exploiter, parce que c’était quand même vachement rentable. Ainsi, aux yeux du commun des mortels, les Lafâmes avaient l’air d’humains bizarres, superficiels et incompréhensibles. Rien d’étonnant, car leur nature était tout autre.

Je refermai le compendium, choqué par cette révélation. Marabou Tabou Jean Tan Phil m’afficha un regard compatissant. Il savait que l’acceptation de la vérité faisait mal. Il connaissait les histoires sombres et les secrets douloureux, sa bibliothèque interdite en était pleine. Je quittai les lieux non sans entendre les dernières recommandations de Jean. Je devais éviter d’ébruiter le secret ou le MOLO viendrait me rendre visite, et je ne voulais certainement pas que MOLO me rendît visite.

Était-ce une mauvaise farce ? Pour en avoir le cœur net, je devais consulter le Docteur James Fouettelarbin. Cet homme avait divisé la communauté scientifique. Certains le prenaient pour un escroc, d’autres pour un visionnaire. Il avait pour ainsi dire créé une nouvelle profession : Larbinologue. En effet, auteur de la fameuse et controversée Encyclopédie du Larbin, le Docteur James fut le premier à s’intéresser à l’étude des larbins. Si quelqu’un savait quelque chose sur des créatures exploitées, ce devait être lui.

Le Docteur me reçut amicalement. Nous nous étions déjà brièvement croisés lors d’un séminaire sur les Pokémons électriques et leurs Méga-évolutions. L’évocation des Lafâmes ne le surprit pas. Il trouvait leur étude fascinante. Aujourd’hui encore, il peinait à les classifier de manière définitive. Assurément, elles faisaient partie de la famille des Larbins Utilitaires, toutefois l’éventail de leurs fonctions rendait un classement plus précis difficile. Il avait donc créé une catégorie spéciale : Larbin à tout faire. Dans cette même catégorie, on pouvait retrouver les méconnus Lutins Mouches Magiques mais Maléfiques (LMMM). Il m’offrit un exemplaire de son encyclopédie afin de m’instruire.

Fort de mes découvertes sur Lafâme, je décidai de prendre le temps de méditer.

Tiens, je viens de découvrir que le 8 mars est également la Journée Internationale des Droits Des Femmes. Y a-t-il le moindre rapport entre ces deux événements ?

Pissenlit

Tout le monde connaît les pissenlits. Ils poussent partout et même que quand on est enfant, on passe son temps à les arracher sauvagement pour souffler dessus. Je suis sûr que même des adultes le font… en cachette et ils ne veulent pas que ça se sache.

J’ai découvert récemment l’origine du mot pissenlit. Avant je disais cela pour rigoler, mais en fait il parait que c’est vraiment cela : pissenlit est composé du mot pisse (du verbe pisser), la préposition en et le mot lit. D’ailleurs, il a un autre nom vernaculaire : le pisse-au-lit, ce qui est plutôt explicite (je vous laisse chercher vernaculaire). Cette fleur aurait reçu cette appellation à cause de ses propriétés diurétiques (fait faire pipi).

On peut imaginer le mec qui a donné le nom de la fleur. Il s’est fait une soupe de pissenlits avant d’aller se coucher et il s’est rendu compte de son erreur… J’en profite pour rappeler que le pissenlit est comestible, on peut manger les racines, la fleur et les feuilles. Donc, il est tout à fait possible de manger les pissenlits par la racine. Il y a même du vin de pissenlit. Vous connaissiez le vin blanc, rouge, rosé, hé bien voilà du vin jaune.

C’était vraiment très intéressant.