La Caverne d’Alibasteuf, partie 3

Précédemment, dans la Caverne d’Alibasteuf : parée d’un équipement à faire mourir d’envie Jack Plein les Fouilles, Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante, épiait ses ennemis grâce à la fonction zoom de son Casque Tactique Omniscient de Wolle Aque. Tel un Falconidae Générique Furieux s’apprêtant à fondre sur le Chien de Prairie Innocent et Inconscient, elle se préparait à sauter sur le petit groupe de Vilains Voleurs Volages. La parfaite illustration de la Mort qui Venait du Ciel ! Une seconde, n’était-elle pas censée avoir déjà sauté ?

— J’ai une impression de déjà vécu !

Étant seule, elle pensait se parler à elle-même. Toutefois, la voix de Roger, l’Administrateur de Caverne, crépita dans ses oreilles.

— Oui, moi aussi j’ai remarqué ! Ce doit encore être un coup de l’Artefact Omniscient de Narration Pédante. Il faudra que je trouve un moyen de le désactiver un jour…

— Roger ? Je t’entends dans mon casque ! C’est magique !

— Non, c’est vaudoumatique ! Je vous l’ai expliqué il y a quelques minutes seulement !

— Ah oui, c’est vrai… Sinon, je m’interrogeais, ton Bidule de Narration Pétante là, il narre à qui ?

— Il narre à Scion.

Sur ces mots, il se mit à pouffer bruyamment, chaque expulsion d’air provoquant un Crépitement Hautement Irritant dans le casque de Sonya. Elle serra les dents très fort.

— Tu as de la chance d’être hors de portée de poing.

Roger reprit contenance.

— Hum… Plaisanterie à part, vous ne devriez pas vous poser trop de Questions Technico-Métaphysico-Phylosophico-Magique. D’abord, ça vous fait mal au cerveau. Ensuite, on n’a pas toutes les réponses.

— Mouais…

— Ce qui serait vraiment plus productif dans l’immédiat, ce serait de faire une Diversion Vraiment Très Bruyante. Et je mets l’emphase sur “Bruyante”. Comme ça, je pourrai tranquillement et discrètement rejoindre le Poste de Contrôle n°3. Merci beaucoup !

Sonya hocha la tête en signe d’acquiescement. Évidemment, son interlocuteur ne le vit pas. Il fit donc une Insistante Demande de Confirmation.

— Oui, oui ! C’est bon ! Un max de barouf ! Je m’en charge !

L’Aventurière à la Tignasse Lacérante se redressa de toute sa stature. Il était temps de sauter. Le problème quand on se sent trop bien équipé, c’est qu’on a tendance à oublier les règles de sécurité de base, par exemple : ne pas se laisser tomber du haut d’une voûte de caverne située à une quarantaine de mètres du sol. Sonya se rappela ce détail une fois en l’air. Battre des bras pour voler sembla futile sur le moment, elle se contenta donc de Stresser à Grosses Gouttes en priant pour que les Bottes Gyro-Gravitiques du Chat Moqueur fonctionnassent. Et elles fonctionnèrent !

Sonya atterrit indemne dans un Impact Fulgurant Creusant un Cratère Craquelé. Le sol trembla et la poussière se souleva. Face à elle, 3 triples Vs médusés hésitèrent sur la réaction à avoir après la surprise. La scène aurait empourpré de jalousie un Comédien Cascadeur de Théâtre d’Action de la dimension Bollymood, surtout quand elle ajouta un Bruyant Gloussement Triomphalement Machiavélique.

— Toute résistance est futile ! Rendez-vous ou périssez !

Voilà de quoi renforcer l’intensité dramatique ! Cet ultimatum eut pour effet de réveiller la défiance naturelle dans l’âme de Scarlet “la Tornade de Lames en Furie”. Fortuitement, la brigande se trouvait dans le rayon des épées courtes et elle avait eut le temps de s’équiper convenablement de Lames Suintant la Magie Runique par tous les pores métalliques. Confiante mais inconsciente, elle se jeta à l’assaut dans un expert balai mortel baptisé les Mille Pétales Miroitants du Sakura Humide de Rosée. Sonya devait avouer que la technique était impressionnante, voire hypnotisante. Elle opta donc pour la formation défensive du Rocher Stoïque Pris au Dépourvu par la Tempête, une manœuvre audacieuse qui consistait à encaisser l’ensemble des coups en comptant sur la supériorité de son armure. Ce qui fonctionna.

Scarlet, constatant l’inefficacité de ses attaques, se replia par réflexe pour analyser son adversaire, ses yeux à la recherche de brèches et d’interstices dans les jointures de l’armure. Sonya en profita pour dégainer son épée possédée qu’elle dressa fièrement devant elle. Un Petit Visage Souriant de Froideur Amicale se dessina dans le métal.

— Bonjour, je suis Perce-Cœur, enchantée de faire votre connaissance ! Vous semblez être une épéiste digne de ce nom. Quel dommage de devoir vous tuer.

— Ce n’est pas le tout de fanfaronner, il faut assumer ses paroles !

— J’assume pleinement ! Je vais vous occire en trois mouvements !

Cette raillerie fut la Goutte d’Eau qui Fit Déborder l’Océan de Vase. Scarlet vit écarlate et se jeta à nouveau à l’assaut. Sonya se sentait bizarrement peu concernée par ce combat entre son épée et la voleuse. Tout juste eut-elle l’impression de donner un léger coup de main à la lame. Tout se passa si vite que le cerveau de l’aventurière peina à analyser à posteriori l’enchaînement des actions.

Agile comme le Chat Expert des Gouttières, Scarlet engagea avec la Feinte du Tigre Famélique. Il en fallait plus pour tromper Perce-Cœur qui contra facilement avec le Fil à Couper l’Herbe sous le Coussinet. Au contact des lames, celle de la voleuse vola en éclat. L’arme possédée en profita pour enchaîner avec le Battement d’Aile du Papillon Quantique pour faire exploser la deuxième épée de son adversaire.

Ainsi désarmée et désarçonnée, Scarlet “la Tornade de Lames en Furie” ne sut réagir face à la Subite Lourdeur de Plomb Atmosphérique. Ce troisième mouvement lui fit littéralement perdre la tête. Sonya en demeura perplexe. Non pas qu’elle fût choquée par la décapitation sanglante de la voleuse. Elle n’arrivait simplement pas à décrire l’expérience de manier une arme dotée d’une âme. En fait, elle avait plutôt l’impression d’être manipulée par l’épée que l’inverse.

Les deux autres triples Vs en profitèrent pour mettre en œuvre la technique millénaire et éprouvée dite de la Fuite Ventre à Terre du Toutou Craintif. C’était assurément préférable à l’Arrêt Cardiaque de Hamster Émotif. Sans vraiment réfléchir, Sonya dégaina l’Arbalète de Poing à Répétition Impossible de Gui Tell. Puis, sans vraiment viser, elle pressa la détente en direction des fuyards. Georges “le Masseur aux Doigts d’Acier” s’écroula pour interpréter avec un réalisme stupéfiant le rôle d’un porc-épic mutant.

L’aventurière poursuivit le mitraillage en espérant toucher le dernier survivant. Malheureusement, celui-ci avait déjà bifurqué hors de vue au bout de l’allée. Mais c’était sans compter sur les Carreaux Magiques Perforants à Tête Chercheuse. Eux aussi bifurquèrent, et non contents de chercher, ils s’octroyèrent également le luxe de trouver, comme en témoigna le Sonore et Incontournable Cri de Wilhelm.

— Trois de moins. Plus que trente-sept !

La voix de Roger murmura dans son oreille.

— C’est bien, mais il va falloir faire plus bruyant. Si je n’atteins pas le Poste de Sécurité n°3, je ne pourrai jamais ouvrir le Passage Secret de Secours Réglementaire pour permettre à la Ligue Héroïque de Défense des Aventuriers Intègres d’arriver en renfort.

— Et alors quoi ? Tu veux que jappelle les voleurs pour qu’ils viennent me voir ?

— Hé bien, puisque l’idée est lancée, il me semble approprié de vous signaler que le Casque Tactique Omniscient de Wolle Aque dispose d’un amplificateur vocal.

— Ah…

— Vous pourriez peut-être les provoquer en évoquant leurs mamans avec des termes peu élogieux. Ensuite, vous enchaînez avec une petite volée de noms d’oiseaux bien choisis, puis une critique véhémente sur la taille de leurs attributs sexuels. Ça devrait suffire à vous attirer toutes leurs foudres.

— …

— Allô ? Vous êtes toujours là ?

— Oui. J’étais simplement en train d’évaluer le potentiel d’imbécillité de cette suggestion.

— Quelle est la conclusion ?

Sonya poussa un Long Soupir de Lassitude Exacerbée.

— Je n’ai pas d’autre idée…

— Alors c’est adjugé ! Je compte sur vous !

— C’est ça, ouais… Bon alors, amplificateur vocal, comment ça marche.

Le casque afficha sur la visière un petit message énoncé par une douce voix magicielle.

— Amplificateur vocal activé.

— Ah ! En fait c’était facile, il suffisait de le dire.

L’Aventurière à la Tignasse Lacérante entendit sa phrase résonner dans toute la Caverne Principale. Elle se rendit compte qu’elle n’avait pas prononcé les paroles les plus épiques pour honorer une voix aussi puissante. Elle eut une petite honte passagère qu’elle balaya d’un raclement de gorge.

— Hum… Hum… Youhou ! Les voleurs volubiles ! J’ai ouï dire de source sûre que vous aviez tous de toutes, toutes petites gonades. En plus, on raconte partout que votre maman a trompé votre papa avec un martin pêcheur. Et puis que la cigogne qui vous a apporté, elle avait trop bu. Du coup, elle volait trop bas et elle vous a fait percuter des cheminées. C’est pour ça que vous êtes moches et bêtes. Voilà ! Je suis dans l’allée 5 des Épées Courtes si vous voulez démentir ces accusations. Sinon, tout ce que j’ai dit sera considéré comme approuvé avant d’être répété et amplifié, car qui ne dit mot consent. Allez, je vous attends mes poussins, venez vite !

Sonya éprouva un instant de satisfaction à la fin du discours avant de se rendre compte qu’elle avait prononcé une Logorrhée d’Amphigouris Aviaires Peu Reluisante. Roger commenta sobrement.

— Ça devrait faire son office.

— Ouais. Bon, comment on arrête ce bidule d’amplification là ?

Heureusement, le casque se montra compréhensif et s’empressa de spécifier.

— Amplificateur vocal désactivé.

L’attente ne fut pas longue. Quelques secondes plus tard, un Gros Tom en Furie déboula au bout de l’allée. Il portait la Cuirasse des Fabuleux Pecs d’Acier. L’aventurière ne put s’empêcher de ressentir une certaine contrariété à l’idée que cette armure lui avait été précédemment refusée. On ne leur refusait jamais rien aux hommes, ou plutôt, ils ne se refusaient jamais rien.

— C’est toi qui as insulté ma maman ?

Injecter plus de testostérone dans cette voix l’aurait fait passer dans les fréquences inaudibles.

— Non, c’est deux rayons plus loin.

Le mastodonte disparut dans un râle énervé. Sonya n’arrivait pas à croire que cette vieille blague avait fonctionné. Profitant du répit, elle songea avec envie au gros marteau arboré par la brute.

— Il s’agit du Gros Fer 7 de Grolf le demi-géant. Il s’en servait pour un jeu qui consistait à projeter des rochers dans des cavernes afin de marquer des points.

Sonya tourna la tête pour découvrir la présence de GG FFS, le Gentil Guide Feu Follet Solitaire.

— Ah, mais t’es là toi ?

— Bien sûr, je tiens à assurer un service client irréprochable à votre égard.

— Hé bien, merci pour l’info.

— Yaaaaaaaaargh !

Ce devait être le cri de rage du Gros Tom en Furie qui réalisait s’être fait berner. Et ça, ce devait être son lourd pas de charge qui venait dans cette direction. Et là, il réapparaissait en irradiant de colère bestiale. Amusant de constater que, quand on se sent surprotégée, on a tendance à se considérer comme une spectatrice non concernée. Pourtant, c’était bien vers l’aventurière qu’il chargeait. Perce-Cœur choisit ce moment pour interpeller Sonya.

— Au fait, il me paraît urgent de vous communiquer une information.

— Quoi donc ?

— Ma description était quelque peu exagérée, je ne fais pas exploser toutes les armes au contact, seulement les épées.

— Ah, mer…

D’un geste souple mais puissant, le Gros Fer 7 de Grolf cueillit Sonya comme un rocher et l’envoya voler quelques yards plus loin. Si les Bottes Gyro-Gravitiques du Chat Moqueur lui permirent d’atterrir sur ses pieds en absorbant l’énergie cinétique verticale, elles eurent beaucoup plus de mal à compenser la vitesse horizontale. C’est ce qu’aurait pu se dire Sonya en se retrouvant encastrée dans un rayon après en avoir transpercé trois autres, si elle avait eu des notions de physique mécanique et si elle n’était pas un peu sonnée.

Tandis qu’elle tentait de reprendre ses esprits, de nombreuses Silhouettes Rouges Clignotant de Manière Menaçante apparurent sur l’affichage tête haute de son casque. Les triples Vs n’avaient pas mis longtemps à localiser le lieu de son crash et convergeaient vers sa position. L’Aventurière à la Tignasse Lacérante s’extraya des décombres et prit le temps d’épousseter son armure des miettes d’artefacts démolis lors de son atterrissage. Voilà, elle était prête à découper des sashimis.

La première candidate au suicide était Morf’Ul “la Doctoresse Fétichiste”. On se demandait bien d’où pouvait venir ce surnom, car son allure ne respirait pas l’hôpital. Était-ce des osselets qui transperçaient sa joue ? Toujours était-il qu’elle approcha avec un œil fou, une voix nasillarde et aucune arme ou armure visible.

— Salut toiiiii ! J’ai un petit cadeau pour toiiiii ! Dis bonjour à la Tête Miniature de Narcolepsie Instantanée !

— Bon… jour…

Tout devint noir, calme et paisible. Peut-être entendait-elle de lointains échos de voix, mais cela ne retint pas l’attention de son conscient qui sombrait. Le sommeil : quelle félicité ! Toutefois, le repos fut excessivement court et Sonya entra rapidement en phase de rêve.

Elle se trouvait dans une clairière féerique. En tout cas, c’était ce que lui disait son cerveau. Une petite fille armée d’une poupée la regardait. Quand Sonya baissa les yeux sur elle, la petite agita le jouet dans sa direction.

— Ba bo ba bo do do ?

Ce furent à peu près ses paroles. L’aventurière ne sut pas comment les interpréter.

— Ba ba bo do do !

La poupée subissait maintenant d’atroces secousses qui finiraient par la démantibuler. Afin de sauver le jouet d’un destin tragique, Sonya l’arracha aux mains de l’enfant devenue extrêmement turbulente, ce qui eut pour effet de déclencher un Torrent de Larmes Infantiles Insoutenables. Fortuitement, l’aventurière avait une belle sucette en main. Elle tendit donc la sucrerie à la petite qui eut un instant d’hésitation avant de reprendre ses pleurs. Décidément, elle ne serait jamais douée avec les enfants. N’ayant aucune patience, elle inséra de force la friandise dans la bouche de la pleurnicheuse qui eut le bon goût de la sucer et de se taire. Problème réglé !

À ce moment, une fée décida de s’inviter dans la clairière féerique, ce qui semblait plutôt pertinent.

— Bonjour ! Je suis la fée Lonie et je fais de la magie !

Pour accompagner ses paroles, elle virevolta en dessinant des Traînées d’Étoiles Couleur Arc-en-ciel. C’était fort joli. Après avoir terminé son balai aérien artistique, son visage s’illumina encore d’avantage.

— Oh ! Voilà mon amie qui arrive !

La deuxième fée voleta toute guillerette vers Sonya.

— Coucou ! Moi, je suis la fée Latrice et je suis artisane ! Je taille avec entrain des pipes et des baguettes !

— Oh oui ! D’ailleurs, c’est elle qui m’a offert cette baguette. Et quand je souffle dessus, ça fait des bulles !

La fée Lonie prouva immédiatement ses dires en créant un Nuage de Bulles Dansantes Reflétant Mille Couleurs. Sonya ne put résister à l’envie d’essayer. Elle s’empara de la baguette et souffla à son tour. Malheureusement, cela n’eut pas l’effet escompté. Le manche de la baguette se brisa comme une branche aurait craqué face à un ouragan. Un peu frustrée et gênée, Sonya rendit son bien à la fée.

— Désolé…

— Ouin ! Ma baguette !

La fée Latrice vint immédiatement consoler sa consœur.

— Ne t’en fais pas, je la réparerai !

— Tu es sûr que tu pourras ? Regarde comme le manche est tout plié !

— N’oublie pas que j’ai des doigts de fée ! Sous mon touché, le manche redeviendra plus droit et solide que jamais !

— Vraiment ?

— Bien sûr ! J’en profiterai également pour l’astiquer afin qu’il soit tout beau tout propre !

— Fée Latrice, tu es vraiment une super amie !

— Ça me fait plaisir !

D’un seul coup, Sonya ressenti l’immense urgence d’un rendez-vous à ne surtout par rater.

— Je dois me rendre au bal !

— Oh oui, bien sûr ! Le bal ! Mais il va te falloir un moyen de transport.

— Y’aurait pas un cheval dans le coin ?

— Voyons ! Tu t’adresses à une fée artisane, je peux t’offrir bien mieux qu’un cheval ! Il me faut juste trouver…

La fée Latrice fureta à la recherche d’une chose bien précise connue d’elle seule.

— Ah ! Voilà exactement ce qu’il me fallait !

— Une pastèque ?

— Attends de voir la magie à l’œuvre ! Il me suffit de prononcer la formule : Bibbity Bobbity Boo, que cette grosse pastèque se transforme en carrosse mou !

La poussière étoilée tournoya, enrobant le fruit dans un tourbillon de magie féerique. La pastèque se tortilla, grossissant toujours plus. Ses racines s’enroulèrent pour dessiner des roues. Et bientôt, un magnifique carrosse vert et oblong se dressa fièrement devant Sonya. Sa porte s’ouvrit pour l’inviter à monter, ce qu’elle fit.

Le siège rose à pois noirs était extrêmement confortable. Elle rebondit quelques fois dessus pour en éprouver tout le moelleux. Puis, satisfaite, elle se pencha à la fenêtre pour voir accourir un mirifique Poney-Licorne Arc-en-Ciel Dégoulinant de Niaiserie. Il ferait office d’attelage à lui tout seul grâce à sa Puissance d’Équidé Mignonnement Malsain. Assurément, ça avait plus d’allure qu’un simple cheval.

— Mais au fait, qui va conduire ?

— C’est Jack !

L’aventurière découvrit alors un épouvantail doté d’une tête de citrouille sculptée. Une flamme intérieure donnait vie à ses yeux et sa bouche. Il hocha la tête avant de grimper à la place du chauffeur. Pendant ce temps, Sonya se retourna vers la fée artisane pour écouter son dernier conseil.

— Il y a de quoi te changer sous les sièges.

— Merci, fée Latrice ! Tu es vraiment géniale !

— Oh, tu sais, ça me fait toujours plaisir de donner un coup de main.

— En parlant de main… Tape-m’en cinq !

Le High-Five de la Topissitude Absolue fut explosif… littéralement. Ce qui restait de la fée se trouvait collé au fond d’un petit cratère fumant.

— Ah ah ah ! C’est vraiment des petites natures ces fées !

Sonya se retourna vers son chauffeur railleur. Elle nota un détail qui pouvait avoir son importance.

— Où est passé le poney ?

— Ne me parle pas de ce bonbon sur pattes ! Rien qu’en le regardant, je me sentais devenir diabétique ! De toute façon, on n’a pas besoin de lui.

— Ah bon ? Et comment va-t-on avancer alors ?

Jack tourna sa tête de lanterne vers Sonya. La flamme dansant derrière son sourire figé le rendait presque inquiétant.

— Grâce au pouvoir de la motorisation !

Sur cette déclaration tonitruante, le carrosse se mit à vrombir férocement. Des pots d’échappement crachèrent une pluie de pépins enrobés de gaz roses.

— Attache ta ceinture poupée, ça va défourailler ! Et j’espère que t’aime le métal parce qu’on ne va pas aller au bal en chantonnant des bluettes.

Sonya n’eut pas le temps de répondre. Le carrosse rugit bestialement ! Les roues patinèrent en arrachant des mottes de terre entières ! Et une seconde après, elle se retrouva plaquée au fond du siège avec la Musique de l’Autoroute des Enfers résonnant dans ses oreilles.

Le bal n’attendait pas.

Bar de L’Allusion 2

Pendant ce temps là, dans le Lapsus Lounge du Bar de l’Allusion :

-Bonjour Monsieur, que désirez-vous ?

-Je prendrais bien un jus.

-Pomme, poire ?

-Non.

-Orange ?

-Non.

-Pamplemousse ??

-Non.

-Melon ?!

-Non, potiron.

– !!!

Le troglodyte se socialise

Bonjour Internet Mondial ! L’heure est venue pour moi de me connecter aux réseaux et de devenir un homme SOCIAL !

— Mais qui êtes-vous monsieur ? Rendez-nous notre troll des cavernes !

Menaces et ultimatums ne vous serviront pas plus que supplications et lamentations. Le troglodyte n’existe plus et rien ne le fera revenir ! J’ai décidé de rattraper mon retard et de rejoindre le monde moderne… mais pas trop vite non plus, il ne faudrait pas se faire un claquage. Pour des raisons évidentes de sécurité, je vais commencer mon échauffement sur Facebook. Ce sera déjà bien assez compliqué pour moi.

Cet article signe donc la toute première coopération entre mon blog et ma page Facebook. L’émotion m’étreint tandis que les cotillons pleuvent. Puisse cette alliance vous apporter sur un plateau de beaux articles confectionnés avec amour !

Le Veilleur, partie 1

9h11, devant sa maison, Tina attendait avec une impatience contenue. Toutes ses affaires étaient prêtes et elle avait pris un bon petit déjeuner en prévision du voyage. À ce moment, la voiture bleue de Tony apparut à l’angle de la rue. Ce n’était pas trop tôt ! Ce garçon ne brillait vraiment pas par sa ponctualité. C’était presque une manie chez lui, il lui fallait toujours être en retard d’au moins une dizaine de minutes. Tina avait déjà eu l’idée de se présenter en retard aussi, mais elle redoutait le jour où par miracle il serait à l’heure. Il ne manquerait pas de lui faire la remarque ad nauseam et pour rien au monde elle ne lui accorderait ce plaisir.

La voiture ralentit pour se garer devant elle. La tête souriante de Tony sortit de la fenêtre.

— Le chauffeur de madame est arrivé.

— Effectivement, avec le retard escompté !

— Je ne suis jamais en retard, ni en avance d’ailleurs. J’arrive précisément à l’heure prévue.

— C’est ça… Quand tu auras fini de te prendre pour Gandalf, tu viendras m’aider à charger les affaires.

Le coffre était déjà bien garni de tout le fatras de Tony. La banquette arrière avait même été rabattue pour faire plus de place. Ils se contentèrent d’empiler les affaires par-dessus. Aucun des deux n’avait jamais été un expert du rangement. De toute façon, tout le matériel fragile et coûteux se trouvait dans des valises rembourrées.

— Tu n’as rien oublié ?

— Non maman, j’ai tout vérifié deux fois. Je suis peut-être en retard, mais rarement tête en l’air.

Tina acquiesça. Il disait vrai sur ce point.

— Allons-y, la route est longue. Nous devrions arriver sur place vers 18 ou 19h.

Sans perdre plus de temps, ils embarquèrent. Tandis que Tony démarrait le moteur, Tina sortit son dictaphone. Les deux compères animaient une émission sur Internet et c’était le bon moment pour enregistrer le premier épisode de ce nouveau reportage.

— Les Enquêteurs du Surnaturel vous souhaitent le bonjour. Nous sommes le mardi 6 décembre 2016 et il est 9h18. Nous entamons le périple qui nous mènera jusqu’au petit village reculé de Montignes dans les Âples. Trop petit et éloigné des axes pour être pris d’assaut par les touristes, ceux qui prennent la peine de s’y rendre en ramènent des souvenirs enchanteurs. Coincé entre lac et montagne, les décors y sont magnifiques toute l’année. Assurément, ce havre de beauté mérite d’être loué… et pourtant, c’est en des termes moins flatteurs qu’il s’est fait connaître.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant de l’affaire, voici un résumé des faits tels qu’ils ont été portés à notre connaissance. Il y a un peu moins de 2 mois, le 10 septembre 2016, un jeune couple de vacanciers, Betty et Bertrand, ont été portés disparus. Ils devaient libérer la chambre dans la matinée, mais ils ne se sont pas manifesté. Monique, la tenancière du seul hôtel du village, a donc décidé d’aller voir ce qui se passait. Après avoir toqué à la porte et les avoir appelés en vain, elle a fini par entrer. La chambre était vide. Du moins, toutes les affaires de Betty et Bertrand étaient là, il y avait leurs vêtements, portefeuilles, téléphones et clés, mais aucune trace d’eux.

Comment avaient-ils pu s’évaporer pendant la nuit ? Que leur était-il arrivé ? Ce sont les questions auxquelles les enquêteurs ont tenté de répondre une fois les autorités averties par Monique. Malheureusement, ils restèrent perplexes face à l’affaire. Tous les indices menaient à croire que le couple s’était simplement évaporé pendant son sommeil. C’est à ce moment que les choses deviennent intéressantes pour nous. Devant l’absence de conclusion rationnelle, des explications irrationnelles ou surnaturelles ont commencé à émerger.

La plus intéressante d’entre elles provient du folklore local, plus précisément d’une histoire racontée aux enfants pour les inciter à dormir. Cette histoire, c’est celle du Veilleur. Comme son nom l’indique, le Veilleur est un personnage qui veille la nuit. Pendant sa garde, il vient se pencher sur chaque lit de chaque habitant pour vérifier qu’ils dorment bien. Ceux qui sont surpris éveillés à ce moment-là encourent une punition. Ils sont emmenés par le Veilleur pour être plongés dans un sommeil éternel. Difficile de savoir s’il s’agit d’une métaphore pour parler de la mort ou s’il faut le prendre littéralement. Dans le doute, nous nous en tiendrons à la version littérale.

Que penser de tout ceci ? Betty et Bertrand ont-ils été surpris réveillés dans leur lit et punis en conséquence ? Une explication qui peut sembler farfelue, et pourtant, aucune preuve du contraire n’a encore été avancée. Toutefois, l’histoire ne s’arrête pas là…

Dans les semaines qui suivirent, 4 nouveaux cas de disparition similaires eurent lieu. Marie, une artiste qui s’était installée dans le village cette année pour profiter du cadre inspirant. Michel, de passage en visite chez ses parents. Finalement, et encore plus inquiétant, les deux inspecteurs chargés de l’enquête, Charles et Cédric. Devant l’absence de résultats concrets, ils avaient décidé d’éprouver l’histoire du Veilleur en passant une nuit, éveillés, au village. Faut-il en conclure qu’ils n’ont pas trouvé le Veilleur, mais que le Veilleur les a trouvés ? Une preuve irréfutable pour certains…

En tout cas, la superstition a commencé à gagné les services de police et personne ne souhaita retenter l’expérience. Depuis, l’affaire est au point mort et le village s’est résigné à vivre sous la menace nocturne du Veilleur. « Le point positif, c’est que tout le monde s’assure d’avoir un bon sommeil ! » ironise l’une des habitantes interviewée par un des journaux régionaux.

Finalement, la semaine dernière, tandis que l’histoire commençait à retomber comme un mauvais soufflé, un nouveau rebondissement est survenu.

— « Comme un mauvais soufflé » ? Sérieusement ?

— Chut ! J’enregistre.

— On me coupera au montage…

— Tu adores nous rajouter du travail n’est-ce pas ? Concentre-toi sur la route plutôt.

— Difficile de se concentrer quand je t’entends utiliser de telles expressions !

— Vas-tu te taire ! Tu brises mon élan de lyrisme !

— Beuah…

Un regard très très noir le dissuada d’émettre plus qu’une onomatopée.

— Finalement, il y a deux semaines, tandis que l’histoire était en passe de rejoindre les légendes urbaines, un nouveau rebondissement est survenu. Le samedi 26 novembre 2016, à quelques kilomètres du village, dans les montagnes, un groupe de randonneurs a découvert le corps sans vie de Bertrand. Fait notable : il était nu. Quant à la cause de la mort, elle semble être due à une chute. Le légiste a confirmé que le corps n’avait pas été déplacé post mortem et que la date de la mort remontait à la nuit précédente.

Si l’histoire n’était déjà pas assez mystérieuse, elle venait de prendre un tournant encore plus énigmatique. Comment Bertrand s’était-il retrouvé tout nu dans les montagnes ? Il n’avait certainement pas décidé de se mettre dans cette situation de son propre chef. On en venait donc à poser la question : qui se serait donné la peine de lui infliger cela ? Dans quel but ? Peut-être s’était-il enfui d’un endroit où il était détenu, mais, perdu la nuit dans la montagne, il avait succombé à son tragique destin ? Tant de questions, et si peu de réponses.

Tout le monde redoute de voir resurgir les autres disparus dans les mêmes conditions. D’un autre côté, il y a encore un espoir qu’ils soient toujours en vie quelque part, ce qui n’est pas à ignorer. Ceci étant, ces nouveaux éléments ont relancé la police sur la piste de l’enlèvement avec, au rang des suspects, le Veilleur ou ceux qui se cachent derrière. Forces surnaturelles ou groupe suffisamment bien organisé pour ne laisser aucune trace ? Ou peut-être s’agit-il complètement d’autre chose…

Pour vous, nous allons tenter d’élucider le mystère en nous rendant sur place. En attendant, n’hésitez pas à nous donner votre avis dans les commentaires ! C’était Tina des Enquêteurs du Surnaturel.

— C’est bon, je peux parler maintenant ?

— Hum… Je ne sais pas. Tu n’as pas été sage.

— Puisque c’est comme ça, je vais mettre du Lady Glagla pour agrémenter notre voyage.

— Il va nous falloir au moins ça pour survivre. On a beau prétendre que c’est le début d’une aventure passionnante, la route, ça reste chiant comme la mort !

Sur ces paroles, la première musique du disque démarra.