The tale of a pirate woman

Un doublon, deux doublons, trois doublons…

Louis de Montvert, dit « le Fortuné », adorait compter des doublons dans sa tête pour s’endormir. Ainsi, le sourire aux lèvres, son esprit partait naviguer sur les mers du songe. De quel glorieux acte de piraterie allait-il rêver ? Peut-être débusquerait-il un trésor fabuleux perdu quelques siècles plus tôt durant les Conquêtes Sanglantes. Ou bien narguerait-il l’impuissant Commodor William Tails qui échouait lamentablement à l’attraper depuis des mois.

Hélas, ce fut une silhouette plus sinistre qui se manifesta. Le rêve virait au cauchemar tandis que les traits se précisaient. Cette crinière rousse artificielle, ce rictus moqueur insupportable, cette outrecuidance insolente, combien honnissait-il sa rivale éternelle ! Toute la chance qu’il avait lui était débitée en tourments délivrés par cette sorcière. Mais un jour il l’aurait ! Oh oui, il l’aurait.

— Aïe, bordel de crevure de poulpe anémié !

Louis de Montvert se redressa en sursaut, foudroyant du regard la tapageuse.

— Oups !

La mâchoire crispée de rage, il attrapa son sabre avant de vociférer après l’intruse.

— Scarlett Lionhead ! Espèce d’excrément de concombre de mer !

L’intéressée ne demanda pas son reste et sortit en courant de la cabine. Le Capitaine se lança à ses trousses en beuglant toutes les insultes du monde connu pour réveiller son équipage. La pagaille nocturne qui en résulta profita momentanément à son ennemie. Elle traversa aisément le pont en repoussant les mousses confus qui grouillaient inefficacement.

— Attrapez-la bande d’éponges imperméables !

Les pirates se mirent à faire preuve d’un peu plus de cohérence. La plupart finirent par repérer l’intruse et commencèrent à l’acculer. Toutefois, Scarlett faisait honneur à son nom en se battant comme une lionne. Combien de matelots trancherait-elle avant sa défaite inéluctable ? Louis de Montvert n’avait pas envie de le découvrir et chercha à limiter les dégâts.

— Reculez bande de mollusques avariés, ça ne devrait plus tarder maintenant !

— Qu’est-ce qui ne devrait plus… tenta de s’enquérir l’insolent rousse.

Elle s’écroula avant la fin de sa question. Louis s’accroupit sur son corps pour récupérer le coffret qu’elle avait dérobé tantôt. Il avait pris soin de piéger cette cassette avec un lance-fléchettes soporifiques. La voleuse avait dû se faire piquer en tentant de l’ouvrir provoquant ainsi l’exclamation qui l’avait réveillé. Quelle insolence de tenter de crocheter le coffret dans sa cabine tandis qu’il dormait à côté ! Mais son impertinente veine avait fini par tourner au profit du Fortuné. Lui qui avait rêvé de mettre son ennemie à genoux, il ne pensait pas se voir exaucé si tôt.

— Préparez-la pour l’exécution !

Une heure plus tard, on lança un seau d’eau à la tête de Scarlett. Elle se réveilla en sursaut pour découvrir qu’on avait pris soin de lui lier les mains et de l’enchaîner à un boulet.

— Mortemoule ! Que s’est-il passé ?

— C’est ce qui finit par arriver quand on me vole trop dans les plumes.

— Ah ah ah ! Tu veux parler de ton duvet d’oisillon ?

Même attachée et sur le point de se faire exécuter, elle trouvait encore le moyen de fanfaronner. On verrait bien qui rirait le dernier.

— Tu ne vas plus chanter longtemps mon petit canari ! Mais dis-moi, avant de mourir, comment as-tu pu croire que tu pouvais débarquer sur mon navire en pleine nuit pour me dérober mes plus précieux joyaux ?

— Oh, je ne sais pas. Ça faisait trop longtemps que je ne t’avais pas embêté mon gros bébé phoque des îles. Je me suis dit que j’allais te rendre une petite visite de courtoisie.

— Ah ! En tout cas, c’est gentil d’être venue avec un cadeau.

— Un cadeau ?

— Oui, je ne pouvais rêver plus agréable présent que de te voir mourir cette nuit.

— Que veux-tu ? Ma générosité est légendaire.

Comment ne pas éclater de rire devant une telle ironie. Scarlett était réputée pour nombre de choses, mais certainement pas pour sa générosité. Elle rivalisait d’égoïsme, de cruauté et de sauvagerie avec les plus sinistres pirates. Il fallait au moins ça à une femme pour réussir à être Capitaine de navire.

— Assez rigolé ! Scarlett Lionhead dite « L’Increvable », l’heure est venue de crever. Toutefois, comme tout pirate, je suis épris de liberté et grand mal m’en prendrait de ne pas l’offrir aux autres. Tu as donc le choix : soit tu prends ce boulet et tu sautes à l’eau comme une grande fille, soit on te pousse.

— Cette alternative manque un peu de fantaisie. Comme je n’ai pas envie de voir mon corps de déesse souillé par vos appendices de marsouins gangrénés, j’opte pour la première option.

Ce disant, elle se leva en prenant le boulet dans ses bras et se dirigea vers la coupée sans une seconde d’hésitation. C’était trop facile, Louis ne pouvait pas la laisser partir en ayant le dernier mot. Il l’interrompit juste avant de la voir sauter.

— Une seconde l’Increvable ! Je voudrais être sûr de ne pas rater mon coup…

Il sortit son pistolet et le pointa sur la tête de Scarlett.

— Adieu, mon petit oursin venimeux. Tu feras un bisou de ma part à Davy Jones.

Puis il tira. Le corps bascula dans le vide avant de couler à pic. Ainsi s’achevait la légende de Scarlett Lionhead dite « L’increvable ».

Quelques heures plus tard, à bord du navire Bloody Sunset, le Lieutenant Matthew Lark était rassuré de distinguer la côte de l’Île au Perroquet. Il n’avait pas fait d’erreur de navigation et il serait à l’heure pour le rendez-vous. Ce fut ce moment que le Maître d’équipage Jack Turdew choisit pour l’aborder.

— Dites, mon Lieutenant, les matelots et moi, on se posait comme qui dirait un interrogatoire innocent.

Matt se retourna pour étudier suspicieusement son interlocuteur avant de se rappeler qu’il ne fallait pas se formaliser devant le verbiage de Jack. Il avait tendance à employer les mauvais mots au bon endroit. Cependant, à force d’habitude, il devenait parfaitement compréhensible.

— J’écoute.

— Est-ce que, par inadvertance, vous auriez déjà éprouvé le plaisir de devenir Capitaine ?

— Oui, j’y ai déjà pensé.

— Et que diriez-vous de devenir Capitaine du Bloody Sunset ?

Il n’aimait pas la tournure de la conversation.

— Ce navire a déjà un Capitaine, c’est Scarlett Lionhead, au cas où vous l’auriez oublié !

— Bien sûr, bien sûr. On se disait juste que, dans l’hypoténuse où elle viendrait à mourir, alors ce serait vous le Capitaine, mon Lieutenant. Et pour ne rien vous mâcher, les matelots et moi, on se sentirait vachement mieux digérés sous le commandement d’un homme.

S’il fallait avoir cette conversation maintenant, autant aller jusqu’au bout.

— Très bien, que suggérez-vous ?

— Eh bien, comme Scarlett est parallèlement déjà morte ou qu’elle le sera sciemment si on ne la récupère pas, le mieux serait peut-être de ne pas aller au rendez-nous. Si vous louvoyez ce que je veux dire…

Matt voyait très bien ce qu’il suggérait. Il ne lui répondit pas immédiatement, s’adressant d’abord à l’équipage.

— Faites tomber les voiles, bande de bulots dégénérés, on mouille ici !

Tandis que le maître voilier prenait le relais pour beugler des ordres sur les grouillots, le Lieutenant emmena Jack vers le gaillard avant. Là-bas, ils purent se pencher pour observer l’ancre tomber dans l’eau et définitivement stopper le navire. Alors seulement, il consentit à reprendre la conversation.

— Savez-vous pourquoi Scarlett Lionhead est surnommée « L’Increvable » ?

— Parce que personne n’a réussi à la faire pourrir ?

— Personne n’a jamais réussi parce que personne ne peut la tuer ! Non parce qu’elle est talentueuse au-delà de toute fantaisie légendaire, mais parce qu’elle est maudite !

— Maudite ? Je croyais que c’était des falaises.

— Oh non, ce ne sont pas des fadaises. Je ne croirai Scarlett morte que lorsque je verrai son corps réduit en cendres et dispersé aux quatre vents. Et même à ce moment-là, je me méfierai encore. Après, si vous avez envie de vous mettre à dos une pirate immortelle, sanguinaire et rancunière, c’est votre choix. Soyez juste certain qu’elle vous retrouvera un jour et que ce sera extrêmement désagréable.

Jack se défendit.

— Tout ceci n’était vraiment qu’une hypoténuse. On ne faisait que parlementer.

— Vous êtes un bon Maître d’équipage Jack, si vous regardez ce lever de soleil avec moi en la bouclant, j’oublierai peut-être votre proposition de mutinerie et n’en parlerai pas à Scarlett.

Le concerné ne se risqua pas à rétorquer, préférant un sage silence. Ainsi les deux hommes tournèrent la tête vers l’horizon rosé. Même si on l’avait déjà vu un millier de fois, le spectacle de l’astre émergeant des eaux paisibles restait d’une beauté incomparable.

Quelques minutes plus tard, le charme se dissipa. Matthew s’adressa alors à l’équipage :

— Assez paressé les homards du dimanche, relevez-moi cette ancre !

Tandis que les matelots s’attelaient à l’effort sur le cabestan, Jack se sentit à nouveau en droit de parler.

— Je ne comprends pas, n’étions-nous pas censés récupérer la Capitaine Scarlett à la pesée du soleil ? Pourquoi nous avoir fait humidifier ici ?

— Vous trouverez la réponse à votre question en regardant par ici.

Matt se pencha alors prudemment par-dessus le bastingage. Le Maître d’équipage l’imita sans vraiment trop savoir ce qu’il devait observer à part l’ancre qui remontait.

— Que mille sangsues me bouffent la fesse droite !

Une crinière rousse venait d’apparaître à la surface, bientôt suivie par le corps entier de Scarlett. Elle s’accrochait tant bien que mal à l’ancre en crachant laborieusement l’eau de ses poumons. Arrivée en haut, elle tenta de recomposer un visage assuré et triomphant avant de s’adresser à son Lieutenant.

— Monsieur Lark, si vous vouliez bien me prêter votre main et me libérer de ce boulet, vous seriez le phénix des cachalots arctiques.

Matthew ne se fit pas davantage prier et hissa sa Capitaine avant de la libérer de ses entraves, ce qui donna le temps à l’équipage de venir s’agglutiner. Tout comme le Lieutenant, sans doute étaient-ils curieux de connaître le résultat de cette excursion.

Ignorant l’amas de curieux, elle fendit à travers la foule pour rejoindre sa cabine sans un mot. Elle en ressortit quelques secondes plus tard en époussetant un tricorne qu’elle ajusta sur sa tête. Alors seulement poussa-t-elle un soupir de satisfaction.

— Ah ! Ça fait du bien d’être de retour à la maison.

N’y tenant plus, le Maître d’équipage interpella Scarlett. Matt hésitait encore à le dénoncer. Même si l’histoire de la malédiction l’avait un peu refroidi, il avait toujours les dents longues.

— Dites, Capitaine, qu’est-ce que vous avez ramené de votre excavation ? Un trésor j’espère, parce que les matelots et moi, ça fait longtemps qu’on s’est pas pris un doublon sous la dent.

Les matelots approuvèrent avec conviction et on ne pouvait pas leur donner tort. Les dernières excursions n’avaient pas été des plus rentables. Si la Capitaine ne leur donnait pas quelque chose bientôt, la mutinerie latente deviendrait inéluctable.

— Si tu veux, je peux te mettre du plomb dans les dents, ça te donnera quelque chose à mâcher. Et maintenant tu fermes ton claque-moule !

Impossible de rater la rancœur qui se dessina sur le visage de Jack. Cette histoire allait vraiment mal tourner. Scarlett, ignorant les signes ou n’en ayant cure, sortit de ses vêtements un petit étui qu’elle ouvrit pour en extraire un parchemin.

— Pendant que vous vous doriez la pilule en lézardant sur mon pont, voici ce que je vous ai ramené !

Ce disant, elle agita le parchemin pour le mettre en valeur. Jack n’osa pas parler, mais les autres matelots y allèrent de leurs commentaires.

— C’est quoi ? Un trésor ?

— Encore mieux : c’est une carte !

— Une carte c’est mieux qu’un trésor ?

— Une carte, c’est un peu comme un gros trésor qu’on a pas encore. Et un gros trésor, c’est mieux qu’un simple trésor, on est d’accord.

— En fait, on préférerait peut-être un petit trésor qu’on aurait déjà plutôt qu’un gros qu’on a toujours pas.

— Bon, c’est fini de jouer les miséreux bande d’huîtres ingrates ? Je me déchire la savonnette pour vous rapporter une carte au trésor et vous venez encore me baver sur le bulbe ? Je vais vous en donner moi des raisons de geindre !

Pour accompagner ses menaces, elle attrapa le pistolet à la ceinture de son Lieutenant et commença à viser au hasard vers son équipage.

— Maintenant, vous avez trois secondes pour regagner vos postes bande de blattes maritimes. On va aller le chercher ce trésor de mes deux tentacules ! Monsieur Lark !

Scarlett avait hurlé son nom même s’il était juste à côté.

— Oui, Capitaine !

Elle lui rendit son pistolet et lui tendit la carte.

— Cap sur la croix rouge et en avant toute ! Moi, je vais me rafraîchir dans ma cabine, veillez à ce qu’on ne me dérange pas ! J’ai tellement pris l’eau de mer que j’ai l’impression d’être du wakamé…

— À vos ordres, Capitaine !

Après un peu plus de deux jours de voyage sans incident, le Bloody Sunset atteignit sa destination. Scarlett fit mouiller le navire dans une crique avant de faire apprêter une barque. L’équipage montrait une certaine impatience à l’approche du trésor promis tandis que leur Capitaine embarquait sur l’esquif.

— Monsieur Lark, venez avec moi. Les autres moules, restez ici et comptez les escargots de mer !

Le Lieutenant n’avait pas pour habitude de contester les ordres de sa Capitaine, mais il sentait que c’était la provocation de trop envers l’équipage. Il aurait préféré rester à bord pour garder les choses sous contrôle comme il le faisait à l’accoutumée.

— Capitaine, je ne sais pas si…

— Monsieur Lark, ne me forcez pas à me répéter !

Matt obéit à contrecœur, tout ceci allait mal finir. Il lui suffisait de regarder le visage du Maître d’équipage pour en être certain. Jack n’avait rien dit mais les mots étaient inutiles. Il n’avait plus qu’à prier pour que le trésor soit assez gros pour éviter la mutinerie, en espérant que la Capitaine ne les menait pas encore dans une impasse. Elle cherchait quelque chose, c’était indéniable, mais sa motivation ne semblait pas alimentée par la cupidité.

Plutôt que d’accoster sur la plage, Scarlett lui ordonna de ramer vers une falaise rocheuse. Peu après, ils atteignirent l’entrée d’une grotte partiellement immergée et s’engagèrent à l’intérieur. Il fallait vraiment en avoir connaissance pour la trouver. L’ambiance calme et intimiste du souterrain poussa Matt aux confidences.

— Si vous me permettez, Capitaine, je pense que l’un de nous deux aurait dû rester à bord du navire comme on fait d’habitude. Le risque de mutinerie est réel !

— Je sais, Monsieur Lark, mais les circonstances sont exceptionnelles. Je tenais à ce que vous seul m’accompagniez et ce pour plusieurs raisons, la première étant que vous êtes le seul à qui je fais confiance parmi cet équipage d’oursins atrophiés.

— Je me doutais un peu que vous me faisiez confiance, mais pas à ce point-là.

— Si, et croyez bien que c’est un exploit pour moi de faire confiance à un homme. C’est pour cette raison que je vais vous révéler un secret.

Elle temporisa son annonce, cherchant en elle-même les ressources pour se confier. Les moments où elle laissait tomber le masque de la Capitaine sanguinaire étaient rares, mais Matt avait déjà aperçu la personne humaine qui se cachait derrière.

— Vous savez que je suis maudite et que cette malédiction me rend immortelle.

— Oui.

— Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’en contrepartie je ne peux pas aller sur la terre ferme.

Matt prit le temps d’assimiler l’information.

— Ça explique pas mal de choses maintenant que vous le dites, notamment pourquoi c’était toujours vous qui restiez sur le bateau pendant les missions sur la terre ferme.

— J’ai un autre secret à vous avouer : nous ne sommes pas ici pour récupérer un trésor.

— C’est ce que je craignais… Pourquoi sommes-nous là alors ?

— Vous allez voir, arrêtez la barque ici.

Matt s’exécuta, attendant de voir enfin de quoi il en retournait. Scarlett se mit debout et, après avoir attentivement examiné l’eau sombre, y jeta nerveusement un coquillage qu’elle avait amené. Il ne fallut pas attendre longtemps pour voir des remous se dessiner à la surface. L’inquiétude de Matt se transforma en panique lorsque d’énormes tentacules à ventouses sortirent de l’eau et qu’une gigantesque tête de poulpe borgne émergea. Le paroxysme fut atteint lorsque des mots difficilement articulés sortirent du bec cauchemardesque.

— Qui ose me déranger ?

Le Lieutenant aurait bien été incapable de répondre, mais il en fallait visiblement plus pour impressionner la Capitaine.

— C’est moi, Scarlett Lionhead l’Increvable. Êtes-vous le grand Poulpe Venimeux, Gardien des Malédictions ?

— Quel titre pompeux, vous pouvez m’appeler Marcus, je ne verse pas dans le cérémonieux. Laissez-moi deviner, vous venez au sujet d’une malédiction ?

— C’est exact !

— Ben tiens, le contraire m’aurait étonné. Je rêve du jour où on me rendra juste une visite de courtoisie.

Le verbiage familier et le ton désinvolte portaient Matt à se détendre un peu, même si la créature pouvait toujours fracasser la barque en un mouvement de tentacule. Marcus poursuivit.

— Autant vous le dire tout de suite, il n’est pas dans mes pouvoirs de lever une malédiction.

— Ah merde, c’est-à-dire que je nourrissais un certain espoir…

— Par contre, je peux vous proposer de modifier une malédiction.

— Comment ça ?

— Ben par exemple, votre malédiction vous empêche de marcher sur la terre ferme, n’est-ce pas ? Eh bien, je peux vous échanger cette contrainte contre une autre.

— D’accord, mais bon, il ne faudrait pas que ce soit plus pourri…

— Faites-moi confiance, je suis un poulpe sympa. Juré craché, vous ne le regretterez pas.

Pour appuyer son propos, il cracha un jet d’encre dans l’eau. Il fallait avouer que c’était plutôt convaincant. Scarlett se tourna vers Matt qui ne sut répondre autrement qu’en haussant les épaules. Si elle voulait absolument remarcher sur la terre ferme, c’était sans doute l’occasion ou jamais.

— Très bien, j’accepte.

Le grand Poulpe Venimeux claqua alors quatre fois du bec avant de tortiller ses tentacules dans une danse obscène accompagnant des incantations caverneuses inénarrables. Ce fut court, mais intense.

— Voilà, vous pouvez à nouveau marcher sur la terre ferme. En échange, vous serez obligée d’être altruiste.

— Je… Quoi ! Altruiste ! Nan mais ici Scarlett, j’appelle la mer. Je suis pirate ! L’altruisme est plutôt incompatible avec mon mode de vie.

Marcus resta impassible face à la protestation.

— Je crois que le mot que vous cherchez est « merci » !

Scarlett, se rappelant sans doute avoir affaire à un poulpe géant qui pouvait les tuer en un clin d’œil radoucit son ton.

— Ouais… Merci…

— Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai de la glandouille à rattraper.

— Heu… Une dernière petite chose si ce n’est pas trop demander. Vous n’auriez pas un petit trésor qui traîne sous le coude… le tentacule ? Ça fait quand même vachement longtemps que j’ai pas payé mon équipage, les pauvres.

— Nan mais pourquoi pas cent doublons et des moules frites ?

— Ah ben vous m’avez rendue altruiste alors maintenant il faut assumer !

— Je vois qu’on s’accommode rapidement de sa nouvelle situation…

Matt sentit quelque chose bouger sous la barque. Il s’attendait à moitié à se faire aspirer au fond de l’eau mais en lieu et place, un tentacule émergea pour leur délivrer un petit coffret.

— Maintenant foutez-moi le camp !

— Merci ! Vous êtes vraiment le poulpe le plus sympa des douze mers.

— C’est ça, c’est ça…

Tandis que Marcus replongeait vaquer à son inactivité aquatique, Matt et Scarlett ressortirent de la caverne par là où ils étaient rentrés. De retour dans la crique, ils découvrirent que le Bloody Sunset avait mis les voiles. Les craintes de Matt s’étaient finalement concrétisées. L’équipage, sans doute sous la coupe de Jack, s’était mutiné et les avait abandonnés.

À défaut de bateau, ils accostèrent sur la plage où la Capitaine se jeta voracement sur le sol. Illuminée de bonheur, elle roula dans le sable avant de s’étaler sur le dos, un sourire immense dirigé vers le ciel.

— Loin de moi l’idée de vouloir troubler votre bonheur, Capitaine, mais qu’allons-nous faire maintenant ?

— Ne voulez-vous pas me laisser un peu profiter du sol, ça fait des années que je ne me suis pas roulée par terre. Et puis, quel est le problème ? Nous avons une plage entière pour nous prélasser et un trésor à nos côtés.

— Certes, mais nous n’avons plus de navire.

— C’était prévisible…

— Et vous l’aviez prévu ?

— Évidemment, je suis Capitaine, c’est mon boulot d’avoir toujours trois brasses d’avance. Croyez-moi, vous êtes bien mieux ici que là-bas.

Elle indiqua l’horizon où l’on pouvait voir le Bloody Sunset rentrer en contact avec un autre navire. On pouvait entendre le tonnerre des coups de canon jusqu’ici.

— Ne vous en faites pas, Monsieur Lark, l’aventure viendra nous chercher bien assez vite.

Dura lex, sed lex ! Partie 2

— Pull !

Le pigeon d’argile s’envola. Gravity Jane visa en compensant instinctivement le vent latéral et le mouvement de la cible. Pan ! Elle ne regarda même pas le disque exploser, elle courait déjà vers le poste de tir suivant en sautant une barrière sur le chemin.

— Pull !

Le deuxième pigeon fila sous un autre angle. Elle n’eut guère plus de mal à le viser. Pan ! En plein dans le mille ! Mais ce n’était pas fini ! Elle se remit immédiatement à courir vers le troisième emplacement, réalisant une roulade cette fois-ci.

— Pull !

Son corps entier s’ajusta pour le tir sans l’intervention de son cerveau. Pan ! Beaucoup trop facile ! Elle revint en marchant vers le lanceur manipulé par Gunther. Il restait bien impassible devant la performance de Gravity Jane. Peut-être fallait-il augmenter un peu la difficulté.

— Et si on en lançait trois en même temps ?

— Wuuu…

— T’as raison, trois c’est pour les mous du coude. Lançons-en quatre et je vais courir latéralement en même temps.

Elle aimait se lancer des petits défis pour varier les plaisirs, sinon elle s’ennuyait. Elle se concentra un peu car ce qu’elle s’apprêtait à faire n’était pas si évident que ça. Après deux respirations contrôlées, elle commença à courir.

— Pull ! Pull ! Pull ! Pull !

Les pigeons d’argile s’envolèrent à la suite. Jane visualisait parfaitement les trajectoires, elle savait où tirer et à quel moment, même en plein course. Il s’agissait vraiment d’un talent inné. Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Quatre tirs, quatre touches. Elle était vraiment une tireuse née. Quelle tristesse de ne pas pouvoir utiliser son talent avec des flingues un peu plus élaborés. Son Gravity Killer lui manquait cruellement.

Avec ce flingue, elle se sentait comme une artiste, elle pouvait repousser les limites de sa créativité et de son imagination. C’était assurément plus stimulant que de tirer du plomb en ligne droite en compensant les légères déviations. À très longue distance, il commençait à y avoir du défi, mais cela ne l’amusait que moyennement. Elle n’avait pas l’âme d’une tireuse d’élite. Elle préférait être au cœur de l’action là où ça bougeait dans tous les sens.

Hélas, elle avait plus ou moins abandonné cette vie après cette sale histoire avec Vince l’Apothicalypse. Depuis, elle avait promis au Shérif de se tenir à carreau et de ne plus utiliser de flingue créant des Anomalies. C’était probablement plus sage, mais terriblement ennuyeux. Elle revint vers Gunther en soupirant. Il la regardait toujours avec son air impassible.

— Toi aussi tu trouves ça chiant les armes normales ?

— Wuuu !

— On est d’accord… Tiens, on n’a plus de pigeons, il va falloir en refabriquer.

Sa vie rangée avait eu pour effet de lui faire découvrir d’autres activités, comme le travail de l’argile. Au départ, il s’agissait uniquement de créer des cibles d’entraînement, mais elle avoue honteusement avoir tenté de créer des pots et même des sculptures rudimentaires. Pire, elle en avait retiré un certain plaisir. Si on lui avait dit ça un jour… Elle soupira de nouveau se demandant comme souvent pourquoi elle avait accepté de se ranger. Une partie de la réponse tenait probablement dans le fait qu’elle avait un faible pour Issac Newton.

— Quand on parle du loup…

— Waaa !

— C’est une expression Gunther !

— Wuuu ?

— V’là le Shérif Newton qui s’amène.

— Wuuu !

Ce n’était pas dans les habitudes du Shérif de faire des visites de courtoisie surprises. Il devait se passer quelque chose. À cette idée, Gravity Jane ressentit un petit frisson d’excitation, signe que l’action lui manquait. Elle se dirigea à sa rencontre, suivie par Gunther.

— Holà, Isaac! Je ne t’attendais pas aujourd’hui. J’espère que c’est le vent de l’action qui t’amène.

Newton jeta un œil inquiet à la carabine qu’elle portait avant de répondre.

— Je ne sais pas encore. Est-ce qu’on peut en discuter à l’intérieur ?

— Bien sûr !

Sur ces mots, elle l’invita à entrer en le précédant. Quelque chose semblait le préoccuper. Bien sûr, le Shérif n’était pas le plus gai luron de l’Ouest, toujours rigide comme la loi qu’il défendait, mais elle voyait tout de même quand ça n’allait pas. Elle rangea sa carabine, ce qui parut soulager un peu son invité. Il avait peur qu’elle lui tirât dessus ou quoi ? L’atmosphère avait vraiment besoin d’être détendue, et pour cela…

— Tu veux du thé ?

— Gravity Jane qui m’offre du thé, les temps ont bien changé !

— Et encore, ce n’est pas le pire, si tu voyait mes pots de terre cuite…

Il sourit avant de changer de sujet.

— Je vois que tu as définitivement adopté Gunther. C’est plutôt original d’apprivoiser un coyote.

— Je suis une femme originale. Quant à savoir qui a adopté qui… Qu’en penses-tu Gunther ?

Le coyote répondit du tac au tac.

— Wuuu !

— Ouais, c’est bien ce qu’il me semblait.

Newton leva un sourcil.

— Il a dit quoi ?

— Aucune idée. Mais je pense qu’il t’aime bien. Sinon pour ce thé, tu veux quel parfum ?

— N’importe.

— Je vais essayer d’en trouver, mais je crois que je n’ai plus ce parfum.

Ainsi s’éclipsa-t-elle dans la cuisine. Elle avait toujours une bouilloire qui restait au chaud ce qui rendait la préparation du thé assez rapide. Tandis qu’elle attrapait des tasses, elle jeta un coup d’œil par la fenêtre qui donnait à l’arrière de la maison. Elle avait cru voir quelque chose bouger, aussi observa-t-elle l’environnement pendant quelques secondes. Ce n’était sûrement rien. Pourtant, son instinct la titillait.

Elle jeta un dernier coup d’œil suspicieux avant de s’attaquer à ses boîtes de thé. Le Monsieur du salon, il voulait du n’importe. Elle n’en avait pas de ça ! Qu’allait-elle donc prendre ? Elle parcourut les options disponibles en se tapotant le menton. Que d’indécision ! Finalement, son choix s’arrêta sur un petit thé vert à la menthe. Et s’il n’était pas content, tant pis pour lui.

Quelques instants plus tard, elle revint dans le salon avec un petit plateau contenant la théière, deux tasses et des petits gâteaux. On aurait dit un goûter de vieille franglaise. C’était à se faire peur. Quand elle arriva, le Shérif regardait suspicieusement par la fenêtre, il se retourna pour analyser brièvement le plateau.

— Pas de sucre ?

Jane lui répondit par un regard extra noir, ce qui convainquit Newton d’aller le chercher lui-même sans faire d’autre commentaire. Pendant ce temps là, elle commença le service. À son retour, ils purent s’installer confortablement en sirotant paisiblement. L’inaction n’était parfois pas si désagréable.

— On n’est pas bien là ?

Le Shérif approuva d’un hochement de tête. Jane poursuivit.

— Bon, et si tu me disais ce qui t’amène. Ça avait l’air sérieux.

Effectivement, il prit son air le plus grave avant de répondre.

— Le Gravity Gun.

Gravity Jane ne s’attendait vraiment pas à cela. Pourquoi venait-il lui parler de son flingue fétiche ? Elle hasarda.

— Tu veux me le rendre ?

— Quoi ? Non !

— Dommage j’aurais essayé.

— J’en conclus que ce n’est pas toi qui l’a.

Qu’est-ce qu’il racontait l’asticot ?

— Tu crois vraiment que si j’avais mon Gravity Gun, je serais ici à me faire chier avec une carabine à plomb ? Je te rappelle que tu me l’as confisqué.

La mine du Shérif s’assombrit.

— Dans ce cas, j’ai une mauvaise nouvelle. Quelqu’un d’autre a récupéré ton flingue.

— Quoi ? Qui ? Comment ?

— Plus tôt dans la journée, j’ai découvert une Anomalie gravitationnelle. J’en ai vu assez pour être sûr qu’elle a été créée par le Gravity Killer, et je cherche le coupable.

— Et c’est à moi que tu as pensé en premier ? La confiance règne !

— Désolé si je fais une association entre le Gravity Gun et Gravity Jane. J’essaie d’oublier, mais ce n’est pas facile.

Jane laissa échapper un sourire en coin.

— C’est vrai que je t’en ai fait baver à l’époque… On va considérer qu’on est quittes maintenant. Tu as d’autres pistes à part moi ?

— J’ai chargé Kelvin de contacter Fort Quantique, là où le Gravity Killer est censé être stocké. Je verrai ce qu’il en est en retournant au poste.

— Très bien, je t’accompagne.

Newton se passa la main sur le visage en marmonnant pour lui-même.

— Je me doutais que ça allait finir comme ça…

— Évidemment ! On parle de mon flingue là, tu crois pas que je vais rester les bras croisés ! Finis ton gâteau pendant que je vais me changer, et on y va.

Elle l’abandonna temporairement à son ronchonnement pour monter dans sa chambre à l’étage. Il lui fallait des vêtements un peu plus adaptés à l’aventure, surtout si elle partait pour plusieurs jours. Probablement allait-elle emporter ses colts, elle les préférait à la carabine. Tandis qu’elle bouclait sa ceinture et rangeait ses revolvers dans leurs holsters, elle entendit Gunther aboyer. Jane ressentit cette même sensation désagréable qu’elle avait eue dans la cuisine. Il se passait quelque chose…

Le suspense cessa immédiatement lorsque des tirs fusèrent. Et il ne s’agissait pas de quelques coups sporadiques, la maison subissait un véritable mitraillage incessant. Toutes les vitres de la façade volèrent en éclats et le bois encaissait difficilement le déluge de balles. À couvert, une arme à la main, Gravity Jane s’approcha précautionneusement de la fenêtre pour évaluer la situation.

Elle prit deux courtes respirations avant de tenter un coup d’œil fugace. Sa pupille se dilata de surprise. À nouveau à couvert, son cerveau analysa ce qu’elle avait vu. Une armée, il y avait une véritable armée là-dehors ! Qu’est-ce que c’était que ce bordel ? Elle retenta un deuxième coup d’œil, exposant sa tête moins d’une seconde. Quoi ! Si ses yeux ne lui jouaient pas de tour, elle venait bien d’apercevoir Vince l’Apothicalypse. Ce gars était censé croupir en prison.

Elle décida de ne pas prendre plus de risques et de se replier vers l’escalier. En bas des marches, elle vit Newton et train de ramper vers la porte de derrière pour échapper à la nuée de plomb qui assaillait la maison. Même si c’était peu glorieux, elle l’imita. Elle n’osa même pas jeter un œil en direction du salon qui devait désormais ressembler à un gruyère.

Une fois dehors, Gravity Jane fut rassurée de voir Gunther sain et sauf. Newton hurla pour couvrir le tonnerre des coups de feu.

— Tirons-nous d’ici !

Gravity Jane ne se fit pas prier, ils enfourchèrent le cheval du Shérif et partirent au galop dans la direction opposée au danger. Elle se retourna uniquement pour vérifier que Gunther était sur leurs talons. N’ayant pas envie de retomber sur l’armée de Vince, ils effectuèrent un généreux détour pour rejoindre New Town. Ce ne fut qu’une fois arrivés au poste qu’ils s’autorisèrent à souffler un peu. À l’intérieur, ils tombèrent sur Kelvin.

— Ah, Shérif ! Je vous attendais, j’ai des nouvelles… Tiens, salut Jane.

— Salut Kelvin, ça chauffe ?

— Pas plus que d’habitude, 310,15 degrés. Et toi ?

— On a failli se faire cramer les miches, mais sinon ça va.

Le Shérif coupa court aux civilités.

— Quelles sont les nouvelles, Kelvin ?

— Ah oui ! Je suis entré en contact avec Fort Quantique et figurez-vous que… Heu… Pourquoi il y a un coyote dans le bureau ?

— C’est rien, c’est juste Gunther. Qu’est-ce qu’ils ont dit au Fort ?

— Des flingues illégaux ont bien été volés, et vous devinerez jamais par qui.

Ce fut Gravity Jane qui répondit.

— Par Vince l’Apothicalypse.

— Ah merde, vous avez deviné. Comment vous saviez ?

— Il a transformé ma maison en gruyère et je le soupçonne d’avoir utilisé le One-Gun Army.

Newton fronça les sourcils.

— C’est le flingue qui crée des clones du tireur ? Effectivement, ça expliquerait l’armée qui nous est tombée dessus.

Kelvin s’enquit.

— Et du coup, vous l’avez arrêté ?

— Tu déconnes, on s’est carapatés oui !

— Je me disais aussi que je surestimais votre héroïsme.

— Dis-donc, Kelvin…

— « Donc ».

— …

— …

— Wuuu ?

Jane reprit la parole.

— Gunther demande quels flingues ont été volés ?

— Il a vraiment demandé ça ?

— Bien sûr que non, c’est moi qui demande…

— J’aurais trouvé ça classe de parler le coyote.

— Kelvin, les flingues !

— Ha oui ! Du coup, après inventaire, il manque bien le One-Gun Army et le Gravity Killer, ce qui explique l’Anomalie et l’attaque. Il manque également, le Bombardier et le Résonateur Blanc.

— Ben on est pas dans la merde…

— Par contre il y a un truc qui me chiffonne.

Que pouvait-il y avoir de plus inquiétant encore ?

— Fort Quantique rapporte que le vol a eu lieu il y a à peine une demi-heure. Vince n’a pas pu créer l’Anomalie et vous attaquer avec les flingues avant de les avoir volés, c’est physiquement impossible !

Le Shérif se raidit en entendant cette information. Il dégaina le Jugement de la Physique avec un mélange de révulsion et de froide détermination. Il n’avait plus affiché cette pose de va-t-en-guerre depuis sa croisade contre les Anomalies.

— Mesdames et Messieurs et Coyotes, nous sommes en présence d’une flagrante violation des lois de l’espace et du temps. C’est intolérable ! Les lois de la physique doivent être respectées ! Les hors-la-loi récidivistes ne méritent qu’une seule chose : un trou pour y enterrer leur carcasse. Qui veut m’accompagner pour rétablir la loi et l’ordre ?

Kelvin répondit à l’appel en bombant le torse.

— Vous pouvez compter sur moi, Shérif !

Même Gunther se sentit impliqué.

— Wuuu !

De l’action ? De l’aventure ? Il n’en fallait pas plus pour convaincre Gravity Jane.

— Moi aussi ! Mais c’est surtout pour récupérer mon flingue…

Alice arrive

Je sors les cotillons et je danse en rond enrobé dans du jambon. La relecture d’Alice est enfin finie. Mieux encore, j’ai commencé à envoyer le manuscrit à des éditeurs. C’est une grande première pour moi. Je ressens autant d’émotions qu’un oisillon décollant du nid et menaçant de s’écraser au sol. Quoiqu’il advienne, j’aurais écrit le livre que je voulais écrire et je suis plutôt content de moi.

Je tiendrais évidemment au courant des futurs développements en espérant le meilleur. Paix et félicité.