Auxiliaire de vie – Témoignage

Je vais écrire un article assez inhabituel pour moi. Pour une fois, je vais être sérieux. J’ai décidé de partager avec vous un témoignage. En effet, je me suis lancé dans un stage de découverte du métier d’Auxiliaire de vie et j’ai envie de rapporter cette expérience car elle m’a touché. Ce que je vais décrire est vu par les yeux d’un néophyte complet qui découvre la profession. Pour replacer le contexte, j’ai une formation d’ingénieur en informatique et j’ai travaillé 5 ans en entreprise. Donc concrètement, je suis au niveau zéro de l’aide à la personne. Mais justement, le but était de découvrir le métier en ayant le moins d’à priori possible. Pour des raisons évidentes de confidentialité, je ne donnerai que des noms fictifs.

 

C’est donc vers 8h du mat que Lady Gaga est passée me récupérer en voiture. Oui, c’est carrément classe de découvrir le métier d’Auxiliaire de vie avec Lady Gaga. Elle commence à me briefer sur l’intervention, qui on va rencontrer, comment ça se passe en général. Lady Gaga est une personne très dynamique, pleine de vie et d’enthousiasme. Moi qui ne suis pas du matin et qui suis plutôt indolent, j’essayai tant bien que mal de paraître cotonneusement énergique (un parfait exemple d’oxymore).

La première dame chez qui nous sommes allés s’appelait Xena (comme la guerrière). En arrivant, nous avons croisé sa fille. Alors quand on dit sa fille, on pourrait penser à quelqu’un de jeune hein. Mais en fait, la fille a 80 ans, soit 8/3 de mon âge à l’heure où j’écris ces lignes. Xena, elle, a 99 ans et va fêter son 100e anniversaire cette année. Ça remet les choses en perspective.

Sa fille, qui ne souhaitait visiblement pas nous parler, s’enfuit rapidement vers son appartement situé juste au dessus. Première chose à se comprendre, nous ne sommes pas forcément les bienvenus. En fait, c’est un métier où nous envahissons la sphère privée des gens, leur intimité, c’est une réaction plutôt normale d’être un peu récalcitrant. D’autant plus que je venais pour la première fois et que je suis un homme. Il ne faut pas se mentir, un homme est moins bien perçu qu’une femme car il ne correspond pas au stéréotype du métier et qu’il est considéré instinctivement comme plus menaçant et invasif.

Toutefois, changer les mentalités fait également partie de la mission. Homme ou femme, on est là avant tout pour remplir un service, apporter une aide. Étant un peu en avance, nous commençons le ménage avant de réveiller Xena à 8h30. Elle nous surveillait déjà probablement du coin de l’œil quand nous sommes allés dans sa chambre pour la lever.

C’est un sentiment curieux d’humilité et d’impuissance qui me traversa quand je posai les yeux sur cette dame qui reposait dans son lit médical. Supervisée par Lady Gaga, Xena se releva difficilement, laborieusement, pour finir par s’appuyer sur son déambulateur. On l’accompagna alors jusqu’à une chaise/toilette (un pot de chambre sous une chaise trouée) où elle put uriner. Ça fait réfléchir de constater la difficulté immense pour cette personne de réaliser des tâches aussi simples et essentielles. La dépendance au quotidien est réelle et psychologiquement très lourde. Une personne qui a tant vécu est obligée d’avoir l’aide de quelqu’un pour uriner et en plus, pour cette fois-ci, devant un inconnu, même si j’essayai de m’effacer pour donner un minimum d’intimité. C’est dur pour l’estime de soi. C’est pour cette raison que Lady Gaga me racontait comment elle essayait de remonter l’amour propre des gens en les mettant en valeur.

Ensuite, direction la table pour le petit déjeuner. Pendant ce temps, Lady Gaga en profite pour me montrer les tâches ménagères et comment les prioriser. L’intervention se fait en temps limité et donc il faut d’abord se concentrer sur l’essentiel. En priorité, les lieux d’hygiène, la cuisine et le lit. Ensuite, on fait en fonction du temps, aspirateur/balai, serpillère. Le lundi est souvent consacré au ménage car il y a eu le weekend avant.

Une petite note à propos des odeurs. Parfois, il peut y avoir de fort relents, par exemple là, à cause des urines. Nous avons dû vider et nettoyer le pot de chambre. Ce n’est pas très agréable, mais c’est la réalité et la difficulté du métier. Il faut le dire.

Ensuite, nous prenons le temps de discuter avec Xena. C’est une part extrêmement importante du travail car il faut bien être conscient que les seules relations sociales de cette dame se font avec les intervenants (auxiliaires de vie, infirmers-ères, kinés…), et la famille évidemment. Un être humain ne peut pas vivre sans relations sociales, il dépérit dans la solitude. C’est pourquoi discuter avec eux, les écouter, échanger n’est absolument pas à négliger. On peut avoir l’appartement le plus propre du monde, la solitude tuera quand même.

Au cours de la discussion, cette vieille dame d’origine espagnole m’expliqua qu’elle était venue en France à cause de la guerre civile. C’est une chose de savoir ce qui a pu se passer dans l’Histoire, c’en est une autre de rencontrer quelqu’un qui l’a vécue. Ça rend les évènements tellement plus réels et tangibles. D’un seul coup, j’eus l’impression de me trouver à côté d’une fenêtre ouverte sur le passé.

Après cela, pendant que nous finissions nos tâches et que Lady Gaga me donnait des conseils et explications, Xena s’est rendue aux toilettes seule à l’aide de son déambulateur. Elle finit peu de temps avant notre départ. Toutefois, comme elle avait déféqué et qu’elle était incapable de s’essuyer seule, cette tâche revenait à l’Auxiliaire de vie. Nouvel exemple de la difficulté quotidienne des personnes dépendantes ainsi que des intervenants.

Après Xena, nous nous sommes rendus chez un vieux couple que nous appellerons Tutti et Quanti (why the fuck not ?). En entrant dans la maison, j’ai découvert un Monsieur Quanti relativement jovial et une Madame Tutti assez à l’aise avec ma présence. Nous discutons un peu pour voir comment ils vont et s’ils ont certaines requêtes spéciales à nous faire. Face à la négation, nous nous mettons au travail pour faire un entretien basique. Salle de bain, toilettes, cuisine.

Peu après, Madame Tutti vient nous demander de l’aide pour faire une lessive. Nous l’accompagnons donc au sous-sol pour lancer une machine. Les escaliers sont très raides et le risque pour une personne âgée de chuter réel (même pour une personne normale d’ailleurs). Parfois, Tutti pousse de gros soupirs. Lady Gaga m’explique que cette dame déprime un peu, qu’elle est lasse et a de plus en plus de mal à faire des choses. La déprime et la perte de volonté sont fréquents chez les personnes dépendantes. C’est très dur de les aider à combattre cela. Finalement, Tutti et Quanti partiront s’enfermer dans leurs chambres, ne désirant probablement pas supporter notre présence davantage. Nous reprenons donc les tâches de ménage et je m’attèle à la vaisselle.

Pendant ce temps, le service de livraison des repas passe. Lady Gaga discute un peu avec les femmes qui s’en occupent. En effet, il appartient également à l’Auxiliaire de vie de vérifier l’état du frigo, de voir s’il y a à manger et de faire attention à la nourriture périmée. Rentrer dans le frigo des gens, c’est encore une fois rentrer dans leur intimité, ce n’est pas anodin. Il ne s’agit pas non plus de gérer leur garde manger pour eux, mais de les aider à le faire.

Un peu plus tard, pendant que nous étions en train de passer l’aspirateur et la serpillère, Madame Tutti vient nous voir car elle a besoin qu’on aille récupérer ses médicaments à la pharmacie. Cela fait partie des mauvaises surprises. Même si Lady Gaga leur a demandé s’il y avait des tâches spéciales à effectuer, Madame Tutti n’y a pas pensé à ce moment-là. Maintenant, nous nous retrouvons à devoir courir à la pharmacie alors que s’approche la fin de l’intervention. Heureusement, nous avions encore le temps de le faire, mais cela impliquait de laisser tomber tout le ménage en cours. Après tout, les médicaments sont plus vitaux que le nettoyage des sols.

Évidemment, si nous n’avions pas eu le temps, il nous aurait fallu refuser, car nous ne pouvons pas nous mettre en retard au détriment des personnes suivantes. Bref, arrivés à la pharmacie, nouvelle mauvaise surprise. Nous avions les ordonnances pour Monsieur et Madame, mais nous n’avions que la carte vitale de Madame Tutti. Par chance, la pharmacie nous a quand même donné tous les médicaments en faisant passer sur la carte de Madame.

De retour à la maison, nous délivrons les médicaments et nous rendons les 20€ que Tutti nous avait fournis au besoin (les intervenants n’avancent jamais d’argent). Pour nous remercier de cette course, la dame veut nous offrir les 20€. Naturellement, nous ne pouvons pas accepter. C’est interdit et, de toute façon, ce ne serait pas éthique d’accepter un paiement pour un service qui fait partie de notre prestation. Ce serait la porte ouverte à toutes les dérives. Mais ça, c’est difficile à expliquer à une vieille dame qui veut juste nous donner de l’argent pour nous remercier.

Finalement, nous prenons le temps de discuter un peu avec le couple avant de nous en aller. Ce qu’il y a de bien avec les personnes âgées, c’est qu’elles ont toujours tout plein d’histoires à raconter ayant vécu beaucoup de choses. En plus, elles aiment ça ! Il suffit de les lancer un peu. Après, on est quand même obligé de les couper pour s’éclipser quand c’est l’heure.

La dame suivante s’appelait Lucie. Je ne me rappelle pas spécialement de son âge, mais elle était plutôt vieille. Elle vivait dans une petite maison à étage, mais à cause de son état, elle ne pouvait plus emprunter l’escalier. Aussi dormait-elle dans un lit médicalisé installé dans le salon. Cette pauvre dame souffrait de cécité partielle, ce qui l’affligeait profondément. Quand nous avons discuté avec elle, elle a tout de suite partagé sa profonde déprime. Même sans mot, la tristesse et le désespoir se lisaient sur son visage éteint.

C’est très dur d’entendre une personne annoncer purement et simplement qu’elle désire « partir définitivement » pour reprendre ses mots. On ne peut rester qu’humble et désemparé devant un tel spectacle. Que répondre ? Quand la cécité s’ajoute à l’absence de mobilité, chaque geste du quotidien devient une épreuve excessivement fatigante. La question se pose naturellement, qu’on le veuille ou non : à quoi bon vivre ?

J’étais face à une réelle détresse quand j’entendais cette femme dire « Je ne vois pas, je ne vois pas ». Elle ne pouvait même pas nous dire d’où venait une assiette de nourriture que nous avons trouvée dans le frigo. Quand la cécité et la perte de mémoire se conjuguent pour augmenter la difficulté, on peut comprendre la lassitude. Sans les intervenants qui viennent quotidiennement et qui essaient de lui apporter un peu de réconfort et de contact humain, il y a probablement longtemps qu’elle en aurait fini avec la vie (d’après ses propres dires). Encore une fois, la tâche la plus importante d’un auxiliaire de vie n’est pas le ménage (ça un robot peut le faire) mais le lien social, le contact humain.

Après le repas, Lucie a rejoint le salon pour regarder la télé. Tandis que nous entamions les tâches ménagères, nous avons vérifié qu’elle était bien installée. C’est alors que nous avons remarqué qu’elle regardait Canal+ en crypté sans vraiment s’en rendre compte. Et à cause de sa cécité, elle n’était pas capable de changer de chaîne seule. Vous reprendrez bien un peu de tristesse sur votre tristesse. Comme à l’accoutumée, après le ménage, nous avons pris le temps de discuter avec elle. C’est sans doute la part la plus importante de notre intervention pour essayer de lui remonter un peu le moral, lui transmettre de la chaleur humaine.

Suite à une courte pause déjeuner, nous nous sommes rendus chez notre seule bénéficiaire de l’après-midi avec qui nous allions passer deux heures. Comparée à la déprime de fin de matinée, Madame Jessica était une feu d’artifice de joie. Très enjouée et blagueuse, Madame Jessica avait développé une complicité évidente avec Lady Gaga. Elles se taquinaient et faisaient même des High Five suite aux bonne blagues. Une mamy qui fait un High Five, ça n’a pas de prix.

Madame Jessica était très gourmande, ce qui est rare parmi les personnes âgés. Habituellement, la perte d’appétit prédomine. Là, elle nous parlait allègrement de chocolat, de gâteau et de champagne que son fils lui avait offert. C’est un moment très agréable de partager et participer à la joie d’une personne. J’ai dû faire une bonne première impression à cette dame car elle a dit espérer me revoir, se déclarant prête à appeler la mairie pour me réclamer. Inutile de préciser que c’est extrêmement gratifiant de se sentir utile pour le bien-être d’une personne.

Durant le ménage, Lady Gaga m’a rappelé une chose très importante : l’attention aux détails. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas chez nous, nous sommes chez quelqu’un. Par conséquent, nous ne pouvons pas en faire qu’à notre tête, même si ça nous paraîtrait être du simple bon sens. Il faut essayer d’être le moins invasif possible, de perturber le moins possible notre environnement et laisser l’appartement rangé de la même manière qu’on l’a trouvé, que ce soit la position d’une chaise, ou le sens d’un tapis de bain. Bien sûr, il est possible de demander au bénéficiaire s’il désire qu’on fasse différemment, mais nous n’avons aucun droit, aucune légitimité à forcer un changement dans son environnement.

D’ailleurs, à la fin du ménage, Lady Gaga m’avait prédit que Jessica ferait un petit tour pour vérifier que nous n’avions pas fait de modification indésirable. Elle commença par la chambre, puis la cuisine où elle examina un à un les boutons de la gazinière ainsi que la manière dont était mis le sac dans la poubelle. Sans doute a-t-elle vérifié le reste après notre départ. En dehors d’être un petit toc, c’est également un besoin compréhensible pour se rassurer. Des gens viennent chez elle, dans son environnement, elle est en quelque sorte dépossédée de son intimité. C’est normal de vouloir garder le contrôle des choses pour se sentir chez elle.

Durant d’autres discussions et échanges, Madame Jessica nous parla de ses fils. Elle nous expliquait qu’elle avait deux fils et que le plus gentil des deux était mort sur le coup dans un accident de voiture. Nouveau moment d’humilité face à la réalité de drames qui habitent les vies des gens. Les personnes âgées ont plus de chances que d’autres d’assister à des malheurs. Dans le même temps, elle se plaignait de son autre fils qui était moins gentil. Il n’est pas vraiment conseillé de s’impliquer dans une telle discussion, même si on sait que ce fils n’est pas si méchant qu’elle le pense. Nous n’avons pas à donner notre avis sur les affaires de famille et certainement pas à prendre parti, ce serait une implication malvenue. On se contente donc de hocher la tête. Il y d’autres sujets sur lesquels on évite d’intervenir : la religion, la politique…

Ensuite, la discussion redevint plus légère. J’eus même l’honneur de faire un ou deux High Five avec Madame Jessica. Une bien belle manière de finir la journée et de repartir chez soi avec l’impression d’avoir apporté quelque chose dans la vie de quelqu’un. Non, ce n’est définitivement pas le ménage, mais le contact humain le plus important.

J’ai beaucoup appris aujourd’hui grâce à ma tutrice Lady Gaga. C’est une personne bourrée de valeurs et de bon sens qui aime transmettre cette humanité aux autres. Je lui suis reconnaissant d’avoir partagé son savoir et son expérience avec moi. Et à demain pour de nouvelles aventures.

 

Deuxième jour, c’est reparti ! Premièr arrêt chez Madame Xena, tout comme hier, nous venions pour l’aider à se lever et prendre son petit déjeuner. Lady Gaga en profita pour me mettre un peu à l’épreuve et voir ce que j’avais retenu. C’est là qu’on se rend compte qu’il y a énormément de choses à prendre en compte et auxquelles faire attention. De plus, c’est différent chez chaque personne.

Cette fois-ci, je participai au lever de Madame Xena. Ça n’a peut-être l’air de rien dit comme ça, mais quand on sait qu’une erreur peut entraîner une chute ou un grand inconfort, c’est quand même un peu impressionnant. On a quand même la vie d’une personne entre les mains. Pas forcément dans le sens vital, mais dans le sens où elle dépend de nous pour mener sa vie quotidienne.

Deuxième arrêt de la matinée chez Gillian. Cette dame est malheureusement atteinte de la maladie de Parkinson. Cela ne l’empêche pas d’être absolument charmante et agréable. C’est quand on voit des gens contents de notre arrivée qu’on se dit qu’on leur apporte quelque chose. Les problèmes d’équilibre et la confusion mentale sont le quotidien de cette personne. Il faut savoir faire preuve de patience, de compréhension et d’attention. Il faut les aider à trouver le fil de leur pensée.

Malgré ses difficultés, Madame Gillian continuait d’entretenir seule son appartement. C’est source d’estime pour elle d’être encore capable de faire des choses. C’est important de se sentir utile ! De plus, elle continuait à prendre soin de son apparence et à s’apprêter chiquement. Lady Gaga ne manqua pas de le souligner, toujours pour renforcer l’estime de soi. Ce sont ces détails qui permettent à ces personnes de se sentir toujours exister, d’avoir l’impression de compter, d’être humaines. Il ne faut pas le négliger.

Ce n’était pas pour le ménage, mais pour les courses que nous pouvions aider Gillian. Nous primes le temps d’élaborer la liste avec elle. À cause de sa maladie, il fallait beaucoup penser pour elle car elle oubliait tout et ne savait pas forcément ce qu’elle avait dans ses placards et ce dont elle avait besoin. De plus, comme beaucoup de personnes âgées, elle perdait l’appétit et c’était bien de l’encourager à acheter de la nourriture qu’elle aimait pour se faire plaisir et manger.

En plus des courses, Madame Gillian avait un problème de cumulus. Sans doute était-il tombé en panne car elle n’avait plus d’eau chaude. Nous sommes donc également passés à l’agence gérant l’appartement qui nous a donné le numéro d’un électricien.

De retour de notre sortie, nous avons essayé d’appeler l’électricien pour Madame Gillian, en vain. Lady Gaga m’expliqua qu’elle n’était pas censée le faire, mais qu’elle rappellerait l’électricien dans l’après-midi depuis son téléphone personnel pour expliquer la situation et demander à l’électricien de prendre rendez-vous avec Madame Gillian. Si nous avions laissé cette tâche à la dame, elle aurait eu toutes les chances d’oublier. Normalement, il appartient au fils de gérer ce genre de situation, mais les personnes en perte d’autonomie ont toujours beaucoup de mal à le reconnaître auprès de leur famille. Il convient également de respecter leur souhait de discrétion et nous ne pouvons pas forcer la main, cela briserait la relation de confiance.

Pour finir, nous avons emmené Madame Gillian jusqu’à l’espace senior de la ville. Là-bas, elle pouvait déjeuner à la cantine et jouer au scrabble l’après-midi. Durant la marche, il fallait être particulièrement attentif aux obstacles car une chute peut vite arriver. La moindre bosse, le moindre trou peut amener un déséquilibre. L’observation et l’anticipation sont primordiales. Arrivés à destination, nous avons laissés Madame Gillian avec ses compères seniors, notre intervention s’arrêtait là.

Lady Gaga m’expliqua qu’une de ses plus grandes sources de satisfaction professionnelle était d’arriver garder les personnes actives, avec des petits projets qu’elle construisait petit à petit avec elles. Qu’il s’agisse d’une simple balade ou d’aller rencontrer d’autres gens. C’était une manière de continuer d’exister plutôt que de rester emprisonné entre quatre murs en attendant la fin.

Le début d’après-midi fut désagréable mais intéressant. J’ai vu de très bons et beaux côtés de ce métier, même si certains sont durs, j’allais avoir l’occasion d’en voir un mauvais. Nous devions nous rendre chez Cruella. Madame Cruella a un mari en perte d’autonomie, elle a fait une demande d’aide pour la soutenir, ce qu’on appelle de l’aide à l’aidant. Lady Gaga m’a expliqué que, concrètement, cette dame ne voulait qu’une aide ménagère. Ça ne lui plaisait pas vraiment car, comme on a pu le voir, le ménage ne constitue pas le cœur du métier. Même si le ménage fait partie des attributions, il est fait dans le but d’apporter un confort à la personne et s’inscrit dans une démarche de contact social. Il est d’ailleurs bien d’impliquer les personnes qui le peuvent encore à participer pour justement se sentir utiles et capables (estime de soi).

Malheureusement, cette dame semblait croire qu’elle avait « recruté une femme de ménage ». Quand nous sommes entrés dans l’appartement, nous sommes tombés en plein repas. En plus de Madame Cruella et de son mari, il y avait les petits enfants et un étranger à la famille (son architecte d’intérieur apprendrions-nous plus tard). Inutile de préciser que ce n’étaient absolument pas des conditions normales d’intervention et nous aurions dû annuler sur le champ.

Après à peine un bonjour, nous avons été relégués au placard à vélos pour nous changer. Niveau estime de l’intervenant, on a vu mieux. Lady Gaga prit sur elle et nous nous sentîmes obligés de nous effacer dans le décor car nous n’avions rien à faire au milieu d’un tel repas de famille. Nous nous sommes donc cachés dans la salle de bain et la chambre pour faire le ménage car après tout, c’est Monsieur qui était dans le besoin et que notre prestation devait avant tout l’aider lui. La gêne était évidente et palpable. Pendant que je passais le balai pour remonter vers la cuisine je suis passé dans la salle à manger. Impossible de faire du ménage pendant que des gens sont en plein repas. Il n’était raisonnablement pas possible de poursuivre, aussi Lady Gaga voulut s’entretenir avec Madame Cruella.

Elle lui expliqua diplomatiquement que la situation était inconfortable et qu’il n’était pas vraiment possible de travailler dans ces conditions. Si un tel repas était prévu, il aurait fallu prévenir pour annuler. Cruella se mit d’abord sur la défensive, précisant que c’était imprévu et qu’elle n’y pouvait rien. Lady Gaga n’eut pas le temps d’expliquer que dans ce cas là, nous ne pourrions pas faire d’avantage que Cruella passa à l’offensive. La dame accusa tour à tour Lady Gaga de prendre trop de temps pour se changer, d’être trop prétentieuse, de tirer au flanc et de prendre du temps pour autre chose que du ménage (oui, le métier d’auxiliaire de vie implique autre chose que du ménage). Il y avait visiblement une accumulation de rancune qui explosait sous mes yeux.

Lady Gaga ne put supporter un tel mépris et un tel irrespect. J’étais moi-même sous le choc, incapable de réagir. D’un ton calme mais décidé, Lady Gaga expliqua qu’elle laissait le seau et la serpillère dans la cuisine et qu’elle s’en allait. Évidemment, cela déclencha l’ire de Cruella qui nous poursuivit à travers l’appartement en proférant des menaces et en tentant de joindre la mairie au téléphone. Elle hurlait à la « faute professionnelle » en disant qu’elle payait pour avoir un service et donc qu’elle était l’employeuse de Lady Gaga.

En réalité, il s’agissait d’une prestation fournie par un organisme prestataire. À aucun moment Cruella ne pouvait se prétendre employeuse et donner des ordres à Lady Gaga qui restait une employée du service social de la mairie et qui n’en répondait qu’à eux. Quand bien même aurait-ce été une relation d’employeur à employé, ce comportement odieux n’était pas acceptable. Ce n’est pas parce qu’on paie une personne qu’elle devient un esclave sur laquelle on peut s’essuyer les pieds.

Mon analyse, c’était que Cruella pensait disposer d’une domestique, d’une femme de ménage (d’ailleurs elle a essayé de joindre le service « aide ménagère » de la mairie alors qu’il s’agissait d’une aide à domicile). Puis elle s’est emportée en voyant que Lady Gaga ne se laissait pas faire, essayant de faire tourner l’affaire au rapport de force en sortant les menaces. Pourtant Lady Gaga avait ouvert la porte d’une issue diplomatique en exposant calmement et poliment le soucis, il aurait suffit d’en discuter pour travailler ensemble sur la manière d’améliorer la situation. Cruella avait sans doute trop d’orgueil pour la conciliation. Si elle avait du temps pour aller sur des chantiers avec des architectes et l’énergie pour nous poursuivre dans les couloirs en nous accablant, elle n’avait peut-être pas besoin de tant d’aide que cela ou, en tout cas, pas d’une auxiliaire de vie dont le rôle était là avant tout pour établir une relation et un contact humain. Dommage pour son mari, victime impuissante des événements.

Suite à cela, je me suis retrouvé avec une Lady Gaga secouée par les émotions et en proie aux pleurs. C’était bien normal après avoir été rabaissée de la sorte par cette odieuse femme. Il n’était pas évident de faire fi d’un tel conflit, d’autant plus dans le cadre du travail et cela créait une situation embarrassante. Lady Gaga avait un profond souci du professionnalisme, il s’agissait d’une grande fierté pour elle. Mais tout le professionnalisme du monde ne peut pas occulter la dignité humaine, et là il s’agissait d’une attaque sur sa dignité. Je la soutenais de tout mon cœur à 100% et je tentai tant bien que mal de lui apporter du réconfort. Elle avait besoin d’être rassurée car en tant que personne raisonnable et humble, elle se remettait toujours en question. Mais le problème ne venait définitivement pas d’elle, elle n’avait rien à se reprocher.

Je suis du même genre, je la comprenais donc bien. Je ne peux pas me laisser écraser par une emprise que les gens pourraient penser avoir sur moi. Il y a quelques années, j’ai eu un conflit avec mon supérieur hiérarchique et j’ai donc dû choisir entre m’écraser et m’en aller. J’ai fait le même choix qu’elle, je suis parti. Sauf que pour moi, en l’occurrence, il s’agissait d’une démission vu que j’étais en conflit avec mon employeur. Là, heureusement pour elle, elle n’en répondait qu’à ses supérieurs et nous sommes d’ailleurs immédiatement allés à la mairie pour expliquer la situation.

Madame Grahou, sa supérieure, comprit très bien la situation. D’ailleurs, ce n’était pas la première fois qu’il y avait un incident avec Cruella et ça s’était déjà mal terminé avec une autre intervenante. De plus, Madame Grahou avait déjà fait remonter la situation pour expliquer que Cruella n’avait sans doute pas besoin de bénéficier d’une aide à domicile. En tout cas, elle semblait du côté de Lady Gaga, et c’était très important pour elle de se sentir soutenue par son service en un moment pareil. En tout cas, j’espère qu’il n’y aura pas de retombées sur elle. Elle n’a rien à se reprocher, ce sont les personnes mauvaises, irrespectueuses et odieuses qui créent ces situations désagréables. Au nom de quoi faudrait-il accepter de les subir ?

Nous avions donc un peu de temps libre avant la prochaine intervention, temps que nous mîmes (attention forme verbale qui tâche) à profit pour discuter, se calmer et se réconforter. Il est vraiment douloureux pour une personne investie dans son travail de se faire cracher dessus de la sorte.

Pour cette deuxième intervention de l’après-midi, nous sommes retournés chez Madame Xena. Peu de ménage en prévision car nous étions passés le matin. Au final, nous avons discuté et, surtout, nous l’avons écoutée. De la compagnie, c’est parfois juste ce qu’il faut. Parler, raconter son histoire, c’est avoir l’impression d’exister.

Elle nous a parlé de son passé. À 23 ans, elle a eu un grave accident où elle s’est faite renversée par un camion militaire alors qu’elle circulait à vélo. Son œil était sorti de son orbite et elle avait été laissée pour morte dans le fossé avant que quelqu’un ne l’emmène inconsciente à l’hôpital. Au final, un chirurgien réussit à la soigner et aujourd’hui, à 99 ans, elle est encore capable de lire le journal.

Ensuite, elle nous a parlé de l’époque de la guerre civile espagnole. À 19 ans, elle avait dû s’enfuir dans les montagnes de Leon pour rejoindre les Asturies et échapper aux troupes de Franco. Imaginez-vous à 19 ans, dans les montagnes, avec un bébé de 3 mois dans les bras, sans repères, avec pour seule nourriture des pissenlits et des soldats aux trousses. Elle finit par atteindre les Asturies, retrouver son mari et prendre un bateau anglais pour la France. Sur les eaux, elle dut encore passer deux jours en cale parce que des bateaux de Franco tentaient de les intercepter. Ce qu’ils ne purent faire car il s’agissait d’un bateau anglais.

Plus tard encore, en France, elle réussit à échapper aux trains de déportation et même à retrouver son mari. Après avoir vécu tant de choses et de dangers, elle n’arrivait pas à croire qu’elle était encore en vie, là, à 99 ans. L’émotion la gagna, une émotion évidente, sincère, humaine et partagée. Des fois, on se demande pourquoi on a besoin de la fiction quand on voit ce que certaines personnes ont réellement vécu.

Dernier arrêt de la journée chez Madame Diane. Cette vieille dame était atteinte de la maladie de Parkinson. Malgré son affliction, ce fut une personne extrêmement joyeuse et pleine de vie qui nous a accueillis. Elle paraissait vraiment contente de nous recevoir et il est toujours plaisant de sentir que les gens attendent et apprécient notre venue. C’est la preuve et la reconnaissance qu’on leur apporte quelque chose.

Diane était très souriante et en me découvrant, elle commença à dire spontanément : « C’est un très beau jeune homme, qu’il est beau. Et il est gentil hein ! » Puis s’adressant à Lady Gaga : « Vous aussi vous êtes belle, vous êtes beaux tous les deux. Qu’ils sont mignons, qu’ils sont gentils ». Deux secondes après, on avait l’impression qu’elle me redécouvrait et elle repartait pour un tour. C’était un peu flatteur mais également un peu perturbant au bout de la 25e fois.

Notre mission principale consistait à lui faire prendre le repas du soir. Après avoir préparé la table et la nourriture, il fallait amener Madame Diane de la chambre jusqu’à la cuisine. Elle n’avait pas beaucoup d’équilibre et il fallait la tenir le long du trajet. Je trouve toujours très impressionnant et intimidant de se dire qu’on a la vie d’une personne entre les mains et que si on fait une mauvaise manœuvre, cela peut mener à la chute. Évidemment, j’ai préféré laisser Lady Gaga procéder.

Madame Diane avait toujours un excellent appétit et ça faisait plaisir de la voir se régaler. Pour elle, notre venue était synonyme de repas où elle allait se délecter. À ce stade-là, tout plaisir était bon à prendre. Diane pouvait manger seule, mais Lady Gaga m’expliquait qu’elle devait parfois nourrir des personnes à la cuillère.

Ensuite, il nous fallait la mettre au lit. Nous avons donc effectué le voyage en sens inverse avant de l’aider à se coucher. Puis nous avons terminé de ranger et nettoyer la cuisine avant de fermer les volets et de lui souhaiter une bonne soirée. Il y avait une certaine tristesse à laisser cette dame dans le noir, seule dans son grand appartement avec la télé pour unique compagnie. Il était 18h.

 

Troisième et dernier jour. Je me suis levé avec difficulté ce matin. J’ai eu la déraison de vouloir regarder le débat présidentiel jusqu’au bout, ce qui m’a laissé trop peu d’heures de sommeil. Comme à l’accoutumée désormais, Lady Gaga est passée me récupérer sur le coup des 8h15.

Pour notre première intervention, nous nous sommes arrêtés chez Madame Babette. Elle habitait une demeure ancienne construite sous l’ère Napoléonienne d’après ses dires. Babette était très agréable, alerte et accueillante. Après avoir fait connaissance, nous sommes allés dans la chambre pour faire le lit.

Moi d’un côté, Madame Babette de l’autre, je suivais ses instructions pour la réfection du lit. Chacun ses petites manies et la dame avait sa manière de faire. Comme me le disait Lady Gaga, il faut s’adapter aux personnes et respecter leurs souhaits ou leurs manières de faire car ils sont chez eux. En tout cas, c’était agréable de travailler en coopération. À ce moment, on se sent réellement dans le rôle d’aide et pas de domestique (quand la personne a encore suffisamment d’autonomie pour participer).

Suite à cela, il fallait aider Madame Babette à se laver. Évidemment, il y avait une gêne compréhensible à se montrer nue devant moi. Toutefois, après avoir un peu discuté du sujet, Madame Babette relativisa et comprit que j’étais là pour observer le métier. Nous convînmes donc de me faire rentrer dans la salle de bain une fois qu’elle serait derrière le rideau de douche.

Pendant que Lady Gaga aidait à la douche, elle m’expliqua quelques trucs. Madame Babette était encore suffisamment autonome pour se laver et n’avait besoin que d’une aide minimale. Brosser le dos, passer le savon, tenir le pommeau de douche, aider au séchage du dos et des jambes. Pour cette raison, il n’y avait pas besoin d’une infirmière et la tâche revenait à l’auxiliaire de vie.

Après la douche, nous avons accompagné Madame Babette pour le petit déjeuner. Elle nous offrit à boire (café et jus de fruit) pour que nous partagions ce moment avec elle. Bien sûr, ce fut le moment de discuter et elle nous raconta un peu sa vie. Ayant habité cet endroit depuis longtemps, elle avait eu le loisir d’en voir l’évolution. Auparavant, il n’y avait que des champs là où maintenant tout est construit. Ça doit faire étrange de voir le monde se transformer autour de soi sur une si longue durée.

Ensuite, la discussion tourna sur la télévision et fatalement, l’actualité politique. Madame Babette notifia son hostilité à la famille Le Pen en utilisant des formules peu flatteuses. La politique fait partie des sujets sur lesquels nous n’avons pas à donner notre avis, tout comme la religion. Il s’agit du règlement, nous ne sommes là ni pour faire du prosélytisme ni du militantisme. La meilleure attitude consiste donc à ne généralement pas répondre.

Deuxième intervention chez Madame Diane que nous avions couchée hier soir. Tout comme la veille, elle nous accueillit avec sourire et bonne humeur. Commencer une journée avec deux personnes aussi agréables donnait du baume au cœur. Ce matin, il nous fallait faire un peu d’entretien.

Tout d’abord, changement des draps du lit. Madame Diane souffrait hélas d’incontinence et ce genre de chose arrivait souvent. Nous avons donc ôté les draps, lancé une machine et refait le lit avec d’autres draps propres. Cela sembla beaucoup amuser Diane de me voir faire le lit. Ensuite, entretien des toilettes, de la salle de bain et de la cuisine.

Durant notre intervention, nous avons eu l’opportunité de voir passer l’infirmière pour une piqûre et le kiné pour faire marcher Madame Diane dans l’appartement. Ce fut l’occasion de rappeler que l’auxiliaire de vie fait partie d’une équipe d’intervenants dans divers domaines qui participent à maintenir les personnes à domicile. Malheureusement, la profession est encore assez mal perçue et souvent dénigrée, rabaissée à la simple aide ménagère, même par les autres intervenants. Évidemment, tout dépend des individus.

Tout comme la veille, nous étions également présents pour aider Madame Diane à prendre son repas. Elle associait toujours notre passage à la prise du repas et nous demandait à manger pendant qu’on faisait le ménage. Il a fallu lui expliquer qu’elle aurait à manger après le passage du kiné pour la calmer.

Même procédure qu’hier, voyage de la chambre à la cuisine où elle put trouver son plaisir dans le repas. Pendant ce temps, nous avons reçu un message. Madame Lucie, la dame souffrant de dépression et de cécité que nous avions vue le premier jour et que nous devions voir après, a été retrouvée par terre chez elle. Apparemment, elle avait chuté et s’était brisé le tibia. Elle avait donc été hospitalisée et, par conséquent, notre intervention était annulée. Cela faisait partie du métier également. Il y avait beaucoup de personnes âgées qui pouvaient se retrouver hospitalisées du jour au lendemain, ou même mourir. C’est pour cette raison qu’il faut toujours garder une certaine distance professionnelle et ne pas s’impliquer émotionnellement. Sans cette carapace de protection, il y a trop de choses qui peuvent blesser. Cela n’empêche pas d’être humain sur le moment, il ne faut juste pas prendre comme une mission personnelle d’aider ces personnes, une fois l’intervention terminée, il ne faut plus y penser. Bien faire la séparation entre vie professionnelle et privée.

Bien sûr, j’avais de la peine pour Madame Lucie, mais ça devait arriver tôt ou tard. De toute façon, nous n’y pouvions rien. Autant se concentrer sur le bon côté des choses, j’allais pouvoir faire une sieste à midi pour rattraper mon retard de sommeil.

Pour la première intervention de l’après-midi, nous nous sommes rendus chez Madame Titi. Elle possédait un fort joli canari, c’est pour ça que j’ai choisi ce pseudonyme. Madame Titi était une personne très très fatiguée. Aimable et polie, elle n’avait pas forcément envie de parler car tenir une conversation requiert certains efforts. Il faut savoir respecter cela aussi. Parfois, certaines personnes n’ont pas spécialement envie de parler et il faut se contenter du silence. Comme me disait Lady Gaga : « De toute façon, ne t’inquiète pas. S’ils ont envie de parler, ils te le feront savoir. » Personnellement, le silence ne me gêne pas.

Chez Madame Titi, nous intervenions pour faire du repassage. Étant une ancienne vendeuse de prêt-à-porter, elle avait un certain attachement aux vêtements et aimait les ranger impeccablement. Elle nous expliquait donc précisément comment repasser et plier correctement le linge. Encore une fois, ce métier requiert de l’adaptation et de l’écoute, même si nos tâches sont les mêmes, toutes les personnes sont différentes. Par conséquent, chaque intervention est différente. L’auxiliaire de vie doit être à l’écoute pour apporter du confort. Évidemment, il y a des limites et quand les demandes vont trop loin, il faut savoir dire non et recadrer. Pas forcément évident, surtout quand le métier est déprécié et méprisé.

Après le repassage, Lady Gaga s’occupa du courrier de Madame Titi. La gestion administrative était une autre des tâches qui pouvaient échoir à l’auxiliaire de vie. En effet, Madame Titi n’était plus vraiment en état de lire son courrier et d’y répondre, il fallait bien que quelqu’un le fasse. Bien entendu, cela se faisait en discutant avec Madame Titi, pour la tenir informer de tout.

Pour ma dernière intervention, nous sommes retournés chez Madame Xena. Tout comme hier après-midi, nous lui avons surtout tenu compagnie. Cette fois-ci, elle nous a surtout parlé de sa famille et même montré quelques vieilles photos. Avant de nous quitter, elle parla un peu de moi. Elle parut surprise d’apprendre que j’avais quitté l’informatique pour m’intéresser à ce métier. Elle me conseilla de ne pas m’arrêter là et de continuer plus loin (sous entendu vers quelque chose de plus prestigieux). Encore une fois, dépréciation du métier d’auxiliaire de vie, perçu comme simplement une femme de ménage.

 

L’heure était finalement venue de faire le bilan et j’avoue avoir été extrêmement satisfait de cette expérience. Lady Gaga a rendu ce stage très instructif grâce au partage de son expérience, à sa patience et ses conseils. J’ai découvert un beau métier, dur mais humain. C’est un métier qui m’a apporté du sens, qui est gratifiant par l’aide qu’on apporte à des gens qui en ont besoin. C’est également un métier encore très mal reconnu et qui mériterait un peu plus de considération. Nous serons potentiellement tous, un jour ou l’autre, dans un besoin d’assistance pour finir notre vie, alors il est important de considérer ceux qui nous l’apporteront.

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