Le Veilleur, partie 1

9h11, devant sa maison, Tina attendait avec une impatience contenue. Toutes ses affaires étaient prêtes et elle avait pris un bon petit déjeuner en prévision du voyage. À ce moment, la voiture bleue de Tony apparut à l’angle de la rue. Ce n’était pas trop tôt ! Ce garçon ne brillait vraiment pas par sa ponctualité. C’était presque une manie chez lui, il lui fallait toujours être en retard d’au moins une dizaine de minutes. Tina avait déjà eu l’idée de se présenter en retard aussi, mais elle redoutait le jour où par miracle il serait à l’heure. Il ne manquerait pas de lui faire la remarque ad nauseam et pour rien au monde elle ne lui accorderait ce plaisir.

La voiture ralentit pour se garer devant elle. La tête souriante de Tony sortit de la fenêtre.

— Le chauffeur de madame est arrivé.

— Effectivement, avec le retard escompté !

— Je ne suis jamais en retard, ni en avance d’ailleurs. J’arrive précisément à l’heure prévue.

— C’est ça… Quand tu auras fini de te prendre pour Gandalf, tu viendras m’aider à charger les affaires.

Le coffre était déjà bien garni de tout le fatras de Tony. La banquette arrière avait même été rabattue pour faire plus de place. Ils se contentèrent d’empiler les affaires par-dessus. Aucun des deux n’avait jamais été un expert du rangement. De toute façon, tout le matériel fragile et coûteux se trouvait dans des valises rembourrées.

— Tu n’as rien oublié ?

— Non maman, j’ai tout vérifié deux fois. Je suis peut-être en retard, mais rarement tête en l’air.

Tina acquiesça. Il disait vrai sur ce point.

— Allons-y, la route est longue. Nous devrions arriver sur place vers 18 ou 19h.

Sans perdre plus de temps, ils embarquèrent. Tandis que Tony démarrait le moteur, Tina sortit son dictaphone. Les deux compères animaient une émission sur Internet et c’était le bon moment pour enregistrer le premier épisode de ce nouveau reportage.

— Les Enquêteurs du Surnaturel vous souhaitent le bonjour. Nous sommes le mardi 6 décembre 2016 et il est 9h18. Nous entamons le périple qui nous mènera jusqu’au petit village reculé de Montignes dans les Âples. Trop petit et éloigné des axes pour être pris d’assaut par les touristes, ceux qui prennent la peine de s’y rendre en ramènent des souvenirs enchanteurs. Coincé entre lac et montagne, les décors y sont magnifiques toute l’année. Assurément, ce havre de beauté mérite d’être loué… et pourtant, c’est en des termes moins flatteurs qu’il s’est fait connaître.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant de l’affaire, voici un résumé des faits tels qu’ils ont été portés à notre connaissance. Il y a un peu moins de 2 mois, le 10 septembre 2016, un jeune couple de vacanciers, Betty et Bertrand, ont été portés disparus. Ils devaient libérer la chambre dans la matinée, mais ils ne se sont pas manifesté. Monique, la tenancière du seul hôtel du village, a donc décidé d’aller voir ce qui se passait. Après avoir toqué à la porte et les avoir appelés en vain, elle a fini par entrer. La chambre était vide. Du moins, toutes les affaires de Betty et Bertrand étaient là, il y avait leurs vêtements, portefeuilles, téléphones et clés, mais aucune trace d’eux.

Comment avaient-ils pu s’évaporer pendant la nuit ? Que leur était-il arrivé ? Ce sont les questions auxquelles les enquêteurs ont tenté de répondre une fois les autorités averties par Monique. Malheureusement, ils restèrent perplexes face à l’affaire. Tous les indices menaient à croire que le couple s’était simplement évaporé pendant son sommeil. C’est à ce moment que les choses deviennent intéressantes pour nous. Devant l’absence de conclusion rationnelle, des explications irrationnelles ou surnaturelles ont commencé à émerger.

La plus intéressante d’entre elles provient du folklore local, plus précisément d’une histoire racontée aux enfants pour les inciter à dormir. Cette histoire, c’est celle du Veilleur. Comme son nom l’indique, le Veilleur est un personnage qui veille la nuit. Pendant sa garde, il vient se pencher sur chaque lit de chaque habitant pour vérifier qu’ils dorment bien. Ceux qui sont surpris éveillés à ce moment-là encourent une punition. Ils sont emmenés par le Veilleur pour être plongés dans un sommeil éternel. Difficile de savoir s’il s’agit d’une métaphore pour parler de la mort ou s’il faut le prendre littéralement. Dans le doute, nous nous en tiendrons à la version littérale.

Que penser de tout ceci ? Betty et Bertrand ont-ils été surpris réveillés dans leur lit et punis en conséquence ? Une explication qui peut sembler farfelue, et pourtant, aucune preuve du contraire n’a encore été avancée. Toutefois, l’histoire ne s’arrête pas là…

Dans les semaines qui suivirent, 4 nouveaux cas de disparition similaires eurent lieu. Marie, une artiste qui s’était installée dans le village cette année pour profiter du cadre inspirant. Michel, de passage en visite chez ses parents. Finalement, et encore plus inquiétant, les deux inspecteurs chargés de l’enquête, Charles et Cédric. Devant l’absence de résultats concrets, ils avaient décidé d’éprouver l’histoire du Veilleur en passant une nuit, éveillés, au village. Faut-il en conclure qu’ils n’ont pas trouvé le Veilleur, mais que le Veilleur les a trouvés ? Une preuve irréfutable pour certains…

En tout cas, la superstition a commencé à gagné les services de police et personne ne souhaita retenter l’expérience. Depuis, l’affaire est au point mort et le village s’est résigné à vivre sous la menace nocturne du Veilleur. « Le point positif, c’est que tout le monde s’assure d’avoir un bon sommeil ! » ironise l’une des habitantes interviewée par un des journaux régionaux.

Finalement, la semaine dernière, tandis que l’histoire commençait à retomber comme un mauvais soufflé, un nouveau rebondissement est survenu.

— « Comme un mauvais soufflé » ? Sérieusement ?

— Chut ! J’enregistre.

— On me coupera au montage…

— Tu adores nous rajouter du travail n’est-ce pas ? Concentre-toi sur la route plutôt.

— Difficile de se concentrer quand je t’entends utiliser de telles expressions !

— Vas-tu te taire ! Tu brises mon élan de lyrisme !

— Beuah…

Un regard très très noir le dissuada d’émettre plus qu’une onomatopée.

— Finalement, il y a deux semaines, tandis que l’histoire était en passe de rejoindre les légendes urbaines, un nouveau rebondissement est survenu. Le samedi 26 novembre 2016, à quelques kilomètres du village, dans les montagnes, un groupe de randonneurs a découvert le corps sans vie de Bertrand. Fait notable : il était nu. Quant à la cause de la mort, elle semble être due à une chute. Le légiste a confirmé que le corps n’avait pas été déplacé post mortem et que la date de la mort remontait à la nuit précédente.

Si l’histoire n’était déjà pas assez mystérieuse, elle venait de prendre un tournant encore plus énigmatique. Comment Bertrand s’était-il retrouvé tout nu dans les montagnes ? Il n’avait certainement pas décidé de se mettre dans cette situation de son propre chef. On en venait donc à poser la question : qui se serait donné la peine de lui infliger cela ? Dans quel but ? Peut-être s’était-il enfui d’un endroit où il était détenu, mais, perdu la nuit dans la montagne, il avait succombé à son tragique destin ? Tant de questions, et si peu de réponses.

Tout le monde redoute de voir resurgir les autres disparus dans les mêmes conditions. D’un autre côté, il y a encore un espoir qu’ils soient toujours en vie quelque part, ce qui n’est pas à ignorer. Ceci étant, ces nouveaux éléments ont relancé la police sur la piste de l’enlèvement avec, au rang des suspects, le Veilleur ou ceux qui se cachent derrière. Forces surnaturelles ou groupe suffisamment bien organisé pour ne laisser aucune trace ? Ou peut-être s’agit-il complètement d’autre chose…

Pour vous, nous allons tenter d’élucider le mystère en nous rendant sur place. En attendant, n’hésitez pas à nous donner votre avis dans les commentaires ! C’était Tina des Enquêteurs du Surnaturel.

— C’est bon, je peux parler maintenant ?

— Hum… Je ne sais pas. Tu n’as pas été sage.

— Puisque c’est comme ça, je vais mettre du Lady Glagla pour agrémenter notre voyage.

— Il va nous falloir au moins ça pour survivre. On a beau prétendre que c’est le début d’une aventure passionnante, la route, ça reste chiant comme la mort !

Sur ces paroles, la première musique du disque démarra.

Unexpected Space Adventures

Il finit de l’embrasser avant de l’admirer longuement. Que n’avait-il fait pour la mériter ? Si forte, si belle, si intelligente, il aurait pu passer des heures à narrer ses qualités. Elle sourit.

-Tu es tellement mignon quand tu fais cette tête.

-Quelle tête ?

-Celle où tu me regarde avec des yeux qui débordent d’amour.

Il ne put s’empêcher de rougir à cette remarque. L’instant d’après, ils s’embrassaient de nouveau. Longuement. Très longuement. Transportés sur un nuage, ils pouvaient se perdre longtemps dans ces baisers de bonheur infini. Aussi, lorsqu’ils réussirent à se décoller, il s’enquit.

-N’es-tu pas censée te préparer ?

-Es-tu si pressé de te débarrasser de moi ? Tu as pris rendez-vous avec ta maîtresse juste après mon départ ?

-Ma seule maîtresse sera les jeux vidéo.

-Quel gâchis d’un amant si doué.

Il sourit. Toutefois, ce sourire s’empreignit rapidement d’un mélange de tristesse, de résignation, mais aussi de joie et de fierté.

-Tu vas me manquer, et tu le sais.

-Je sais et, blague à part, je ne t’en voudrai pas si tu ne m’attends pas pendant deux ans.

Le chagrin la toucha, elle aussi. Mais même ainsi, elle restait radieuse.

-Laissons l’avenir à l’avenir. Pour le moment, je t’aime. Et les mots me manquent pour te dire à quel point je suis fier de toi ! Tu vas réaliser tes rêves, tu vas aller sur Mars ! Tu te rends compte comme c’est merveilleux !

Elle répondit avec une voix émue, une larme se dessinant au coin de l’œil.

-Je sais, mais parfois, je me demande ce qu’il me restera quand j’aurais accompli mon rêve. Je me demande si ce sera au prix de te perdre.

-Ne pense pas à des choses qui n’existent pas encore. Aujourd’hui, tu es une aventurière, et tu as besoin d’aventure pour t’épanouir et être heureuse. Le bonheur, c’est tout ce que je te souhaite.

Ce fut en souriant qu’elle laissa échapper quelques pleurs.

-C’est pour ça que je t’aime. Tu as cette sorte de bienveillance et de sagesse. Tu souhaites simplement le bonheur des autres sans jamais penser égoïstement à toi-même.

-Oh, détrompe-toi, jeune scarabée volubile. J’aime aussi penser à mon plaisir personnel de temps à autres…

Un regard coquin souligna ses paroles. Elle répondit en lui donnant un coup de langue sur la lèvre, ce qui provoqua un éclat de rire instantané.

-C’est bien mieux de rire que de pleurer ! En attendant, je pense que tu devrais vraiment y aller.

Elle l’embrassa une dernière fois. Puis elle lui prit la main.

-Tu peux m’accompagner encore un peu, jusqu’au vestiaire.

Ce disant, elle le tira vers la porte qu’elle ouvrit pour le laisser passer. Perdu dans son regard, il ne vit pas l’impact arriver. Reprenant ses esprits, il se rendit compte qu’il avait dû couper la trajectoire d’une Rita Skavvich se déplaçant à haute vélocité. La collision, bien que spectaculaire, n’occasionna heureusement aucun dégât.

Maria aida Julien à se relever. Rita n’attendit aucun soutien pour sauter à nouveau sur ses pieds. Le visage sous une tension évidente, elle regarda alternativement les deux amoureux avant de déclarer sur un ton péremptoire.

-Suivez-moi ! Vite !

Une telle intensité se dégageait de cet ordre qu’ils obéirent par un automatisme inconscient, sans poser de question. Ils la suivirent ainsi en courant à travers les couloirs, sans percuter personne d’autre. Elle ne daigna s’arrêter que lorsqu’ils atteignirent les vestiaires.

En entrant, ils tombèrent sur Viktor Kirov. Son visage affichait la même intensité que Rita et, visiblement, son esprit abritait la même idée, car ils semblèrent se comprendre et se mettra d’accord en échangeant un simple regard. Tandis que Julien restait interdit, Maria finit par demander.

-Mais que se passe-t-il ?

Si le regard de Rita avait été intense auparavant, les adjectifs manquaient pour le qualifier maintenant. Les fixant de ses pupilles les plus graves et sérieuses, elle prononça cette phrase si simple et si inimaginable à la fois.

-C’est la fin du monde.

Avec une latence de plusieurs secondes, le cerveau de Julien assimila l’information. Puis ses cordes vocales tentèrent de s’activer.

-Quewouuuf !

Ce furent à peu près ses paroles, tandis qu’il encaissait la réception d’un paquetage lancé sur lui. L’instant d’après, Maria le trainait par le poignet à l’en faire presque mal. Suite à son atterrissage forcé sur le siège d’un véhicule, il tenta de se redresser. En plus de Rita, Maria et Viktor, trois ou quatre autres personnes s’invitèrent à bord.

En se poussant pour faire de la place, Julien reconnut sa voisine de siège. Il s’agissait de Vanessa Ming. Elle le dévisagea un instant, mais ne fit aucun commentaire. Le véhicule démarra à toute allure pour débouler à pleine vitesse sur la piste.

Pendant que Maria conduisait, Rita se retourna vers les passagers, attirant vers elle toute l’attention, comme un aimant. Cette femme dégageait une telle aura de commandement.

-Nous avons quinze minutes pour faire décoller ce vaisseau.

Quinze minute. Personne ne posa la moindre question. En une phrase, Rita avait dit tout ce qu’il y avait à savoir, tout ce sur quoi ils devaient se concentrer. Du moins, tout ce sur quoi les astronautes devaient se concentrer. Julien, lui, n’était qu’un passager de fortune. Mais il ferait tout ce que Rita dirait. Son esprit lui dictait de procéder ainsi, comme une nécessité vitale et impérieuse.

Une fois débarqués au pied du vaisseau Maria saisit son bras. Elle ne le lâcherait pas. Lui se cramponnait au paquetage reçu, comme s’il s’agissait d’un doudou apaisant. Au pied de la rampe, Rita donna de nouveaux ordres.

-Maria et Mélina, au poste de pilotage. Préparez le décollage. Viktor et Leia, salle des machines. Assurez-vous que le moteur tourne. Jack et Vanessa, faites le tour du vaisseau. Préparez tout le monde.

Ce disant, elle partit vers les techniciens et les opérateurs qui s’agitaient autour de la carlingue. Maria tira Julien à l’intérieur. Ils se frayèrent un chemin jusqu’au pont d’observation.

-Enfile la combinaison, range le sac dans le compartiment et accroche-toi à ce siège.

Sur ces instructions, elle le laissa. Incapable de réfléchir, il s’exécuta. Ce ne fut qu’une fois assis et attaché que son esprit put presque se remettre à fonctionner. En fait, non. Il resta suspendu dans une léthargie mécanique. Cinq autres personnes le rejoignirent, recevant à peu près les mêmes instructions de la part de Vanessa.

Tout le monde se regarda. Personne ne parla. Personne ne pouvait parler. Ce qui se passait était inconcevable. Incapables de faire autre chose, ils observèrent l’extérieur à travers la baie vitrée du pont d’observation.

Dehors, l’agitation régnait. Cependant, au bout de quelques minutes. Les environs immédiats du vaisseau se retrouvèrent désertés. L’appareil se mit alors en mouvement. Ils allaient décoller ! Pour de vrai ! Par réflexe, Julien s’accrocha à son voisin, ou sa voisine. Il ne savait plus, son regard fixé sur le tarmac qui défilait.

Les compensateurs inertiels atténuaient grandement l’accélération, ce qui provoquait un décalage inconfortable entre les sensations du corps et ce que les yeux observaient. Ils décollaient ! Le sol s’éloigna a une vitesse déraisonnable. Impossible de quitter la vitre des yeux. Impossible non plus de réaliser pleinement ce qui se passait, ni ce que ça signifiait.

Tandis qu’ils s’élevaient toujours plus haut dans le ciel, quelque chose traversa le champ de vision offert par la baie d’observation. Ça ne dura qu’un instant, mais ça allait en sens inverse, à toute vitesse. Même pas une minute plus tard. Une lumière aveuglante illumina le ciel.

Julien ferma les yeux. Son cœur failli s’arrêter. Ce n’était pas possible ! Il inspira difficilement. Il avait l’impression d’être resté en apnée pendant plusieurs dizaines de secondes. Il osa ouvrir à nouveau les yeux. Ils devaient approcher de la thermosphère à présent, ou ils s’y trouvaient-ils peut-être déjà.

Le monde entier s’ouvrait sous eux. La vue aurait été absolument fabuleuse, si elle n’avait été aussi abominable. L’adrénaline, sans doute, l’empêchait de défaillir devant ce spectacle. Sous ses yeux horrifié, Julien assistait à la fin du monde.

La destruction totale, par le feu nucléaire.

 

 

Pour vous remettre de vos émotions, je vous offre un énorme cœur, ainsi qu’un poney licorne qui vomit des arc-en-ciel quand il est content. Retirables en boutique avec le bon ci-joint. Allez, bisou !

TV Tropes

Fut-ce le bruit qui me réveilla ? Ou peut-être un sixième sens caché ? En tout cas, j’émergeai de la pile de coussins, tel un zombie tendant un bras hors de sa tombe pour hurler au monde : « Je suis mort-VIVANT ! ». Mon œil se tourna vers la source de perturbation, il s’agissait d’un individu, à priori de sexe féminin. Pas sûr cependant, j’étais encore trop endormi pour confirmer. L’individu me remarqua.

– Ah, mais t’es là ?

-Heu… Je crois, oui. Il me semble que je suis chez moi… Et toi, tu fais quoi là ?

-Ben… comme tu ne montrais plus de signes d’existence, j’ai pensé que je pouvais te piquer ton matos.

-Non merci, ça ira.

-Dommage… Et si tu me racontais ce qui t’es arrivé.

Que m’était-il arrivé ? En voilà une bonne question. Tout avait commencé une semaine auparavant. Ou était-ce deux ? C’était dur de garder la trace du temps parfois. Je me levai pour atteindre le frigo. Machinalement, j’ingérai un cornichon. L’acidité me donna un petit coup de fouet.

J’ouvris les rideaux. Devant la violence du soleil de printemps, je les refermai aussitôt. La femme attendait patiemment mes explications, non sans lorgner sur son butin désormais inaccessible.

-Ça y est ! Je me souviens ! Je sais ce qui m’est arrivé !

-Ce n’est plus d’impatience que je vais mourir, mais de vieillesse. T’as le cerveau lent aujourd’hui…

-Tes railleries me glissent dessus comme une main sur un lutteur turc bien huilé.

-Tu t’y connais en lutte turque toi ?

-Un peu… J’aime les corps luisants et musclés. Et toi, tu aimes les films de gladiateurs ?

-Ça passe.

-Tu as déjà vu un homme tout nu ?

-Ouais… dans un film de gladiateur. Mais quel est le rapport avec ce qui t’es arrivé ?

-Aucun. En fait, je me suis perdu sur l’Internet mondial.

-Tu as visité les sombres entrailles du ouèbe ?

-Non, pas cette fois. Je me suis contenté de tomber dans un piège à clic.

-Lequel ?

-TV Tropes.

-Ça a la viscosité de wikipedia ça…

-Pire qu’un sable mouvant ! À chaque page lue, tu en ouvres trois de plus, c’est atroce !

-Comment t’en es-tu sorti ?

-Coupure de courant.

-D’autres n’ont pas eu cette chance…

 

Ceci est un avertissement : si vous tombez sur ce site, fuyez ! Votre curiosité et votre soif de compréhension de la culture populaire vous tueront ! Toutefois, vous ne risquez rien si vous ne lisez pas l’anglais.

 

P.S.

Arg ! Noooooooooooon ! Malheur à moi ! Pour écrire cet article, j’ai à nouveau ouvert le site de Pandore. Priez pour mon âme !

Le Fer de Lance, un conte Grec

 Et si on les prenait par-derrière ?

 Tu veux dire, à revers ? Hum Instinctivement, je dirais oui.

Herotikles était jeune et fougueux, cela ne l’empêchait pas d’être aussi doué en tactique qu’au maniement de la lance, Gagamammelon devait bien le reconnaître. Une voix plus grave raisonna dans son oreille droite.

 Le garçon a raison, en empruntant ce petit chemin, nous serions parfaitement positionnés.

Myrdada avait toujours la désagréable habitude de se placer derrière son épaule, la droite pour être exact. Toutefois, Gagamammelon avait fini par s’habituer à son souffle humide. Un autre intervenant prit la parole.

 Après de tels orages ? Le petit chemin risque d’être boueux, il faudra être prudents pour ne pas glisser.

“Prudence”, le mot préféré de Condominas. Il avait l’art de modérer les ardeurs. Myrdada revint à la charge.

 L’opportunité de pénétrer leurs défenses est trop belle pour être ignorée. Ce n’est pas un peu de boue qui va nous empêcher d’enfoncer leur arrière-garde.

Des postillons atterrirent sur l’épaule de Gagamammelon, il essuyait souvent les débordements de passion dans les débats enflammés. Et Myrdada était connu pour s’enflammer rapidement.

 Calme tes ardeurs mon ami, Condominas a raison de rappeler qu’emprunter un chemin boueux n’est jamais sans danger. Il nous enjoint simplement à être prudents, et nous le serons. Bien ! Si personne n’a rien à ajouter, nous resterons sur ce plan.

Les officiers affichèrent des mines réjouies et enjouées. La bataille s’annonçait sous les meilleurs auspices.

 Ils peuvent toujours serrer les fesses, on va leur défoncer le cul !

Des mains voilèrent des visages. Franparlon maniait l’art des déclarations peu distinguées. Il ne fallait pas lui en vouloir, il avait eu une éducation quelque peu laxiste. Il n’en restait pas moins un guerrier remarquable, doublé d’un esprit affûté et triplé d’un compagnon affectueux. Sa présence se révélait fort agréable tant qu’on s’accommodait de son verbiage un peu déplacé.

 Ben quoi ? Ce n’est pas ce qu’on est en train de raconter depuis tout à l’heure ?

Condominas soupira…

 Si si, mais il est toujours de bon ton d’utiliser un langage plus policé. Inutile d’alimenter les clichés

 Peau lissée ? C’est comme quand on s’épile ?

Condominas inspira pour développer une explication, puis se ravisa.

 Laisse tomber.

À Gagamammelon de conclure.

 Prenez du repos. Nous attaquerons un peu avant l’aube.

La nuit tomba et les hommes se répartirent en petites poignées autour de feux. La soirée n’apportait qu’un maigre répit face à la fournaise du jour. Avec les flammes, beaucoup se mirent à transpirer. Partout où se posaient les yeux de Gagamammelon, il y avait des corps luisant de sueur illuminant l’obscurité de leurs reflets. Il décida de faire le tour des groupes, écoutant d’une oreille distraite les conversations, rappelant sa présence inspirante aux hommes.

 Je vois que tu as rasé tes poils.

 Effectivement, je trouve très désagréable de me coincer des poils dans le feu de l’action. Je préfère éviter toute distraction pouvant perturber ma concentration.

 Et cette flasque, que contient-elle ?

 De l’huile, c’est pour adoucir les frottements. Ma peau s’irrite facilement et le cuir n’est pas la plus tendre des matières. D’ailleurs, serais-tu assez aimable pour m’aider à m’enduire ?

 Bien sûr, avec plaisir ! Surtout pour le dos j’imagine

Cette idée ne paraissait pas bête du tout. Gagamammelon avait lui aussi remarqué ce problème d’irritation avec les pièces en cuir de son uniforme. Peut-être qu’avec un peu d’huile, il se sentirait plus à l’aise. Il continua son chemin.

 C’est important de prendre soin de sa lance, c’est l’attribut du guerrier ! Par exemple, moi je polis ma lance tous les jours avec application. Regarde comme elle brille !

 Je ne comprends pas tous ces efforts, au premier corps pénétré, elle sera toute sale.

 Ce n’est pas qu’une question de saleté. Si tu laisses ta lance dans un mauvais état, elle va s’abîmer !

 Tu as peut-être raison, peux-tu me montrer comment tu polis ta lance ?

 Il faut un certain coup de main, mais ce n’est pas très compliqué. Observe attentivement.

Gagamammelon avait failli intervenir, mais voyant la raison l’emporter, il poursuivit sa tournée.

 La mienne est plus grande te dis-je !

 Tu fabules, elles sont de la même taille.

 Pas du tout, je l’ai remarqué la dernière fois, je n’ai aucun doute à ce sujet. D’ailleurs, il y a un moyen simple de vérifier : mettons-les côte-à-côte.

 Je n’y crois pas !

 Je te l’avais dit.

 Bah ! De toute façon, ce n’est pas la taille qui compte, c’est la manière dont on s’en sert.

 Peut-être, mais à compétence équivalente, celui qui a la plus longue a l’avantage.

 Pas systématiquement ! Une trop longue peut se révéler plus gênante qu’avantageuse.

 Hum C’est pas faux.

À la vue des discussions, Gagamammelon sentait que le moral de ses hommes était solide. Il allait pouvoir se reposer un peu avec sérénité. En chemin, il tomba sur Franparlon et Condominas. Condominas avait toujours l’espoir d’éduquer Franparlon. Il faisait preuve d’une persévérance et d’un courage tout à son honneur. Toutefois, cette entreprise paraissait vaine…

 Alors on peut dire rondelle, oignon, arrière-train, fondement, popotin, derrière, postérieur, mais on ne peut pas dire cul. Je ne comprends pas, un cul c’est un cul ! Un cul n’est pas un oignon, même si des fois ça sent un peu pareil. Pourquoi avoir nommé quelque chose avec un mot pour ne pas utiliser ce mot ? C’est vraiment bête !

La lassitude de Condominas se lisait sur son visage.

 C’est vrai, j’aurais dû commencer par la notion de niveau de langue

 Le niveau de langue ? Ça ne change rien ! Si tu mets la langue au niveau du cul, ça reste un cul.

 Raaaah, je laisse tomber !

Ce pourrait être un travail pour Hercules. Ou peut-être faudrait-il même un dieu complet. En attendant, Gagamammelon allait profiter d’un repos autant réparateur que préparateur. Il s’endormit paisiblement, bercé par la fierté de diriger l’élite de l’armée Grecque. Demain, ils seraient le fer de lance transperçant leur ennemi en plein cu… Cœur ! En plein cœur !

Gagamammelon se retourna, l’esprit perturbé. Bon sang ! Il ne fallait pas que Franparlon déteignît sur lui. Les discours et les discussions deviendraient vraiment gênants avec un autre champ lexical…

Bar de l’Allusion

Pendant ce temps là, dans le Lapsus Lounge du Bar de l’Allusion :

-Bonjour mesdames, que désirez-vous ?

-Kiwi banane.

-Cerise radis.

-Lychee carotte.

-Prune concombre.

-Châtaigne aubergine.

– !!!

La Caverne d’Alibasteuf, partie 2

Précédemment, dans la Caverne d’Alibasteuf : Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante, avait réussi à pénétrer dans le nirvana de l’équipement. Tandis qu’elle argumentait avec Roger, l’Administrateur de Caverne, un événement impromptu survint !

— Hé ho ! Que se passe-t-il ?

— Ils ont fini par réussir à entrer !

— Mais qui donc ?

— La Ligue des 40 Vilains Voleurs Volages !

Sonya secoua la tête.

— C’est bizarre, j’ai une impression de déjà vu.

— Effectivement, moi aussi j’ai cette impression. Ce doit être un effet de l’Artefact Omniscient de Narration Pédante. Parfois, il déconne un peu lors des transitions ce qui peut entraîner de courts retours en arrière.

— Tout s’explique. Et sinon, les Voleurs Volatiles ? C’est qui ? Ils veulent quoi ?

— Les 40 Vilains Voleurs Volages ou 40 triples Vs, des larrons qui veulent prendre possession de la Caverne d’Alibasteuf et garder tout son contenu uniquement pour les membres de leur bande.

— Pas très partageurs.

— La Caverne d’Alibasteuf a toujours été ouverte aux aventuriers méritants pour leur permettre de venir s’équiper et déposer les artefacts dont ils n’avaient pas ou plus besoin. C’est un centre de partage et de solidarité. Les 40 triples Vs ne sont motivés que par l’avidité et le pouvoir.

— Alors il faut leur casser les dents !

— La Ligue Héroïque de Défense des Aventuriers Intègres a été prévenue, mais j’ai peur qu’ils n’arrivent trop tard. Si les 40 triples Vs arrivent à se barricader dans la caverne, même les héros ne pourront pas rentrer. En terme technique, c’est la dèche !

Sonya réfléchit puissamment :

— Nous sommes déjà à l’intérieur, nous. Nous pouvons certainement leur défoncer le crâne et ouvrir la route aux Héros Héroïques.

— Le protocole dicte de déclencher l’alerte et de se cacher en attendant l’arrivée des renforts. Si jamais nous sommes découverts, nous devons nous constituer prisonniers. C’est la procédure la moins risquée pour nos vies.

— Petite fiotte.

— Hé ! Je ne suis pas un Combattant Féroce Allaité par une Minotaure moi ! Je suis juste un Administrateur de Caverne Gringalet.

— Le lait de minotaure a des propriétés spéciales ?

— Il parait que c’est un anabolisant.

— Intéressant Bon, puisque tu t’auto-déclares inutile, je vais me passer de ton soutien. L’action m’appelle !

— Sérieusement ? À 1 contre 40 ?

— Même pas peur !

— Puisque votre Désir de Mort Violente est établi, autant vous aider à entraîner le maximum de ces Veules Voleurs avec vous. Je suis peut-être inutile pour ce qui est de l’action, mais je peux vous équiper décemment pour augmenter votre potentiel de combat.

Sur cette promesse, Roger trifouilla son Gros Bracelet Vaudoumatique d’Administrateur de Caverne. L’instant d’après, d’épais fils d’une araignée probablement en obésité morbide s’attachèrent à Sonya.

— Que fais-tu ? Où va-t-on ? Il me faut une armure !

— Oublie ces Babioles Médiocres pour Touriste. Si tu tiens à affronter les 40 triples Vs seule, il va te falloir du vrai matos. Je t’emmène à la Chambre Forte du Gros Bill.

L’Aventurière à la Tignasse Lacérante voulut répondre, mais seul un hoquet s’échappa lorsqu’elle fut subitement arrachée du sol. Emportée comme une Poupée de Chiffons d’Enfant Turbulent, Sonya visita la voûte de la Cave Principale avant d’atterrir sur une plateforme attachée au plafond. Depuis cette position, elle discerna quelques silhouettes qui commençaient à s’aventurer parmi les rayons. Elle serra les dents… Voleurs !

— Par ici !

Sonya suivit Roger. La plateforme rejoignait un couloir creusé dans la roche qui lui-même déboulait sur une petite salle. Seule autre issue : un puits profond d’une quinzaine de mètres.

— Et maintenant, que fait-on ?

— L’entrée de la Chambre Forte du Gros Bill se trouve au fond de ce puits.

L’Aventurière à la Tignasse Lacérante jeta un Œil Curieux mais Prudent en contrebas.

— Je ne vois rien.

— Le fond du puits est en réalité une Barrière Aéro-Cinétique. À basse vitesse, elle est aussi solide que du roc. Par contre, à haute vitesse, elle ne présente pas plus de résistance que l’air.

— J’ai rien compris.

— C’est ce qui fait toute la beauté de ce système de défense ! N’importe qui de sensé descendrait prudemment au fond du puits et ne trouverait rien d’autre qu’un sol infranchissable, alors que le seul moyen de passer est de sauter.

— Quoi ?

Sonya se pencha à nouveau. Quinze mètres suffisaient largement pour se tuer. Devant son scepticisme, Roger insista.

— Ayez confiance, il y a de la Guimauve de Réception pour atterrir en toute sécurité. Je n’ai jamais réussi à me faire mal, même en sautant n’importe comment.

— Ouais, ben après toi !

— Pas de problème !

L’Administrateur de Caverne sauta en affichant un Sourire Inconscient de la Future Mort Imminente. Sonya en avait déjà vu des chutes mortelles dans ses aventures. Elle s’attendait à entendre les craquements d’os accompagnés de la bouillie de chair caractéristiques d’une telle chute. Il n’en fut rien. Roger passa à travers le sol comme prédit.

Mais si ça se trouvait, un destin pire attendait au-delà. Ce pouvait très bien être une entrée vers les Royaumes Infernaux pas si Profonds que Ça. Ou la bouche d’un Ver de Roche Géant qui la digérerait lentement pendant des jours. Ou un Bassin d’Acide Décapant dans lequel elle fondrait dans d’atroces souffrances en hurlant pour retrouver sa maman. Ou l’antre de Taupes-Scorpions Carnivores Mutantes au poison paralysant pour la dévorer encore consciente.

— Bon alors, vous venez ?

Sonya sursauta.

— Roger ? Mais tu fais quoi là ? Je t’ai vu sauter.

— Ben je vous attendais en bas, mais comme vous n’arriviez pas, je suis venu voir s’il y avait un problème.

— Mais comment t’es remonté ?

— Il y a un Plieur d’Espace à Sens Unique pour sortir de la chambre forte. Bon, on y va ? Ou dois-je vous rappeler qu’une bande de voleurs a commencé à piller la caverne ? Il suffit d’éteindre le cerveau et de se laisser tomber. Comme ça.

Roger se laissa tomber comme une vieille figue trop mûre. Sonya s’attendait à peu près au même résultat lors de l’impact avec le sol. Mais une fois de plus, il n’en fut rien. Si un Petit Administrateur de Caverne Chétif pouvait le faire, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante le pouvait aussi ! La poussée d’orgueil ayant dépassé la résistance de la raison, Sonya sauta.

Une fois en l’air, la raison reprit le dessus. Trop tard ! Sonya serra les dents. Le sol se rapprochait très vite ! Elle attendait le choc impitoyable. Mais non, en lieu et place, elle fut accueillie par la matière la plus molle de la création. Si molle qu’elle eut un mal fou à s’en extraire pour rejoindre le patient Roger.

— Vous voyez, ce n’était pas si compliqué.

Un Regard Écorcheur Fulgurant le convainquit de changer de sujet rapidement.

— Les artefacts sont par ici. Il est stipulé qu’ils ne doivent pas quitter la Caverne d’Alibasteuf, sous peine d’apporter le déséquilibre aux mondes. J’imagine que si on s’en sert uniquement à titre défensif, cela ne posera pas de problème de les emprunter.

— Assez de promesses, qu’est-ce que t’as pour moi ?

— L’Armure Overlourde de la Reine Immortelle.

— Pourquoi s’en est-elle séparée ?

— Comme elle est immortelle, elle n’en a pas vraiment besoin.

— J’ai beau être bodybuildée, ça me parait un peu lourd à porter.

— C’est méga lourd, mais ça se porte aussi aisément qu’une robe d’été. L’armure est équipée de servomoteurs qui décuplent la force du moindre mouvement.

— Génial ! Allez, je l’enfile.

— Elle ne fait pas que ça, elle a une liste d’attributs longue comme trois bras. Pêle-mêle : absorption de tous les types de dégâts physiques, protection élémentaire, aura anti-magie, fonction régénérative et curative, mise en sommeil de stase, climatisation, lecteur mp3…

— C’est quoi un lecteur mp3 ?

— Je ne sais pas, mais elle le fait. Bref, vous pourriez nager dans un lac de lave, vous faire mâchouiller puis dévorer par un dragon et ressortir par son anus sans une égratignure. En plus, elle est auto-lavante et désodorisante.

— Tu m’envoies des étoiles Sauf pour l’anus de dragon, je vais effacer cette image de ma mémoire.

— Pour aller avec ça, je vous propose les Bottes Gyro-Gravitiques du Chat Moqueur.

— De quoi se moque le chat ?

— De la gravité.

— Il ne faut pas s’en moquer, la gravité tue.

— Pas avec ces bottes. Elles obligent leur porteur à toujours retomber sur ses pieds et absorbent toute l’énergie cinétique de l’impact. Vous pourriez tomber du ciel et atterrir debout sans rien sentir.

— Sur le papier, c’est inspirant ! Mais je n’aime pas trop jouer avec la gravité quand même.

— Rien ne vous y oblige, mais au moins, si une chute vous tombe dessus, vous serez équipée. Ahahah, “une chute vous tombe dessus”, humour…

Était-il en train de rire tout seul de son propre Jeu de Mot à l’Hilarité Discutable ? Sonya attendit patiemment avec un regard mi-sévère, mi-incrédule. Roger finit par ressaisir sa dignité.

— Hum… Pardon. Elles permettent également de se déplacer silencieusement.

— Formidable, formidable Il me faudrait une arme aussi.

— Par ici.

L’Administrateur de Caverne mena l’Aventurière à la Tignasse Lacérante vers l’armurerie la plus fabuleuse des univers connus. Toute notion d’urgence disparut. On avait toujours le temps de choisir soigneusement son arme. Un soupir traversa Sonya.

Comment pouvait-on rester insensible devant les courbes sensuelles de cette lame ? Que dire de la carrure alléchante de ce marteau ? Et la prise en main de cette lance provoquait tant de plaisir ! Insérer une flèche dans cet arc et le bander…

— Hum… Ce sont des armes, pas des sex-toys.

— Quoi ? Mais bien sûr, pourquoi tu dis ça ?

— Juste pour éviter toute ambiguïté avec votre regard lubrique et votre filet de salive au coin des lèvres.

— Je ne bave p

Ses mots moururent quand le bout de ses doigts lui donnèrent tort. Elle s’essuya d’un revers de manche avec un Grognement Promettant Mille Souffrances s’il s’amusait à commenter d’avantage. Il ne s’y risqua pas.

— Bon, reprenons. Comme l’Armure de la Reine Immortelle me procure une force accrue, je peux me permettre de prendre une arme plus lourde que d’habitude. Par exemple ce marteau, il a l’air bien.

— Heu non, je ne pense pas que celui-ci vous plaira. Vous ne devriez pas le toucher ! Trop tard…

Tandis qu’elle posait la main sur le manche, Sonya fut prise d’une nausée fulgurante. Elle tituba en luttant pour ne pas éjecter le contenu de son estomac.

— Pouah ! Comment oses-tu me toucher, femme ! Tes mains me révulsent ! Retourne faire la cuisine !

La surprise éclata face à cette voix de Caverne Métallique Injectée de Testostérones.

— Qu’est-ce que ?

— La plupart des armes les plus puissantes ont une âme et elles ne sont pas toujours commodes. C’est le cas du Gros Marteau Phallique de la Virilité Suprême.

— Si même les armes se mettent à être sexistes maintenant

— Argh ! Une chienne de féministe en plus, ce sont les pires ! Ces grognasses ne connaissent pas leur place et passent leur temps à vous aboyer dessus. Je n’arrive pas à croire qu’elle ait posé ses mains dégoûtantes sur moi.

Le pot de moutarde explosa au nez.

— Non mais lui je vais me le farcir !

— Qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu ne serais même pas capable de briser une allumette avec tes bras de grenouille. Retourne jouer à la poupée ! Non ! Ne me touche pas, tu me dégoûtes !

La nausée fulgurante saisit immédiatement Sonya. Seulement, cette fois-ci, elle ne se retint pas. Avec son Puissant Jet de Vomi Écœurant, elle tapissa l’arme impertinente du contenu de son estomac. Puis elle ponctua avec un signe de main obscène.

— Reviens ici, grognasse, et nettoie-moi ! Plus vite que ça, sinon

— Sinon quoi ? Si personne ne te touche, tu vas juste rester là, couvert de vomi dégoulinant qui va sécher. C’est tout ce que tu mérites !

Une volée d’insultes colorées fusa. L’Aventurière à la Tignasse Lacérante esquiva expertement en s’éloignant sur l’air chantonnant de “Tralala le p’tit bois”.

— Administrateur de Caverne, lave-moi !

— Heu… désolé, c’est-à-dire que j’ai cours d’aqua-poney là. En plus, j’ai oublié mon Chiffon de la Propreté Absolue en Un Seul Passage. Aller, salut !

— Bon, visiblement je vais devoir m’en remettre à ton expertise. Quelle arme me conseilles-tu ?

— Pour miser sur une valeur sûre, je dirais la Lame Perce-Cœur en Bullshitium Expérimental.

— C’est quoi comme matière le Bullshitium ?

— Oh, c’est une matière qui n’existe pas, mais à laquelle on prête tout un tas de propriétés rendant très tristes les lois de la physique.

— Est-ce qu’elle a une âme ?

— Oui. Elle est un peu bavarde, mais globalement d’assez bonne compagnie. Elle possède le savoir et le talent de quarante générations de maîtres épéistes qu’elle peut insuffler dans votre subconscient. Elle peut posséder votre corps pour défendre votre vie en cas d’inconscience ou vous venger si vous veniez à mourir avec la lame en main. Elle est indestructible et fait exploser les autres armes au moindre contact. Elle peut canaliser les éléments tels que la foudre, le feu ou le froid. Elle stoppe les projectiles allant jusqu’à une vitesse de Mach 3.

— Mach 3 ?

— Trois fois la vitesse du son. Elle a une lame monomoléculaire pouvant découper l’acier comme une brique de beurre fondu. Elle profère des railleries déstabilisantes aux ennemis en plein combat et chante des berceuses pour vous endormir. Pas besoin de l’aiguiser, cependant, elle apprécie la caresse d’un chiffon soyeux de temps à autre. Elle fait encore plein d’autres trucs, mais je pense que c’est assez représentatif de son potentiel.

En guise de réponse, Sonya saisit la lame miroitante de Bullshitium. Peut-être était-ce son imagination, mais elle crut voir la matière se muer en un visage souriant.

— Bonjour, je suis Perce-Cœur. Enchantée de faire votre connaissance !

— Ah oui, j’oubliais un détail important. Elle peut changer de forme à volonté pour s’adapter à toutes les situations.

— Bonjour, je suis Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante. Je sens que toi et moi on va s’entendre à merveille.

— Je n’ai jamais eu l’occasion d’être brandie par une aventurière. Je suis ravie de cette nouvelle expérience.

Sonya sourit. Enfin quelque chose d’agréable.

— En appoint, je peux proposer l’Arbalète de Poing à Répétition Impossible de Gui Tell, avec son Chargeur Infini de Carreaux Magiques Perforants à Tête Chercheuse.

— Rien que le nom promet une arme indécente.

— Il n’y a pas grand-chose à ajouter. Concrètement, il suffit d’appuyer sur la gâchette en visant vaguement dans la direction de l’ennemi. C’est magique, donc c’est permis.

— Je suis vraiment obligée de la rendre après ?

— Il en va de l’équilibre des univers. Je sais que vous êtes une personne respectable.

— Hélas, j’ai une conscience

— Pour couronner le tout, si j’ose l’expression, le Casque Tactique Omniscient de Wolle Aque.

— Chouette design !

— En plus des protections usuelles, il empêche d’être ébloui et assourdi. Il permet de voir sur une très large gamme de longueurs d’ondes et d’entendre sur une plus grande bande de fréquences que la normale. Il dispose également d’un filtre à air pour empêcher toute intoxication. En cas d’extrême urgence, il peut débloquer une réserve d’oxygène permettant de respirer dans les milieux dépourvus d’air pendant plusieurs minutes. Mais le meilleur reste son Intelligence Archimagicielle.

— Quewa ?

— C’est un peu comme s’il avait une âme, sauf que ce n’est pas pareil.

— Ultra utile comme explication.

— De rien. Le casque analyse la situation en temps réel et permet de donner informations et conseils directement par télépathie. Grâce à son affichage tête haute sur la visière, il peut mettre en évidence les éléments importants dans votre champ de vision et garde même en surveillance ce qui est hors de vue. Révélation des ennemis à travers les murs, bio-scan médical, résolutions de problèmes complexes, prévision de la météo à sept jours, analyse balistique, calcul de scénarios tactiques, etc.

— Je ne comprends pas la moitié des trucs que ça fait, mais je suis sûr que c’est trop bien.

— Ça l’est !

— Bon, il est temps d’aller botter des culs, emmener plus de matos relèverait de la gourmandise. J’ai déjà assez l’impression de tricher comme ça.

— Une dernière broutille pour la route. Tenez !

— Qu’est-ce ?

— Amulette de Résurrection.

— J’aime.

— Suivez-moi, nous retournons au Plieur d’Espace à Sens Unique.

— Comment ça marche ton bidule ?

— L’appareil courbe l’espace afin que deux endroits éloignés se touchent en créant une surface de contact. C’est un peu comme plier une feuille de papier pour faire en sorte que les coins se touchent. Il suffit ensuite de traverser cette surface de contact, que l’on appelle vulgairement un portail, pour passer d’un endroit à l’autre.

— C’est un peu comme de la téléportation.

— Oui, sauf que ça n’a rien à voir.

Sonya zieuta Roger en coin avec un Regard Suspicieux aux Sourcils Froncés d’Indécision. Se moquait-il ? Devait-elle le frapper ?

— C’est là.

— Dans la salle à côté ?

— Heu… Oui, c’est ça.

L’Aventurière à la Tignasse Lacérante traversa l’ouverture. L’Administrateur de Caverne avait piqué sa curiosité avec ses histoires de pliage de feuille de papier spatiale. Quel moyen de transport formidable pour se rendre d’un lieu à un autre ! Prise d’un doute, elle observa attentivement la nouvelle salle.

— Mais On est en haut du puits !

— Tout à fait, nous venons de traverser le portail.

— C’est à la fois extraordinaire et étonnamment sobre. Je m’attendais à une expérience plus palpitante.

— C’est assez transparent à l’utilisation.

— Bon, il est l’heure de foncer dans le tas !

— C’est ça. Faites diversion pendant que je rejoins le Poste de Contrôle n°3 afin d’évaluer la situation. J’ai établi une connexion entre mon Gros Bracelet Vaudoumatique d’Administrateur de Caverne et votre Casque Tactique Omniscient de Wolle Aque. Nous resterons en contact.

— Comment ?

— Nous pourrons nous parler à distance.

— Comment ?

— Vous n’aurez qu’à parler dans votre casque et je vous entendrai sur mon bracelet, et vice-versa.

— C’est magique ?

— Non, c’est vaudoumatique. Bon, ne vous occupez pas des détails techniques. Allez plutôt faire ce que vous savez faire !

— Casser des dents ! Ouais !

Ainsi suréquipée avec toute l’indécence imaginable, Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante, regagna la plateforme suspendue à la voûte de la caverne. Depuis ce nid d’observation, elle épiait ses futures victimes qui farfouillaient dans les rayons. Pratique la fonction zoom de ce casque. Elle se sentait comme la Mort qui Venait du Ciel ! Il était temps de frapper.

Sonya sauta.

La Caverne d’Alibasteuf, partie 1

Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante, arriva au fond de la Crevasse du Chacal Mouillé. D’après les informations données par le Sage Croûton Rachitique, ici se trouvait la fameuse Caverne d’Alibasteuf, le rêve de tous les aventuriers. Pour déceler la paroi secrète dissimulant l’entrée, il fallait attendre le dernier rayon de soleil de l’équinoxe d’automne, autrement dit : aujourd’hui. Ensuite, debout et d’une voix claire, il fallait prononcer la phrase suivante :

— Sésame, ouvre-toi !

— Mot de passe incorrect. Le mot de passe de la Caverne d’Alibasteuf a été récemment changé. Veuillez contacter votre Administrateur de Caverne pour obtenir le nouveau mot de passe.

Quelle était donc cette diablerie ? Le Vieux Croûton Rachitique lui avait-il menti ?

— Sésame, ouvre-toi !

— Mot de passe incorrect. Il vous reste deux essais, après quoi la caverne sera verrouillée pour une période de trois cent soixante-cinq ans.

— Saloperie de sésame, tu vas t’ouvrir, oui !

— Mot de passe incorrect. Il vous reste un essai, après quoi la caverne sera verrouillée pour une période de trois cent soixante-cinq ans.

— Je hais les mots de passe !

— Mot de passe correct. Vous pouvez entrer dans la Caverne d’Alibasteuf.

Visiblement, l’Administrateur de Caverne haïssait autant les mots de passe que Sonya. Peu importait, le but était atteint. La Caverne d’Alibasteuf s’ouvrait devant l’Aventurière à la Tignasse Lacérante. Quels trésors l’attendaient à l’intérieur ? Elle se retint de courir et se contenta d’entrer dignement.

— Bonjour et bienvenue dans la Caverne d’Alibasteuf. S’agit-il de votre première visite ?

Sonya examina la source des paroles. Il s’agissait d’une étrange lumière bleutée qui flottait paresseusement à hauteur de tête.

— Heu oui.

— Je suis GG FFS, le Gentil Guide Feu Follet Solitaire, mais vous pouvez m’appelez Dieu. J’ai un complexe mégalomaniaque.

— Heu d’accord.

— La Caverne d’Alibasteuf entrepose les meilleures pièces d’équipement d’aventurier de tous le multivers. Quel type d’équipement recherchez-vous ?

— Armures !

— Très bien, veuillez me suivre.

À la suite de GG FFS, Sonya pénétra dans la cave principale. Impossible de décrire les trésors fabuleux s’étalant à perte de vue. Des milliers d’étoiles se jetaient dans ses yeux écarquillés. Soudainement, elle ne se sentait plus l’Aventurière à la Tignasse Lacérante, mais simplement une Enfant Émerveillée le Soir de Noël. Elle voulait tout visiter, tout voir, tout examiner et elle le ferait !

— Voici le rayon Armure.

— Il doit y avoir erreur, il s’agit du rayon Lingerie.

— Il n’y a pas d’erreur, il s’agit du rayon Armure pour Femme.

— Non, il s’agit du rayon Lingerie pour Femme, voire Lingerie “fine” pour Femme.

— Désolé, seul l’Administrateur de Caverne a les droits nécessaires pour renommer les rayons.

— Je parie que l’Administrateur de Caverne est un homme Bon, tant qu’à être ici, je peux toujours m’équiper en Lingerie Magique.

Sonya commença son examen consciencieux de la marchandise étalée. À chaque fois qu’elle s’attardait sur une pièce, GG FFS commençait à lui donner des informations parfois pertinente dessus.

— Ce plastron s’appelle “La Barge”.

— Plastron Tu me fais rire, c’est un soutien-gorge. Hé ! C’est ma taille !

— Il permet d’éviter le mal de dos et de garder la poitrine sous contrôle même en cas d’intense activité physique.

— C’est presque tentant. Et celui-ci ?

— Les Tétons Flingueurs d’Austinette. Il dispose d’une fonction d’autodéfense rapprochée. Inventées par l’espionne Austinette pour éviter d’être prise au dépourvu lors des situations de séduction dangereuse.

— Le nom est assez explicite.

— Le Thermostits de la Douceur Tempérée. Protège efficacement contre tout différentiel de température, chaud ou froid. Idéal pour affronter les éléments du feu et de la glace.

— Dommage que ça protège si peu de surface, je l’aurais bien pris en combinaison intégrale.

— Il répond parfaitement à la loi du Regard Libidineux : moins il y a de surface, mieux ça protège.

— D’expérience, je préfère être moins bien protégée, mais partout. Et ce truc moche c’est quoi ?

— Le Châle Odorant de l’Intestin Obstrué.

— C’est révulsant !

— Il émet un puissant champ de force olfactif afin de prévenir toute attaque au corps-à-corps de la part d’un adversaire doué d’odorat.

— La pince à nez est fournie avec ?

— Rosie Fumet, sa créatrice, avait toujours le nez bouché.

— Je pense que c’est un prérequis pour porter cette horreur. Ceci a l’air mieux.

— Les Bottes Ultimes de l’Éventreuse de Démon. Procure une agilité sans limite et prévient toute entorse. Vallila Cold les portait quand elle a emprunté le portail des Enfers pour aller tuer les Seigneurs Démons du Cercle Interne. Ces bottes sont la seule chose qui ne soit jamais ressortie du portail.

— On peut scier les talons de dix centimètres ? Parce que bottes ultimes ou pas, si tu te coinces dans une grille en chassant le démon, t’auras bien l’air d’une conne avant de te faire éventrer toi-même par le démon. Et sinon, pour la tête ?

— Le Casque aux Milles Étoiles Diamantées.

— C’est un diadème, pas un casque. Quel est l’imbécile qui a nommé ce truc ? D’ailleurs, il fait quoi de spécial ?

— Il brille.

— Génial ! C’est de la merde ! Je crois que je vais directement passer aux culottes.

— Vous voulez dire les Jambières ?

— Tu as de la chance d’être immatériel. Je ne sais pas si frapper l’air m’énerverait encore plus ou me détendrait un peu.

Se déplaçant plus loin dans le rayon, Sonya trouva les “Jambières”, ou peut-être avait-elle confondu avec le coin SM.

— Le Moule-moule, en authentique cuir de cul de Baboulinet Tropical.

— On a tué un Baboulinet pour faire ça ? Quelle honte ! Qu’est-ce que

— La Scieuse Intégrale de Lili Raie d’Acier.

— Intégrale ? Il n’y a qu’une ficelle et elle est tellement fine qu’elle doit Hum J’ai compris hélas. Il n’y a pas quelque chose d’un peu moins malsain ?

— Le Lit de la Rivière Rouge. Confortable, étanche, méga-absorbant, autonettoyant, fabriqué à partir d’Éponges bleues végétales de l’île volcanique de la Coulée Rouge.

— Tu m’envoies du rêve, il faudrait juste changer le nom.

— Opération interdite. Désolé, seul l’Administrateur de Caverne a les droits nécessaires pour renommer les artefacts.

— Et les surnoms, on a le droit ?

— Les surnoms sont autorisés.

— Dans ce cas, je vais prendre le Lit de la Rivière Rouge, que je vais surnommer la “Méga-Couche”, ainsi que La Barge. Je vais les essayer immédiatement. Où sont les cabines d’essayage ?

— Il n’y en a pas.

— Désappointant. Je n’ai qu’à me changer ici, retourne-toi.

— Je ne peux pas me retourner, ce que vous voyez n’est qu’une projection de lumière omni-directionelle servant de support visuel pour la diffusion des renseignements audios.

— Hé bien ça me perturbe quand même, alors va dans le rayon d’à côté ! Je t’appellerai quand j’aurai fini.

— Requête acceptée.

GG FFS disparut pour laisser suffisamment d’intimité à Sonya. Elle espérait simplement être vraiment seule dans la caverne, il aurait été désagréable de se faire surprendre en train d’enfiler la Méga-Couche. Heureusement, l’endroit eut la bonne idée de rester désert. Ayant fini son office, elle rappela le guide.

— GG FFS ! GG FFS ? GG FFS ?

Où était-il passé ? Pourquoi ne revenait-il pas ?

— GG FFS ? GG FFS !

Il n’aurait quand même pas osé…

— Dieu ?

— Oui ?

Et si, il avait osé. Il ne plaisantait pas avec son complexe mégalomaniaque.

— Quittons ce rayon, il me donne envie de vomir. Emmène-moi plutôt voir les Armures Lourdes, pour Homme. J’imagine que la précision est requise.

— Veuillez me suivre.

Sur le chemin, une rangée attira l’attention de Sonya.

— Une seconde, quel est ce rayon ?

— Il s’agit du rayon Sous-Vêtements pour Homme.

— Rien que pour rire, je vais jeter un œil. Ceci dit, je ne sais pas si je vais rire ou avoir peur. Vas-y, raconte-moi tout.

— Le Panier à Abricots.

— Ça commence bien… Dis donc, il y a de la place là-dedans !

— Il appartenait à Pilon le Dingue. Il souffrait de la maladie génétique du dédoublement génital.

— Tout de suite, ça multiplie les abricots. Je n’ai pas vu le Panier à Melons au rayon femme.

— Vouliez-vous dire le Panier à Pamplemousses ?

— Tant de fruits D’où sort-il celui-là ?

— Le Caleçon en Mithril de Cul-Brillant.

— J’ai déjà entendu cette histoire quelque part. Celui-ci est bizarre.

— La Coque à Noix Chaste de Résistance Électromagnétique. Le grand inventeur Turbo Piston était persuadé que sa stérilité était due au piratage de ses gonades par un signal électromagnétique. Il a donc conçu cette coque comme une cage de Faraday. En plus de sa défense physique indiscutable, elle protège efficacement contre toute interférence électrique et électromagnétique externe. Il est mort sans descendance.

— Peut-être que le problème venait d’ailleurs. Ah, un truc qui a l’air normal !

— Le Grand Slip Rouge 100% Coton.

— Que fait-il de spécial ?

— Il transforme instantanément son porteur en catcheur russe. Il appartenait à Guiev, le grand lutteur sibérien qui s’entraînait avec des ours polaires. Lors de son dernier souffle, il a transféré son âme dans ce slip pour accompagner tout futur porteur sur la voie de la lutte.

— Génial ! Dommage qu’il soit un peu trop grand. Bon ! Assez rigolé, je n’ai pas tellement envie d’en savoir plus sur les trucs bizarres qui suivent. Continuons vers les armures.

Sonya quitta le rayon des Sous-Vêtements pour Homme avec un dernier regard envieux vers le Grand Slip Rouge 100% Coton. Il était temps de passer aux choses sérieuses.

— Voici le rayon Armure Lourde pour Homme.

— Ah, enfin le vrai matos. Maintenant on parle !

Tout ce métal protecteur lui assénait frisson sur frisson. Cette froide douceur ferreuse… Quelle armure allait-elle choisir ?

— Celle-ci !

— La Cuirasse des Fabuleux Pecs d’Acier. En plus d’offrir une protection incroyable, elle renforce également la cage thoracique du porteur pour résister même aux coups de marteau les plus violents.

— Je veux l’essayer.

— Opération interdite. Vous ne remplissez pas les prérequis pour le port de cette armure.

— Quoi ? Quels sont les prérequis ?

— Vous devez être de sexe masculin pour porter cette armure.

— Là je suis profondément mécontente.

— Pour toute réclamation, veuillez contacter votre Administrateur de Caverne.

— Oui je crois qu’il est temps de le contacter. Je dois passer mes nerfs sur quelqu’un que je peux frapper.

— Requête envoyée à l’Administrateur de Caverne. En attente de réponse.

— …

— …

— …

— L’Administrateur de Caverne a accepté votre demande de contact, il sera présent sur site dans environ 5 minutes.

Sonya commença à se chauffer les poings. L’administrateur de Caverne avait intérêt à se montrer coopératif, il y avait beaucoup trop de choses irritantes dans la gestion de cet endroit.

— Temps d’attente estimé : 4 minutes.

— … 3 minutes.

— … 2 minutes.

— … 4 minutes.

— Quoi ? Mais ça a augmenté !

— … 1 minute 30 secondes.

— … 2 minutes.

— Je crois que je ne vais pas chercher à comprendre

— … 30 secondes.

— Arrivée imminente de l’Administrateur de Caverne.

— Par où ? Je ne le vois pas.

— C’est parce que je suis l’Administrateur qui vient du ciel ! Ou plutôt du plafond en l’occurrence. Vous pouvez m’appeler Roger. Que puis-je pour vous ?

Sonya se retourna pour découvrir un Roger suspendu par un système de fins filins se perdant dans la voûte. Devant son regard interrogateur, l’Administrateur de Caverne se sentit obligé d’expliquer.

— Pour me déplacer rapidement, j’utilise les Fils de la Spectaculaire Araignée Marionnettiste.

— Cela fait-il de vous une marionnette ?

— Non. Que puis-je pour vous ?

— Votre GG FFS prétend que je n’ai pas le droit de porter cette magnifique Cuirasse des Fabuleux Pecs d’Acier parce que je ne remplis pas les prérequis.

— C’est exact. Vous vous trouvez actuellement dans le rayon Armure Lourde pour Homme, toutes les armures qui se trouvent ici sont réservées aux hommes. Je peux vous indiquer le chemin du rayon Armure pour Femme si vous le désirez.

— Non merci, j’en viens. D’ailleurs, il faudrait le renommer en rayon Lingerie pour Femme, car je n’y ai trouvé que des sous-vêtements et aucune armure digne de ce nom.

— C’est tout ce dont nous disposons comme Armure pour Femme. J’ai bien peur de ne pas pouvoir vous aider d’avantage.

— Doucement petit scarabée ! Je crois que tu ne m’as pas bien comprise. Alors avant que mon Redoutable Turbo-Poing de Phalanges Énervées n’atterrisse sur ton Vulnérable Visage au Nez Bientôt Cassé, tu vas m’expliquer concrètement qu’est-ce qui, dans le monde réel et physique, m’empêche de porter ces “Armures pour Homme” ?

— Heu…

— Attention, choisis tes prochains mots judicieusement.

— Physiquement parlant, je ne pense pas qu’il y ait réellement de contraintes, à part une force musculaire suffisante et certaines “modularités anatomiques” pour quelques modèles particuliers. Par contre, culturellement parlant…

Roger s’interrompit au levé de main de Sonya.

— Tu veux dire que dans notre société patriarcale sexiste d’aventuriers, il serait mal vu pour une femme d’acquérir un certain pouvoir par le biais du port d’une armure lourde traditionnellement associée à la puissance masculine ? Tu veux dire que le rôle premier d’une femme, même au combat, reste avant tout de plaire à l’œil lubrique de l’homme hétérosexuel, et donc elle serait restreinte à porter des strings pour aller se battre ?

— Vous ne voudriez tout de même pas piétiner allègrement des générations d’oppression sexiste ?

— Si. Mais pour être parfaitement équitable, il faudrait en même temps autoriser les hommes à porter les Armures pour Femme. Ils ne l’avoueront jamais, mais il y en a plein qui en meurent d’envie. Bien sûr, même sans restriction, ils n’oseront probablement pas. C’est trop déshonorant de porter un vêtement de femme…

—Argument accepté. Votre requête est accordée, je vais supprimer toute restriction de sexe sur l’ensemble des artefacts. Ça risque quand même d’être bizarre pour certains. Je me demande quel effet aurait l’Amulette d’Ovulation Systématique sur un homme…

Ce disant, il tapota sur son Gros Bracelet Vaudoumatique d’Administrateur de Caverne.

— Voilà c’est fait. Puis-je faire autre chose pour vous ?

— Pas pour le moment, merci. Maintenant, à nous deux la Cuirasse aux Fabuleux Pecs d’Acier !

— Alerte ! Alerte !

— Que se passe-t-il encore ?

— Multiples intrusions détectées. Poste de Contrôle Principal compromis. Verrouillage intégral de la Caverne. Message de détresse envoyé.

Roger pianota frénétiquement sur son bracelet en affichant un Visage Stressé à Veine Temporale Palpitante.

— Hé ho ! Que se passe-t-il ?

— Ils ont fini par réussir à entrer !

— Mais qui donc ?

— La Ligue des 40 Vilains Voleurs Volages !

Intensité Dramatique Insoutenable.

Kim Bonheur découvre le pot aux roses

Kim Bonheur Psychothérapeute. Tous les matins, quand elle se levait, elle s’arrêtait devant le miroir pour demander : « Miroir, miroir, pourquoi fais-je ce métier ? ». Et le miroir lui répondait par un long silence plein de compassion. Ce n’était qu’un miroir, le jour où il lui répondrait vraiment, elle saurait que la folie l’avait atteinte elle aussi. En attendant, elle s’accrochait au sentiment de faire quelque chose de bien, d’aider les gens. Elle puisait dans cette sensation de bienfaisance pour trouver la force de pousser la porte du cabinet et d’accueillir son premier patient.

Les patients étaient comme des chocolats, on ne savait jamais sur quoi on allait tomber. Par exemple, le premier patient de la journée ressemblait très étrangement à une tortue dragon géante bodybuildée portant une carapace à pics.

 Bonjour Monsieur Bouseur, je vous aurais bien invité à vous installer, mais je crains que les lois de la physique entraîneraient la destruction de mon mobilier.

 Je comprends votre inquiétude. Cela ne me pose aucun problème de rester debout. Je m’en voudrais d’abîmer votre cabinet.

 (Malgré les apparences effrayantes, celui-ci est étonnamment poli.) Je me trompe peut-être mais est-ce que je ne vous aurais pas déjà vu à la télé ?

 *Soupir* Effectivement, j’ai une certaine notoriété. J’essaierais bien de vous convaincre qu’elle n’est pas méritée, mais, par expérience, cela ne sert à rien. Allez-vous quand même m’aider ?

 (Ça me revient maintenant. Il s’agit d’un serial-kidnappeur de princesses, du moins, de la Princesse Pêche surtout. Je me suis toujours demandé ce qu’on ressentait lors d’un kidnapping, mais en fait je n’ai pas vraiment envie de savoir. De toute façon, je ne suis pas une princesse.) Bien entendu, je suis là pour aider tout le monde et je suis tenue au secret. Tout ce qui sera dit ici restera entre nous. Maintenant, dites-moi, qu’est-ce qui vous trouble ?

 Je ne sais pas trop par où commencer. C’est la première fois que je viens chez une psychothérapeute.

 (C’est presque mignon cette incertitude, cette timidité.) Commencez par des choses simples, le reste viendra tout seul.

 Hé bien, voyez-vous, mon enfance a plutôt été difficile et je pense que mon physique y est pour quelque chose

 (Bonjour Capitaine Évidence) Continuez.

 En fait mon père était une tortue gaillarde et ma mère un dragon au cœur d’or. Leur amour m’a donné naissance, mais, aux yeux du monde, je suis un monstre. Ni dragon, ni tortue. J’ai toujours été quatre fois plus gros que mes camarades de classe et je devais prendre d’infinies précautions pour ne pas les blesser. Si je ne faisais pas attention, j’envoyais une boule de feu en éternuant.

 (Ne pas rire, ne pas rire. Penser à autre chose) Comment vous traitaient les autres ?

 Ils me tourmentaient. Ils cherchaient à me pousser à bout pour que je réagisse mal et que je prouve que j’étais un monstre. En plus, je suis roux.

 (Roux ? Ah oui, je n’avais jamais remarqué.) Ils vous ont fait des blagues sur les roux ?

 Oui. Ils disaient que je sentais mauvais, que j’étais moche, que j’étais une carotte. Surtout, ils disaient que je n’avais pas d’âme. Les enfants peuvent être tellement cruels, je ne sais pas s’ils se rendaient compte de la souffrance qu’ils m’infligeaient. Je suis un être sentient, j’ai des sentiments !

 (C’est dingue, en fait je ressens de la compassion pour lui.) Vous savez, vous n’êtes pas le seul à subir ce traitement. De nombreux enfants passent une scolarité épouvantable, car ils sont exclus par les autres. Il s’agit d’un problème plus général dont vous avez été victime.

 Je sais. Mais aujourd’hui encore, ça me blesse.

 (Les blessures d’enfance, c’est toujours galère à guérir) Cela appartient au passé maintenant. Il faut trouver un moyen d’exorciser ces blessures.

 En fait, j’avais réussi à m’en défaire. Mais le présent les a rouvertes.

 (En même temps, aujourd’hui, il kidnappe des princesses. Il ne peut pas s’attendre à ce qu’on l’accueille à bras ouverts) Racontez-moi.

 La discrimination m’a fait quitter l’école assez rapidement. Où pouvais-je aller ? Que pouvais-je faire ? À cette époque, j’avais fini par me convaincre moi-même que j’étais un monstre et je ne voyais qu’une chose à faire. Je n’étais à ma place qu’à un seul endroit.

 (À la morgue après un suicide ? Merde, j’ai vraiment des pensées horribles parfois.) Où donc ?

 Sur un ring de catch pardi ! Évidemment, je jouais toujours le ‘Heel’, le méchant, mais j’avais enfin trouvé un endroit pour m’accueillir. C’est là que je me suis fait mes premiers amis. Des gens merveilleux qui ne me jugeaient pas sur mon apparence. C’est également durant ces années-là que je me suis bodybuildé et que j’ai appris mes techniques de combat.

 (Cela expliquait la carrure.) Que s’est-il donc passé ensuite ?

 Ma carrière fonctionnait plutôt bien, j’étais content et je me sentais apaisé. Puis, un jour après un show, je me trouvais dans ma loge quand quelqu’un est rentré. Est-ce que vous croyez au coup de foudre ?

 (Entendre une tortue dragon géante parler d’amour, j’aime mon travail.) Je n’ai pas vraiment d’opinion sur le sujet. En tout cas, cela ne m’est jamais arrivé.

 Je n’avais jamais imaginé que ça pourrait m’arriver non plus. Et pourtant cela m’est tombé dessus. Au premier coup d’œil, je suis resté béat. Elle était un peu timide, c’était la première fois qu’elle approchait une superstar de catch. Si elle avait su à quel point j’étais moi-même intimidé. Le courant est tout de suite passé. Ce fut la première personne à me dire que j’étais séduisant. Cette simple affirmation m’a tout simplement bouleversé.

 (Cela ferait un bon roman à l’eau de rose.) Qui était cette personne ?

 La Princesse Pêche, bien évidemment !

 Quoi ? Pardon ? Comment ? C’est juste que je croyais que

 *Soupir* Oui, je sais… Vous avez entendu toutes les calomnies qu’on dit à mon sujet dans les médias. On ne cesse de répéter que je suis un kidnappeur, un terroriste et je ne sais quoi d’autre. Tout ceci n’est que mensonges abusifs. Au final, ce n’est pas bien différent de ce qu’on me faisait subir à l’école. D’où la réouverture des vieilles blessures.

 (Merde Sérieusement ?) Mais qu’en est-il vraiment alors ? Que s’est-il passé avec Pêche ?

 Nous nous sommes mariés.

 Mariés.

 Et nous avons eu un enfant.

 Enfant.

 Oui : Bouseur Junior. À votre avis d’où vient-il ? Je ne l’ai pas fait tout seul.

 Mon cerveau a buggé.

 Laissez-moi reprendre le fil.

 Faites donc.

 Je savais qu’en me mariant avec la Princesse Pêche, j’allais à nouveau entrer dans un monde hostile à mon égard. Cependant, je ne pouvais pas ignorer notre amour, j’ai donc pris le risque. À ma grande surprise, tout s’est plutôt bien passé pour moi. Par le biais de Pêche et de mes connexions dans le monde du show business, j’ai rencontré quelques personnalités influentes. Je me suis finalement lancé dans le monde des affaires et j’ai fini par bâtir un empire.

 (Une tortue dragon catcheuse qui devient PDG Me suis-je bien réveillé ce matin ?) Alors toutes vos infrastructures, vos bateaux volants, vos châteaux, cela vient de votre entreprise ?

 J’ai également obtenu le contrat pour la restauration du système de distribution des eaux ainsi que les égouts. J’ai une entreprise honnête avec des employés. Vous pensiez que je m’amusais à construire n’importe quoi avec une armée d’esclaves à mon service ?

 (Heu oui.) Mais alors comme les choses ont-elles dégénéré ?

 Le père de Pêche n’a jamais vraiment accepté notre mariage et la situation s’est progressivement envenimée. Au départ, il ne s’agissait que de calomnies et de désinformation. Il usait de son influence sur les médias pour propager des mensonges à mon égard. Dans le même temps, il essayait par tous les moyens d’éloigner Pêche de moi.

 (Un bon patriarche de service ce papa) Comment Pêche a-t-elle réagi ?

 Devant l’autorité abusive de son père et après moult disputes, elle a fini par couper les ponts. Évidemment, son père a rejeté toute la faute sur moi. Tant que je pouvais continuer à vivre avec Pêche, je pouvais encaisser. Cependant, je ne m’attendais pas à la suite.

 (Mais vas-y raconte, je veux connaître le fin mot !) Que pouvait-il faire de pire ?

 Les Frères Marioles.

 (Ceux qui sont censés sauver la princesse Pêche des griffes de Bouseur. Mais si elle n’est pas vraiment captive) Mariole et Louis-Guy ?

 Ceux-là même. Tous le monde les appelle des héros, mais en réalité ce sont des monstres créés par le père de Pêche. Quelle ironie, ils travaillaient auparavant pour moi. C’étaient mes meilleurs plombiers et je n’ai toujours pas réussi à les remplacer. Si vous saviez comme cela peut être dur de trouver de bons employés.

 (Les Frères Marioles travaillaient pour Bouseur ? Je ne comprends plus rien.) Comment se sont-ils retournés contre vous ?

 Les psychotropes. Au début, ils se contentaient de cannabis et je me suis montré laxiste, mais le vice était déjà là. Le père de Pêche leur a proposé des substances plus violentes et un champignon particulièrement hallucinogène. Ainsi drogués, ce ne fut plus qu’une formalité de leur laver le cerveau. Il les a convaincus que j’étais un horrible monstre qui avait kidnappé la princesse Pêche et qu’ils devaient absolument aller la sauver. D’ailleurs, il en a profité pour essayer de convaincre tout le monde avec sa propagande.

 (Je n’arrive toujours pas à y croire et pourtant) Qu’en est-il de tous leurs accomplissements héroïques ?

 Héroïques ? Chez moi, une personne qui massacre des gens par dizaines, on appelle ça un fou furieux, un psychopathe, un boucher. Dites-moi combien de personnes j’ai tué ?

 (Heu) Je ne sais pas.

 Zéro. Et combien les Frères Marioles en ont décimées ?

 (On ne compte plus) Beaucoup.

 Et on les appelle des héros ? Les Frères Marioles sont les créatures monstrueuses du père de Pêche. Il leur a administré des puissants stimulants militaires : des cocktails de stéroïdes et d’adrénaline, des antidouleurs. C’est ainsi qu’ils ont été capables d’accomplir leurs faits “héroïques”. Vous connaissez beaucoup d’humains normaux capables de sauter trois fois plus haut que leur propre taille ? Défoncer des murs de brique avec la tête ? Lancer des gens quatre fois plus lourds qu’eux (moi en l’occurrence) ?

 (Peut-il vraiment avoir raison ? Ce serait quand même fou Tout le monde se serait laissé berné ?) J’avoue qu’en y réfléchissant, c’est un peu bizarre. Mais il y a des éléments dérangeant de votre côté aussi. À chaque fois, la princesse Pêche a été retrouvée dans un château sinistre qui ressemblait étrangement à une prison.

 Un château est un ouvrage défensif à l’origine. Cela reste l’endroit idéal pour se défendre face aux Frères Marioles. Et puis, que jugez vous de l’aspect sinistre ? Ce sont des châteaux de style gothique. Pêche aime l’art gothique. Et moi aussi d’ailleurs

 (Il devait y avoir un truc) Et les cages ?

 *Soupir* Ah, je savais que cela finirait par me retomber dessus. Très bien, puisque vous voulez tout savoir : c’est sexuel. Nous avons des pratiques sadomasochistes et nous aimons aussi faire du jeu de rôle. Voilà, vous êtes contente ?

 (Merde, je suis pas très pro pour le coup. Mais j’ai quand même envie de connaître le fin mot de l’histoire !) C’est donc pour ça que vous avez des colliers et bracelets en cuir clouté ?

 Tout à fait. Le père de Pêche aimerait croire que sa fille est une princesse Barbie. Quand il arrive à la récupérer, il la cloître dans un château rose, l’habille avec des robes roses avec pour seule occupation de cuisiner des gâteaux roses pour son geôlier Mariole. Évidemment, Mariole n’a pas le droit de la toucher. Il est de toute façon trop drogué et endoctriné pour y penser. Heureusement dans un sens Mais de quel droit le père de Pêche s’autorise-t-il à contrôler la vie et la sexualité de sa fille ? On est au 21e siècle maintenant, bon sang !

 (Patriarcat powaa !) Et donc, à chaque fois que vous kidnappiez la princesse Pêche, en fait vous la sauviez.

 Ça y est, vous avez enfin compris. D’ailleurs, des fois Pêche s’est juste enfuie toute seule en faussant compagnie aux hommes de son père. Elle est très débrouillarde et athlétique. Il ne faudrait pas la prendre pour une poire ahahah. Pêche, poire, humour

 (C’est nul, mais je souris quand même.) C’est terrible, en réalité c’est vous et Pêche les victimes de cette histoire.

 Pourtant, tout le monde pense que je suis le monstre et Mariole le héros. C’est la même histoire depuis mon enfance. Dernièrement, je n’ai plus la force de lutter face au monde entier. Et je suis terriblement affligé de voir Pêche subir les conséquences de ma discrimination. Parfois, je me dis qu’elle serait mieux sans moi.

 (Finalement c’est poignant comme histoire, et tragique) Ça, c’est à Pêche de le décider. Son père tente déjà assez de contrôler sa vie, ne faites pas la même erreur.

 Je le sais bien. Néanmoins, je ne peux m’empêcher d’avoir ce sentiment. Vous comprenez pourquoi j’ai besoin d’aide. Je suis un peu à court de ressources et la fatigue mentale me gagne.

 (Pauvre tortue dragon géante.) J’ai saisi votre situation et je vais vous aider

Bob Moral versus Ricktou Tordu

L’aventurier au cœur pur, Bob Moral, faisait face à son ultime épreuve. S’il voulait sauver le monde de la malédiction éternelle, il devait affronter les énigmes du sage Ricktou Tordu. Seul un homme au cœur pur pouvait répondre aux énigmes du sage, et il n’était plus homme au cœur pur que Bob Moral, l’aventurier au cœur pur.

Ainsi, Bob avança dans l’antichambre du sanctuaire de la babiole magique qui sauverait magiquement le monde. Ricktou l’attendait, debout, immobile, impassible, tel une statue. La légende racontait qu’il ne bougeait jamais. Comment faisait-il pour satisfaire les besoins de son corps mortel ? Manger, boire, dormir ? Était-il seulement mortel ? Un frisson parcourut l’échine de Bob. Ce n’était pas le moment de défaillir. L’aventurier au cœur pur s’approcha du sage.

Ricktou était moche, honnêtement moche. Et il avait un très mauvais goût vestimentaire. Néanmoins, l’apparence importait peu. Il se mit à parler avec sa voix rouillée :

 Ainsi, tu souhaites sauver le monde. En es-tu digne ? Nous verrons.

L’œil de Ricktou scruta Bob de la tête aux pieds avant de reprendre.

 Je vais te poser des énigmes faisant appel à ton sens de la moralité. Trouve la bonne solution et tu pourras passer et sauver le monde. Tu as le droit à trois essais.

 Trois essais ?

 Aller, je t’en donne quatre parce que je suis de bonne humeur et que j’en ai marre de la sainte trinité.

Quatre essais pour faire la preuve de son sens moral ? Cela devrait suffire à Bob Moral, l’aventurier au cœur pur. Le sage posa la première énigme.

 Tu te promènes le long d’une voie ferrée. Quelques centaines de mètres plus loin, la voie se divise en deux tronçons. Sur le tronçon de gauche, tu aperçois cinq promeneurs qui marchent dans les rails. Sur le tronçon de droite, un seul promeneur. Tu atteins un levier qui permet de contrôler l’aiguillage. Pour le moment, il est réglé pour diriger les trains vers la gauche. À ce moment, un train arrive. Les promeneurs sont trop loin pour être prévenus. La seule action possible est d’actionner ou non l’aiguillage. En ne faisant rien, le train empruntera le tronçon de gauche et tuera cinq personnes. En actionnant l’aiguillage, le train ira à droite et tuera une personne. Que fais-tu ?

Une question difficile ! Bob avait-il le cœur suffisamment pur pour trouver la bonne solution ? Mais il n’y avait pas de bonne solution ! Dans un cas comme dans l’autre, des personnes allaient mourir. Il fallait donc se résoudre à la simple loi des nombres, l’action qui tuerait le moins de monde.

 J’actionne l’aiguillage.

Ricktou Tordu laissa apparaître un rictus malicieux.

 Tu es prêt à sacrifier une personne qui n’était pas en danger pour en sauver cinq qui se sont mises en danger ? Je suis déçu par ta réponse.

L’assurance de Bob Moral fut rudoyée. Il avait répondu trop vite et n’avait pas pris le temps de réfléchir à toutes les implications. Pourtant, il faisait confiance à son cœur pur. Se pouvait-il que… Non, il ne devait pas y penser. Il avait un monde à sauver. Deuxième énigme.

 Ton pire ennemi t’a tendu un piège diabolique. Il t’a attaché sur une chaise et bâillonné. Il t’explique qu’il a placé des explosifs dans un village et que tout va sauter dans une minute, sauf si tu appuies sur un bouton qu’il y a à portée de ta main. Cependant, appuyer sur le bouton provoquera également la mort de ta fille

 Mais je n’ai pas de fille

 Dans l’énigme, tu en as une ! Si tu n’appuies pas sur le bouton, toi et ta fille serez libérés, mais le village sera détruit. Si tu appuies, tu sauveras le village au prix de la vie de ta fille. Que fais-tu ?

Encore un choix impossible ! Il devait y avoir une troisième solution. Aucune issue n’était acceptable.

 Je tente de me libérer.

 Tu n’y arrives pas.

 Je mâchouille mon bâillon.

 Il a mauvais goût.

 Je lance un regard mauvais à mon ennemi.

 Il s’esclaffe.

Bob pourrait-il sacrifier sa propre fille pour sauver un village ? Ce serait probablement la chose à faire. En plus, dans ce cas-ci les villageois n’étaient pas responsables du danger qui les menaçait. Cependant, il semblait impensable de sacrifier sa propre fille qui était tout autant innocente. La loi des nombres ? La dernière fois, cela ne lui avait pas réussi. En quoi serait-ce plus juste maintenant ?

 Je n’appuie pas sur le bouton.

Ricktou Tordu se tordit de rire.

 Pour sauver ta fille, tu serais prêt à sacrifier des familles entières ? Une fois de plus, je suis déçu.

Un nouvel échec. Bob Moral n’avait soudainement plus le moral. Heureusement, il lui restait encore deux essais. Il avait toujours eu le cœur pur, pourquoi sa justesse lui faisait-elle défaut maintenant, alors que le sort du monde reposait entre ses mains ? Troisième énigme.

 C’est la guerre. Tu as été fait prisonnier avec ta fille et déporté dans un camp de concentration.

 Encore ma fille ? La pauvre

 Bon d’accord, cette fois, ce sera ton fils. Au camp, un garde sadique veut pendre ton fils. Il le met sur une chaise et lui passe la corde au cou, puis il t’ordonne de pousser la chaise. Si tu ne le fais pas, il tuera lui-même ton enfant ainsi qu’un autre détenu choisi au hasard. Ses intentions ne font aucun doute, sa réputation est établie. Que fais-tu ?

Les dilemmes impossibles commençaient à devenir irritants. Il n’y avait pas de bonne solution, et pourtant, il fallait faire un choix. Agir ou ne pas agir et en prendre la responsabilité. Soupir. Si son cœur était réellement pur et qu’il devait le suivre, quelle serait sa première réaction ?

 J’attaque le garde.

Ricktou fronça les sourcils. Il ne s’attendait probablement pas à cette réponse.

 Un choix intéressant, presque noble, mais inconsidéré et ultimement égoïste. Tu seras tué sans sauver ton fils, ni personne. Au contraire, ta rébellion entraînera très certainement des représailles sur les autres prisonniers. Décevant, une fois de plus. Heureusement que je suis d’humeur généreuse et que je t’ai accordé quatre chances plutôt que trois.

Lourde remise en question pour Bob Moral. La pureté de son cœur lui faisait défaut et s’il échouait, le monde paierait pour son échec. Pourquoi ? Pourquoi devait-il défaillir maintenant ? S’il ne pouvait plus suivre son cœur, qu’allait-il faire ? Quel était son problème ?

Pendant ce temps, Ricktou Tordu affichait une grimace moqueuse. Bob commençait à penser que cet individu était aussi moche de physique que d’esprit. Mais… Une minute ! Peut-être n’était-ce pas lui qui avait un problème ? Peut-être que son cœur était toujours juste. Peut-être ne l’avait-il simplement pas bien écouté !

 Quatrième énigme.

Sa première réaction à chaque énigme fut de constater qu’il n’y avait aucune bonne solution. Ricktou l’avait mis devant des dilemmes moraux qui par nature ne pouvait être résolus en conservant toutes les valeurs morales. Quelque fût la solution, elle imposait de violer certaines valeurs éthiques. En fait, il n’y avait pas de réponse morale aux énigmes du sage. Peut-être était-ce La Solution ?

 Youhou ? Il y a quelqu’un dans ce crâne ?

Le doigt noueux de Ricktou tapota la tête de Bob. Ce fut extrêmement désagréable. Vicieux vieillard. Le cœur pur de Bob Moral avait percé à jour son stratagème. Et s’il se trompait ? Il s’agissait là de sa dernière chance. Le sort du monde en dépendait.

 Je disais donc, quatrième énigme.

Plus de retour en arrière ! Bob se lança dans son ultime combat.

 Non, c’est à mon tour de te poser des questions vieillard ! Dans ta grande sagesse, je suis sûr que tu n’auras aucun mal à y répondre.

 Mais ce n’est pas du tout le protocole !

 Tu préfères avoir une jambe en bois ou un bras en mousse ?

 Quoi ?

 Tu préfères être aveugle ou sourd et muet ?

 Mais c’est

 Tu préfères mon poing dans ton nez ou mon pied dans tes gonades ?

 Je

 Si tu ne choisis pas tu recevras les deux.

 Comment oses-tu ?

 Je ne fais que te mimer. Les énigmes que tu m’as posées n’ont aucune solution morale. Ce sont des situations avec uniquement des issues inacceptables. En fait, il n’y a même pas lieu de juger sur la moralité, on ne peut que faire au mieux en fonction du moment et des valeurs les plus fortes en nous. Parfois, ces situations sont dues au hasard, parfois, elles sont sciemment provoquées. Dans le deuxième cas, s’il devait y avoir un jugement moral, il s’appliquerait aux instigateurs de ces dilemmes. Ce sont eux qui sont immoraux.

Ricktou Tordu ressemblait à une cocotte minute. Son visage contrit dissimulait difficilement des spasmes. Il bouillonnait. Bob Moral n’avait plus peur. Il était trop tard pour cela. Maintenant, il ne pouvait que faire au mieux. Ricktou finit par exploser, mais ce fut un rire qui jaillît.

 Tu as trouvé la bonne réponse ! Tu es vraiment un homme au cœur pur ! Tu peux maintenant accéder au sanctuaire de la babiole magique et magiquement sauver le monde de la malédiction éternelle.

Bob Moral eut un soupir de relâchement. Il avait réussi. Il avait passé l’épreuve des énigmes du sage Ricktou Tordu. Cependant, quelque chose le chiffonnait.

 Dis-moi vieux sage, si je n’avais pas réussi à répondre à tes énigmes, m’aurais-tu empêché de passer et de sauver le monde ?

 Bien sûr ! Tu n’en aurais pas été digne.

 Et pourquoi n’as-tu pas toi-même utilisé la babiole magique pour sauver le monde ? Après tout, elle était à ta disposition.

 Ce n’est pas mon rôle.

 Pour résumer, parce que j’aurais mal répondu à tes énigmes, tu étais prêt à condamner le monde à la malédiction éternelle. Monde que tu n’as d’ailleurs pas pris la peine de sauver toi-même alors que tu en avais la possibilité. Donc en fait, tu es profondément immoral. J’irais même jusqu’à dire que tu es une grosse raclure de bidet infecte.

Ricktou Tordu s’offusqua de cette accusation. Pourtant, il ne pouvait y avoir plus juste vérité. Lui qui pensait donner des leçons de morale s’en croyait exempt.

 Prends garde à tes paroles, je pourrais revenir sur ma décision.

 Vraiment ? Et concrètement, comment comptes-tu m’empêcher d’accéder au sanctuaire ? C’est juste derrière toi et il n’y a même pas de porte. J’ai défait à moi seul les six Chevaliers de l’Apocalypse, j’ai renvoyé en Enfer le Cyber-Dragon-Démon et j’ai affronté les Sorcières du Mont Roc-Fort. Je pense pouvoir te casser la tronche et rouler sur ton corps.

 Hum Tes arguments méritent considérations.

 Parfait ! Du coup, réponds à la question : mon poing dans ton nez ou mon pied dans tes gonades.

 Heu Joker ?

 Les deux !

Ce fut ainsi que Bob Moral, l’aventurier au cœur pur et aux poings durs, sauva le monde de la malédiction éternelle. Il s’assura au passage de ne pas avoir besoin de revenir. À la prochaine malédiction, le Sage Ricktou Tordu se ferait une joie d’utiliser la babiole magique. Cela lui prendrait cinq minutes et éviterait à Bob bien des soucis. Il pourrait ainsi profiter de ce temps pour se concentrer sur son hobby : les origamis.

Kim Bonheur consulte

Kim Bonheur Psychothérapeute. Elle s’en doutait qu’elle croiserait des gens bizarres quand elle a installé son cabinet. Après tout, c’était son métier de les aider. Mais tout de même, parfois la lassitude l’emportait. Elle fit entrer le patient suivant.

La plupart du temps, ils avaient l’air normaux, pour autant que la normalité eût un sens. Disons que d’apparence, on pouvait les confondre avec le commun des mortels. Mais quand ils commençaient à parler…

 Bonjour Monsieur Charles Lesceptible, prenez place je vous en prie. Dites-moi ce que je peux faire pour vous.

 Bonjour Doctoresse. Je J’ai le sentiment d’être méchant.

 (Allons bon, à quoi a-t-on le droit aujourd’hui ?) Qu’est-ce qui vous fait croire cela ?

 J’ai provoqué le décès prématuré du précédent Docteur parce qu’il m’avait annoncé que je n’étais pas méchant. Pensez-vous que je suis méchant ?

 (Mon métier est risqué parfois Au moins, je suis avertie : procéder avec prudence.) C’est à vous de répondre à cette question Charles. Je peux vous aider à trouver la réponse en vous-même. Dites m’en plus

 Hé bien, j’éprouve une extrême insatisfaction quand on me répond avec une proposition négative. Ça me rend bougon. Et quand je suis bougon, je dois provoquer de la douleur chez autrui afin de me soulager. Parfois, le soulagement s’avère létal pour la tierce personne. Je crois que ce résultat n’est pas souhaitable.

 (Un fou furieux, quelle chance ! J’ai toujours eu le désir morbide de subir une mort violente.) Continuez. Y a-t-il d’autres choses qui vous poussent à blesser autrui ?

 Je pense souffrir d’hyper-empathie. Je ressens une immense souffrance quand un individu pleure. Il s’agit d’un supplice insurmontable. Je n’ai pas trouvé d’autre méthode que de faire disparaître la source des pleurs, souvent de manière définitive. Une fois, j’ai expérimenté la simple ablation des glandes lacrymales. Ce fut un échec déplaisant. L’absence de larmes n’a pas supprimé la souffrance provoquée par les pleurs.

 (Hyper-empathie sélective Il est sensible à tout, sauf la souffrance qu’il provoque.) Tous les pleurs provoquent-ils cette réaction ? Même les pleurs des bébés, par exemple ?

 Les bébés sont les pires. Je sens mon cœur défaillir si je ne leur assène pas une commotion cérébrale fulgurante. Cela m’a valu des problèmes. Les témoins ont tendance à montrer une hostilité déraisonnable à mon égard. Je les soupçonne tous d’hypo-empathie. Ils sont dans l’incapacité physique et mentale de ressentir ma souffrance ou celle du bébé. Vous vous rendez compte ? Les parents sont complètement insensibilisés à la souffrance de leur progéniture, et c’est moi que l’on qualifie de méchant. Cela me rend grognon. Et quand je suis grognon, je provoque blessures et décès prématurés.

 (Grognon égal augmentation du taux de mortalité de l’entourage immédiat.) Vous pensez être méchant parce qu’on vous qualifie de méchant ?

 Je ne sais pas. Je me qualifie comme quelqu’un de raisonnable et ouvert à la critique, tant que celle-ci n’est pas négative. En conséquence de quoi, je me remets en question. Vous pensez que je devrais rejeter massivement leurs insinuations ?

 (Merveilleux, il avait émit l’idée tout seul.) C’est une option. Vous pouvez essayer de vous concentrer sur ce que vous pensez de vous-même plutôt que ce que les autres pensent de vous.

 C’est une excellente idée Doctoresse ! Je ne sais pas comment vous remercier de votre aide.

 (Rester en vie me comble déjà pleinement.) C’est mon métier de vous aider. Je vous laisse donc creuser cette idée et nous nous revoyons à la prochaine séance.

 Vous êtes bien meilleure Doctoresse que le précédent. Je ne me suis senti grognon à aucun moment. À bientôt !

 (Si ce bientôt pouvait être un jamais) Au revoir.

Note : penser à vérifier que demander des honoraires ne le rend pas grognon.