Auxiliaire de vie – Témoignage

Je vais écrire un article assez inhabituel pour moi. Pour une fois, je vais être sérieux. J’ai décidé de partager avec vous un témoignage. En effet, je me suis lancé dans un stage de découverte du métier d’Auxiliaire de vie et j’ai envie de rapporter cette expérience car elle m’a touché. Ce que je vais décrire est vu par les yeux d’un néophyte complet qui découvre la profession. Pour replacer le contexte, j’ai une formation d’ingénieur en informatique et j’ai travaillé 5 ans en entreprise. Donc concrètement, je suis au niveau zéro de l’aide à la personne. Mais justement, le but était de découvrir le métier en ayant le moins d’à priori possible. Pour des raisons évidentes de confidentialité, je ne donnerai que des noms fictifs.

 

C’est donc vers 8h du mat que Lady Gaga est passée me récupérer en voiture. Oui, c’est carrément classe de découvrir le métier d’Auxiliaire de vie avec Lady Gaga. Elle commence à me briefer sur l’intervention, qui on va rencontrer, comment ça se passe en général. Lady Gaga est une personne très dynamique, pleine de vie et d’enthousiasme. Moi qui ne suis pas du matin et qui suis plutôt indolent, j’essayai tant bien que mal de paraître cotonneusement énergique (un parfait exemple d’oxymore).

La première dame chez qui nous sommes allés s’appelait Xena (comme la guerrière). En arrivant, nous avons croisé sa fille. Alors quand on dit sa fille, on pourrait penser à quelqu’un de jeune hein. Mais en fait, la fille a 80 ans, soit 8/3 de mon âge à l’heure où j’écris ces lignes. Xena, elle, a 99 ans et va fêter son 100e anniversaire cette année. Ça remet les choses en perspective.

Sa fille, qui ne souhaitait visiblement pas nous parler, s’enfuit rapidement vers son appartement situé juste au dessus. Première chose à se comprendre, nous ne sommes pas forcément les bienvenus. En fait, c’est un métier où nous envahissons la sphère privée des gens, leur intimité, c’est une réaction plutôt normale d’être un peu récalcitrant. D’autant plus que je venais pour la première fois et que je suis un homme. Il ne faut pas se mentir, un homme est moins bien perçu qu’une femme car il ne correspond pas au stéréotype du métier et qu’il est considéré instinctivement comme plus menaçant et invasif.

Toutefois, changer les mentalités fait également partie de la mission. Homme ou femme, on est là avant tout pour remplir un service, apporter une aide. Étant un peu en avance, nous commençons le ménage avant de réveiller Xena à 8h30. Elle nous surveillait déjà probablement du coin de l’œil quand nous sommes allés dans sa chambre pour la lever.

C’est un sentiment curieux d’humilité et d’impuissance qui me traversa quand je posai les yeux sur cette dame qui reposait dans son lit médical. Supervisée par Lady Gaga, Xena se releva difficilement, laborieusement, pour finir par s’appuyer sur son déambulateur. On l’accompagna alors jusqu’à une chaise/toilette (un pot de chambre sous une chaise trouée) où elle put uriner. Ça fait réfléchir de constater la difficulté immense pour cette personne de réaliser des tâches aussi simples et essentielles. La dépendance au quotidien est réelle et psychologiquement très lourde. Une personne qui a tant vécu est obligée d’avoir l’aide de quelqu’un pour uriner et en plus, pour cette fois-ci, devant un inconnu, même si j’essayai de m’effacer pour donner un minimum d’intimité. C’est dur pour l’estime de soi. C’est pour cette raison que Lady Gaga me racontait comment elle essayait de remonter l’amour propre des gens en les mettant en valeur.

Ensuite, direction la table pour le petit déjeuner. Pendant ce temps, Lady Gaga en profite pour me montrer les tâches ménagères et comment les prioriser. L’intervention se fait en temps limité et donc il faut d’abord se concentrer sur l’essentiel. En priorité, les lieux d’hygiène, la cuisine et le lit. Ensuite, on fait en fonction du temps, aspirateur/balai, serpillère. Le lundi est souvent consacré au ménage car il y a eu le weekend avant.

Une petite note à propos des odeurs. Parfois, il peut y avoir de fort relents, par exemple là, à cause des urines. Nous avons dû vider et nettoyer le pot de chambre. Ce n’est pas très agréable, mais c’est la réalité et la difficulté du métier. Il faut le dire.

Ensuite, nous prenons le temps de discuter avec Xena. C’est une part extrêmement importante du travail car il faut bien être conscient que les seules relations sociales de cette dame se font avec les intervenants (auxiliaires de vie, infirmers-ères, kinés…), et la famille évidemment. Un être humain ne peut pas vivre sans relations sociales, il dépérit dans la solitude. C’est pourquoi discuter avec eux, les écouter, échanger n’est absolument pas à négliger. On peut avoir l’appartement le plus propre du monde, la solitude tuera quand même.

Au cours de la discussion, cette vieille dame d’origine espagnole m’expliqua qu’elle était venue en France à cause de la guerre civile. C’est une chose de savoir ce qui a pu se passer dans l’Histoire, c’en est une autre de rencontrer quelqu’un qui l’a vécue. Ça rend les évènements tellement plus réels et tangibles. D’un seul coup, j’eus l’impression de me trouver à côté d’une fenêtre ouverte sur le passé.

Après cela, pendant que nous finissions nos tâches et que Lady Gaga me donnait des conseils et explications, Xena s’est rendue aux toilettes seule à l’aide de son déambulateur. Elle finit peu de temps avant notre départ. Toutefois, comme elle avait déféqué et qu’elle était incapable de s’essuyer seule, cette tâche revenait à l’Auxiliaire de vie. Nouvel exemple de la difficulté quotidienne des personnes dépendantes ainsi que des intervenants.

Après Xena, nous nous sommes rendus chez un vieux couple que nous appellerons Tutti et Quanti (why the fuck not ?). En entrant dans la maison, j’ai découvert un Monsieur Quanti relativement jovial et une Madame Tutti assez à l’aise avec ma présence. Nous discutons un peu pour voir comment ils vont et s’ils ont certaines requêtes spéciales à nous faire. Face à la négation, nous nous mettons au travail pour faire un entretien basique. Salle de bain, toilettes, cuisine.

Peu après, Madame Tutti vient nous demander de l’aide pour faire une lessive. Nous l’accompagnons donc au sous-sol pour lancer une machine. Les escaliers sont très raides et le risque pour une personne âgée de chuter réel (même pour une personne normale d’ailleurs). Parfois, Tutti pousse de gros soupirs. Lady Gaga m’explique que cette dame déprime un peu, qu’elle est lasse et a de plus en plus de mal à faire des choses. La déprime et la perte de volonté sont fréquents chez les personnes dépendantes. C’est très dur de les aider à combattre cela. Finalement, Tutti et Quanti partiront s’enfermer dans leurs chambres, ne désirant probablement pas supporter notre présence davantage. Nous reprenons donc les tâches de ménage et je m’attèle à la vaisselle.

Pendant ce temps, le service de livraison des repas passe. Lady Gaga discute un peu avec les femmes qui s’en occupent. En effet, il appartient également à l’Auxiliaire de vie de vérifier l’état du frigo, de voir s’il y a à manger et de faire attention à la nourriture périmée. Rentrer dans le frigo des gens, c’est encore une fois rentrer dans leur intimité, ce n’est pas anodin. Il ne s’agit pas non plus de gérer leur garde manger pour eux, mais de les aider à le faire.

Un peu plus tard, pendant que nous étions en train de passer l’aspirateur et la serpillère, Madame Tutti vient nous voir car elle a besoin qu’on aille récupérer ses médicaments à la pharmacie. Cela fait partie des mauvaises surprises. Même si Lady Gaga leur a demandé s’il y avait des tâches spéciales à effectuer, Madame Tutti n’y a pas pensé à ce moment-là. Maintenant, nous nous retrouvons à devoir courir à la pharmacie alors que s’approche la fin de l’intervention. Heureusement, nous avions encore le temps de le faire, mais cela impliquait de laisser tomber tout le ménage en cours. Après tout, les médicaments sont plus vitaux que le nettoyage des sols.

Évidemment, si nous n’avions pas eu le temps, il nous aurait fallu refuser, car nous ne pouvons pas nous mettre en retard au détriment des personnes suivantes. Bref, arrivés à la pharmacie, nouvelle mauvaise surprise. Nous avions les ordonnances pour Monsieur et Madame, mais nous n’avions que la carte vitale de Madame Tutti. Par chance, la pharmacie nous a quand même donné tous les médicaments en faisant passer sur la carte de Madame.

De retour à la maison, nous délivrons les médicaments et nous rendons les 20€ que Tutti nous avait fournis au besoin (les intervenants n’avancent jamais d’argent). Pour nous remercier de cette course, la dame veut nous offrir les 20€. Naturellement, nous ne pouvons pas accepter. C’est interdit et, de toute façon, ce ne serait pas éthique d’accepter un paiement pour un service qui fait partie de notre prestation. Ce serait la porte ouverte à toutes les dérives. Mais ça, c’est difficile à expliquer à une vieille dame qui veut juste nous donner de l’argent pour nous remercier.

Finalement, nous prenons le temps de discuter un peu avec le couple avant de nous en aller. Ce qu’il y a de bien avec les personnes âgées, c’est qu’elles ont toujours tout plein d’histoires à raconter ayant vécu beaucoup de choses. En plus, elles aiment ça ! Il suffit de les lancer un peu. Après, on est quand même obligé de les couper pour s’éclipser quand c’est l’heure.

La dame suivante s’appelait Lucie. Je ne me rappelle pas spécialement de son âge, mais elle était plutôt vieille. Elle vivait dans une petite maison à étage, mais à cause de son état, elle ne pouvait plus emprunter l’escalier. Aussi dormait-elle dans un lit médicalisé installé dans le salon. Cette pauvre dame souffrait de cécité partielle, ce qui l’affligeait profondément. Quand nous avons discuté avec elle, elle a tout de suite partagé sa profonde déprime. Même sans mot, la tristesse et le désespoir se lisaient sur son visage éteint.

C’est très dur d’entendre une personne annoncer purement et simplement qu’elle désire « partir définitivement » pour reprendre ses mots. On ne peut rester qu’humble et désemparé devant un tel spectacle. Que répondre ? Quand la cécité s’ajoute à l’absence de mobilité, chaque geste du quotidien devient une épreuve excessivement fatigante. La question se pose naturellement, qu’on le veuille ou non : à quoi bon vivre ?

J’étais face à une réelle détresse quand j’entendais cette femme dire « Je ne vois pas, je ne vois pas ». Elle ne pouvait même pas nous dire d’où venait une assiette de nourriture que nous avons trouvée dans le frigo. Quand la cécité et la perte de mémoire se conjuguent pour augmenter la difficulté, on peut comprendre la lassitude. Sans les intervenants qui viennent quotidiennement et qui essaient de lui apporter un peu de réconfort et de contact humain, il y a probablement longtemps qu’elle en aurait fini avec la vie (d’après ses propres dires). Encore une fois, la tâche la plus importante d’un auxiliaire de vie n’est pas le ménage (ça un robot peut le faire) mais le lien social, le contact humain.

Après le repas, Lucie a rejoint le salon pour regarder la télé. Tandis que nous entamions les tâches ménagères, nous avons vérifié qu’elle était bien installée. C’est alors que nous avons remarqué qu’elle regardait Canal+ en crypté sans vraiment s’en rendre compte. Et à cause de sa cécité, elle n’était pas capable de changer de chaîne seule. Vous reprendrez bien un peu de tristesse sur votre tristesse. Comme à l’accoutumée, après le ménage, nous avons pris le temps de discuter avec elle. C’est sans doute la part la plus importante de notre intervention pour essayer de lui remonter un peu le moral, lui transmettre de la chaleur humaine.

Suite à une courte pause déjeuner, nous nous sommes rendus chez notre seule bénéficiaire de l’après-midi avec qui nous allions passer deux heures. Comparée à la déprime de fin de matinée, Madame Jessica était une feu d’artifice de joie. Très enjouée et blagueuse, Madame Jessica avait développé une complicité évidente avec Lady Gaga. Elles se taquinaient et faisaient même des High Five suite aux bonne blagues. Une mamy qui fait un High Five, ça n’a pas de prix.

Madame Jessica était très gourmande, ce qui est rare parmi les personnes âgés. Habituellement, la perte d’appétit prédomine. Là, elle nous parlait allègrement de chocolat, de gâteau et de champagne que son fils lui avait offert. C’est un moment très agréable de partager et participer à la joie d’une personne. J’ai dû faire une bonne première impression à cette dame car elle a dit espérer me revoir, se déclarant prête à appeler la mairie pour me réclamer. Inutile de préciser que c’est extrêmement gratifiant de se sentir utile pour le bien-être d’une personne.

Durant le ménage, Lady Gaga m’a rappelé une chose très importante : l’attention aux détails. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas chez nous, nous sommes chez quelqu’un. Par conséquent, nous ne pouvons pas en faire qu’à notre tête, même si ça nous paraîtrait être du simple bon sens. Il faut essayer d’être le moins invasif possible, de perturber le moins possible notre environnement et laisser l’appartement rangé de la même manière qu’on l’a trouvé, que ce soit la position d’une chaise, ou le sens d’un tapis de bain. Bien sûr, il est possible de demander au bénéficiaire s’il désire qu’on fasse différemment, mais nous n’avons aucun droit, aucune légitimité à forcer un changement dans son environnement.

D’ailleurs, à la fin du ménage, Lady Gaga m’avait prédit que Jessica ferait un petit tour pour vérifier que nous n’avions pas fait de modification indésirable. Elle commença par la chambre, puis la cuisine où elle examina un à un les boutons de la gazinière ainsi que la manière dont était mis le sac dans la poubelle. Sans doute a-t-elle vérifié le reste après notre départ. En dehors d’être un petit toc, c’est également un besoin compréhensible pour se rassurer. Des gens viennent chez elle, dans son environnement, elle est en quelque sorte dépossédée de son intimité. C’est normal de vouloir garder le contrôle des choses pour se sentir chez elle.

Durant d’autres discussions et échanges, Madame Jessica nous parla de ses fils. Elle nous expliquait qu’elle avait deux fils et que le plus gentil des deux était mort sur le coup dans un accident de voiture. Nouveau moment d’humilité face à la réalité de drames qui habitent les vies des gens. Les personnes âgées ont plus de chances que d’autres d’assister à des malheurs. Dans le même temps, elle se plaignait de son autre fils qui était moins gentil. Il n’est pas vraiment conseillé de s’impliquer dans une telle discussion, même si on sait que ce fils n’est pas si méchant qu’elle le pense. Nous n’avons pas à donner notre avis sur les affaires de famille et certainement pas à prendre parti, ce serait une implication malvenue. On se contente donc de hocher la tête. Il y d’autres sujets sur lesquels on évite d’intervenir : la religion, la politique…

Ensuite, la discussion redevint plus légère. J’eus même l’honneur de faire un ou deux High Five avec Madame Jessica. Une bien belle manière de finir la journée et de repartir chez soi avec l’impression d’avoir apporté quelque chose dans la vie de quelqu’un. Non, ce n’est définitivement pas le ménage, mais le contact humain le plus important.

J’ai beaucoup appris aujourd’hui grâce à ma tutrice Lady Gaga. C’est une personne bourrée de valeurs et de bon sens qui aime transmettre cette humanité aux autres. Je lui suis reconnaissant d’avoir partagé son savoir et son expérience avec moi. Et à demain pour de nouvelles aventures.

 

Deuxième jour, c’est reparti ! Premièr arrêt chez Madame Xena, tout comme hier, nous venions pour l’aider à se lever et prendre son petit déjeuner. Lady Gaga en profita pour me mettre un peu à l’épreuve et voir ce que j’avais retenu. C’est là qu’on se rend compte qu’il y a énormément de choses à prendre en compte et auxquelles faire attention. De plus, c’est différent chez chaque personne.

Cette fois-ci, je participai au lever de Madame Xena. Ça n’a peut-être l’air de rien dit comme ça, mais quand on sait qu’une erreur peut entraîner une chute ou un grand inconfort, c’est quand même un peu impressionnant. On a quand même la vie d’une personne entre les mains. Pas forcément dans le sens vital, mais dans le sens où elle dépend de nous pour mener sa vie quotidienne.

Deuxième arrêt de la matinée chez Gillian. Cette dame est malheureusement atteinte de la maladie de Parkinson. Cela ne l’empêche pas d’être absolument charmante et agréable. C’est quand on voit des gens contents de notre arrivée qu’on se dit qu’on leur apporte quelque chose. Les problèmes d’équilibre et la confusion mentale sont le quotidien de cette personne. Il faut savoir faire preuve de patience, de compréhension et d’attention. Il faut les aider à trouver le fil de leur pensée.

Malgré ses difficultés, Madame Gillian continuait d’entretenir seule son appartement. C’est source d’estime pour elle d’être encore capable de faire des choses. C’est important de se sentir utile ! De plus, elle continuait à prendre soin de son apparence et à s’apprêter chiquement. Lady Gaga ne manqua pas de le souligner, toujours pour renforcer l’estime de soi. Ce sont ces détails qui permettent à ces personnes de se sentir toujours exister, d’avoir l’impression de compter, d’être humaines. Il ne faut pas le négliger.

Ce n’était pas pour le ménage, mais pour les courses que nous pouvions aider Gillian. Nous primes le temps d’élaborer la liste avec elle. À cause de sa maladie, il fallait beaucoup penser pour elle car elle oubliait tout et ne savait pas forcément ce qu’elle avait dans ses placards et ce dont elle avait besoin. De plus, comme beaucoup de personnes âgées, elle perdait l’appétit et c’était bien de l’encourager à acheter de la nourriture qu’elle aimait pour se faire plaisir et manger.

En plus des courses, Madame Gillian avait un problème de cumulus. Sans doute était-il tombé en panne car elle n’avait plus d’eau chaude. Nous sommes donc également passés à l’agence gérant l’appartement qui nous a donné le numéro d’un électricien.

De retour de notre sortie, nous avons essayé d’appeler l’électricien pour Madame Gillian, en vain. Lady Gaga m’expliqua qu’elle n’était pas censée le faire, mais qu’elle rappellerait l’électricien dans l’après-midi depuis son téléphone personnel pour expliquer la situation et demander à l’électricien de prendre rendez-vous avec Madame Gillian. Si nous avions laissé cette tâche à la dame, elle aurait eu toutes les chances d’oublier. Normalement, il appartient au fils de gérer ce genre de situation, mais les personnes en perte d’autonomie ont toujours beaucoup de mal à le reconnaître auprès de leur famille. Il convient également de respecter leur souhait de discrétion et nous ne pouvons pas forcer la main, cela briserait la relation de confiance.

Pour finir, nous avons emmené Madame Gillian jusqu’à l’espace senior de la ville. Là-bas, elle pouvait déjeuner à la cantine et jouer au scrabble l’après-midi. Durant la marche, il fallait être particulièrement attentif aux obstacles car une chute peut vite arriver. La moindre bosse, le moindre trou peut amener un déséquilibre. L’observation et l’anticipation sont primordiales. Arrivés à destination, nous avons laissés Madame Gillian avec ses compères seniors, notre intervention s’arrêtait là.

Lady Gaga m’expliqua qu’une de ses plus grandes sources de satisfaction professionnelle était d’arriver garder les personnes actives, avec des petits projets qu’elle construisait petit à petit avec elles. Qu’il s’agisse d’une simple balade ou d’aller rencontrer d’autres gens. C’était une manière de continuer d’exister plutôt que de rester emprisonné entre quatre murs en attendant la fin.

Le début d’après-midi fut désagréable mais intéressant. J’ai vu de très bons et beaux côtés de ce métier, même si certains sont durs, j’allais avoir l’occasion d’en voir un mauvais. Nous devions nous rendre chez Cruella. Madame Cruella a un mari en perte d’autonomie, elle a fait une demande d’aide pour la soutenir, ce qu’on appelle de l’aide à l’aidant. Lady Gaga m’a expliqué que, concrètement, cette dame ne voulait qu’une aide ménagère. Ça ne lui plaisait pas vraiment car, comme on a pu le voir, le ménage ne constitue pas le cœur du métier. Même si le ménage fait partie des attributions, il est fait dans le but d’apporter un confort à la personne et s’inscrit dans une démarche de contact social. Il est d’ailleurs bien d’impliquer les personnes qui le peuvent encore à participer pour justement se sentir utiles et capables (estime de soi).

Malheureusement, cette dame semblait croire qu’elle avait « recruté une femme de ménage ». Quand nous sommes entrés dans l’appartement, nous sommes tombés en plein repas. En plus de Madame Cruella et de son mari, il y avait les petits enfants et un étranger à la famille (son architecte d’intérieur apprendrions-nous plus tard). Inutile de préciser que ce n’étaient absolument pas des conditions normales d’intervention et nous aurions dû annuler sur le champ.

Après à peine un bonjour, nous avons été relégués au placard à vélos pour nous changer. Niveau estime de l’intervenant, on a vu mieux. Lady Gaga prit sur elle et nous nous sentîmes obligés de nous effacer dans le décor car nous n’avions rien à faire au milieu d’un tel repas de famille. Nous nous sommes donc cachés dans la salle de bain et la chambre pour faire le ménage car après tout, c’est Monsieur qui était dans le besoin et que notre prestation devait avant tout l’aider lui. La gêne était évidente et palpable. Pendant que je passais le balai pour remonter vers la cuisine je suis passé dans la salle à manger. Impossible de faire du ménage pendant que des gens sont en plein repas. Il n’était raisonnablement pas possible de poursuivre, aussi Lady Gaga voulut s’entretenir avec Madame Cruella.

Elle lui expliqua diplomatiquement que la situation était inconfortable et qu’il n’était pas vraiment possible de travailler dans ces conditions. Si un tel repas était prévu, il aurait fallu prévenir pour annuler. Cruella se mit d’abord sur la défensive, précisant que c’était imprévu et qu’elle n’y pouvait rien. Lady Gaga n’eut pas le temps d’expliquer que dans ce cas là, nous ne pourrions pas faire d’avantage que Cruella passa à l’offensive. La dame accusa tour à tour Lady Gaga de prendre trop de temps pour se changer, d’être trop prétentieuse, de tirer au flanc et de prendre du temps pour autre chose que du ménage (oui, le métier d’auxiliaire de vie implique autre chose que du ménage). Il y avait visiblement une accumulation de rancune qui explosait sous mes yeux.

Lady Gaga ne put supporter un tel mépris et un tel irrespect. J’étais moi-même sous le choc, incapable de réagir. D’un ton calme mais décidé, Lady Gaga expliqua qu’elle laissait le seau et la serpillère dans la cuisine et qu’elle s’en allait. Évidemment, cela déclencha l’ire de Cruella qui nous poursuivit à travers l’appartement en proférant des menaces et en tentant de joindre la mairie au téléphone. Elle hurlait à la « faute professionnelle » en disant qu’elle payait pour avoir un service et donc qu’elle était l’employeuse de Lady Gaga.

En réalité, il s’agissait d’une prestation fournie par un organisme prestataire. À aucun moment Cruella ne pouvait se prétendre employeuse et donner des ordres à Lady Gaga qui restait une employée du service social de la mairie et qui n’en répondait qu’à eux. Quand bien même aurait-ce été une relation d’employeur à employé, ce comportement odieux n’était pas acceptable. Ce n’est pas parce qu’on paie une personne qu’elle devient un esclave sur laquelle on peut s’essuyer les pieds.

Mon analyse, c’était que Cruella pensait disposer d’une domestique, d’une femme de ménage (d’ailleurs elle a essayé de joindre le service « aide ménagère » de la mairie alors qu’il s’agissait d’une aide à domicile). Puis elle s’est emportée en voyant que Lady Gaga ne se laissait pas faire, essayant de faire tourner l’affaire au rapport de force en sortant les menaces. Pourtant Lady Gaga avait ouvert la porte d’une issue diplomatique en exposant calmement et poliment le soucis, il aurait suffit d’en discuter pour travailler ensemble sur la manière d’améliorer la situation. Cruella avait sans doute trop d’orgueil pour la conciliation. Si elle avait du temps pour aller sur des chantiers avec des architectes et l’énergie pour nous poursuivre dans les couloirs en nous accablant, elle n’avait peut-être pas besoin de tant d’aide que cela ou, en tout cas, pas d’une auxiliaire de vie dont le rôle était là avant tout pour établir une relation et un contact humain. Dommage pour son mari, victime impuissante des événements.

Suite à cela, je me suis retrouvé avec une Lady Gaga secouée par les émotions et en proie aux pleurs. C’était bien normal après avoir été rabaissée de la sorte par cette odieuse femme. Il n’était pas évident de faire fi d’un tel conflit, d’autant plus dans le cadre du travail et cela créait une situation embarrassante. Lady Gaga avait un profond souci du professionnalisme, il s’agissait d’une grande fierté pour elle. Mais tout le professionnalisme du monde ne peut pas occulter la dignité humaine, et là il s’agissait d’une attaque sur sa dignité. Je la soutenais de tout mon cœur à 100% et je tentai tant bien que mal de lui apporter du réconfort. Elle avait besoin d’être rassurée car en tant que personne raisonnable et humble, elle se remettait toujours en question. Mais le problème ne venait définitivement pas d’elle, elle n’avait rien à se reprocher.

Je suis du même genre, je la comprenais donc bien. Je ne peux pas me laisser écraser par une emprise que les gens pourraient penser avoir sur moi. Il y a quelques années, j’ai eu un conflit avec mon supérieur hiérarchique et j’ai donc dû choisir entre m’écraser et m’en aller. J’ai fait le même choix qu’elle, je suis parti. Sauf que pour moi, en l’occurrence, il s’agissait d’une démission vu que j’étais en conflit avec mon employeur. Là, heureusement pour elle, elle n’en répondait qu’à ses supérieurs et nous sommes d’ailleurs immédiatement allés à la mairie pour expliquer la situation.

Madame Grahou, sa supérieure, comprit très bien la situation. D’ailleurs, ce n’était pas la première fois qu’il y avait un incident avec Cruella et ça s’était déjà mal terminé avec une autre intervenante. De plus, Madame Grahou avait déjà fait remonter la situation pour expliquer que Cruella n’avait sans doute pas besoin de bénéficier d’une aide à domicile. En tout cas, elle semblait du côté de Lady Gaga, et c’était très important pour elle de se sentir soutenue par son service en un moment pareil. En tout cas, j’espère qu’il n’y aura pas de retombées sur elle. Elle n’a rien à se reprocher, ce sont les personnes mauvaises, irrespectueuses et odieuses qui créent ces situations désagréables. Au nom de quoi faudrait-il accepter de les subir ?

Nous avions donc un peu de temps libre avant la prochaine intervention, temps que nous mîmes (attention forme verbale qui tâche) à profit pour discuter, se calmer et se réconforter. Il est vraiment douloureux pour une personne investie dans son travail de se faire cracher dessus de la sorte.

Pour cette deuxième intervention de l’après-midi, nous sommes retournés chez Madame Xena. Peu de ménage en prévision car nous étions passés le matin. Au final, nous avons discuté et, surtout, nous l’avons écoutée. De la compagnie, c’est parfois juste ce qu’il faut. Parler, raconter son histoire, c’est avoir l’impression d’exister.

Elle nous a parlé de son passé. À 23 ans, elle a eu un grave accident où elle s’est faite renversée par un camion militaire alors qu’elle circulait à vélo. Son œil était sorti de son orbite et elle avait été laissée pour morte dans le fossé avant que quelqu’un ne l’emmène inconsciente à l’hôpital. Au final, un chirurgien réussit à la soigner et aujourd’hui, à 99 ans, elle est encore capable de lire le journal.

Ensuite, elle nous a parlé de l’époque de la guerre civile espagnole. À 19 ans, elle avait dû s’enfuir dans les montagnes de Leon pour rejoindre les Asturies et échapper aux troupes de Franco. Imaginez-vous à 19 ans, dans les montagnes, avec un bébé de 3 mois dans les bras, sans repères, avec pour seule nourriture des pissenlits et des soldats aux trousses. Elle finit par atteindre les Asturies, retrouver son mari et prendre un bateau anglais pour la France. Sur les eaux, elle dut encore passer deux jours en cale parce que des bateaux de Franco tentaient de les intercepter. Ce qu’ils ne purent faire car il s’agissait d’un bateau anglais.

Plus tard encore, en France, elle réussit à échapper aux trains de déportation et même à retrouver son mari. Après avoir vécu tant de choses et de dangers, elle n’arrivait pas à croire qu’elle était encore en vie, là, à 99 ans. L’émotion la gagna, une émotion évidente, sincère, humaine et partagée. Des fois, on se demande pourquoi on a besoin de la fiction quand on voit ce que certaines personnes ont réellement vécu.

Dernier arrêt de la journée chez Madame Diane. Cette vieille dame était atteinte de la maladie de Parkinson. Malgré son affliction, ce fut une personne extrêmement joyeuse et pleine de vie qui nous a accueillis. Elle paraissait vraiment contente de nous recevoir et il est toujours plaisant de sentir que les gens attendent et apprécient notre venue. C’est la preuve et la reconnaissance qu’on leur apporte quelque chose.

Diane était très souriante et en me découvrant, elle commença à dire spontanément : « C’est un très beau jeune homme, qu’il est beau. Et il est gentil hein ! » Puis s’adressant à Lady Gaga : « Vous aussi vous êtes belle, vous êtes beaux tous les deux. Qu’ils sont mignons, qu’ils sont gentils ». Deux secondes après, on avait l’impression qu’elle me redécouvrait et elle repartait pour un tour. C’était un peu flatteur mais également un peu perturbant au bout de la 25e fois.

Notre mission principale consistait à lui faire prendre le repas du soir. Après avoir préparé la table et la nourriture, il fallait amener Madame Diane de la chambre jusqu’à la cuisine. Elle n’avait pas beaucoup d’équilibre et il fallait la tenir le long du trajet. Je trouve toujours très impressionnant et intimidant de se dire qu’on a la vie d’une personne entre les mains et que si on fait une mauvaise manœuvre, cela peut mener à la chute. Évidemment, j’ai préféré laisser Lady Gaga procéder.

Madame Diane avait toujours un excellent appétit et ça faisait plaisir de la voir se régaler. Pour elle, notre venue était synonyme de repas où elle allait se délecter. À ce stade-là, tout plaisir était bon à prendre. Diane pouvait manger seule, mais Lady Gaga m’expliquait qu’elle devait parfois nourrir des personnes à la cuillère.

Ensuite, il nous fallait la mettre au lit. Nous avons donc effectué le voyage en sens inverse avant de l’aider à se coucher. Puis nous avons terminé de ranger et nettoyer la cuisine avant de fermer les volets et de lui souhaiter une bonne soirée. Il y avait une certaine tristesse à laisser cette dame dans le noir, seule dans son grand appartement avec la télé pour unique compagnie. Il était 18h.

 

Troisième et dernier jour. Je me suis levé avec difficulté ce matin. J’ai eu la déraison de vouloir regarder le débat présidentiel jusqu’au bout, ce qui m’a laissé trop peu d’heures de sommeil. Comme à l’accoutumée désormais, Lady Gaga est passée me récupérer sur le coup des 8h15.

Pour notre première intervention, nous nous sommes arrêtés chez Madame Babette. Elle habitait une demeure ancienne construite sous l’ère Napoléonienne d’après ses dires. Babette était très agréable, alerte et accueillante. Après avoir fait connaissance, nous sommes allés dans la chambre pour faire le lit.

Moi d’un côté, Madame Babette de l’autre, je suivais ses instructions pour la réfection du lit. Chacun ses petites manies et la dame avait sa manière de faire. Comme me le disait Lady Gaga, il faut s’adapter aux personnes et respecter leurs souhaits ou leurs manières de faire car ils sont chez eux. En tout cas, c’était agréable de travailler en coopération. À ce moment, on se sent réellement dans le rôle d’aide et pas de domestique (quand la personne a encore suffisamment d’autonomie pour participer).

Suite à cela, il fallait aider Madame Babette à se laver. Évidemment, il y avait une gêne compréhensible à se montrer nue devant moi. Toutefois, après avoir un peu discuté du sujet, Madame Babette relativisa et comprit que j’étais là pour observer le métier. Nous convînmes donc de me faire rentrer dans la salle de bain une fois qu’elle serait derrière le rideau de douche.

Pendant que Lady Gaga aidait à la douche, elle m’expliqua quelques trucs. Madame Babette était encore suffisamment autonome pour se laver et n’avait besoin que d’une aide minimale. Brosser le dos, passer le savon, tenir le pommeau de douche, aider au séchage du dos et des jambes. Pour cette raison, il n’y avait pas besoin d’une infirmière et la tâche revenait à l’auxiliaire de vie.

Après la douche, nous avons accompagné Madame Babette pour le petit déjeuner. Elle nous offrit à boire (café et jus de fruit) pour que nous partagions ce moment avec elle. Bien sûr, ce fut le moment de discuter et elle nous raconta un peu sa vie. Ayant habité cet endroit depuis longtemps, elle avait eu le loisir d’en voir l’évolution. Auparavant, il n’y avait que des champs là où maintenant tout est construit. Ça doit faire étrange de voir le monde se transformer autour de soi sur une si longue durée.

Ensuite, la discussion tourna sur la télévision et fatalement, l’actualité politique. Madame Babette notifia son hostilité à la famille Le Pen en utilisant des formules peu flatteuses. La politique fait partie des sujets sur lesquels nous n’avons pas à donner notre avis, tout comme la religion. Il s’agit du règlement, nous ne sommes là ni pour faire du prosélytisme ni du militantisme. La meilleure attitude consiste donc à ne généralement pas répondre.

Deuxième intervention chez Madame Diane que nous avions couchée hier soir. Tout comme la veille, elle nous accueillit avec sourire et bonne humeur. Commencer une journée avec deux personnes aussi agréables donnait du baume au cœur. Ce matin, il nous fallait faire un peu d’entretien.

Tout d’abord, changement des draps du lit. Madame Diane souffrait hélas d’incontinence et ce genre de chose arrivait souvent. Nous avons donc ôté les draps, lancé une machine et refait le lit avec d’autres draps propres. Cela sembla beaucoup amuser Diane de me voir faire le lit. Ensuite, entretien des toilettes, de la salle de bain et de la cuisine.

Durant notre intervention, nous avons eu l’opportunité de voir passer l’infirmière pour une piqûre et le kiné pour faire marcher Madame Diane dans l’appartement. Ce fut l’occasion de rappeler que l’auxiliaire de vie fait partie d’une équipe d’intervenants dans divers domaines qui participent à maintenir les personnes à domicile. Malheureusement, la profession est encore assez mal perçue et souvent dénigrée, rabaissée à la simple aide ménagère, même par les autres intervenants. Évidemment, tout dépend des individus.

Tout comme la veille, nous étions également présents pour aider Madame Diane à prendre son repas. Elle associait toujours notre passage à la prise du repas et nous demandait à manger pendant qu’on faisait le ménage. Il a fallu lui expliquer qu’elle aurait à manger après le passage du kiné pour la calmer.

Même procédure qu’hier, voyage de la chambre à la cuisine où elle put trouver son plaisir dans le repas. Pendant ce temps, nous avons reçu un message. Madame Lucie, la dame souffrant de dépression et de cécité que nous avions vue le premier jour et que nous devions voir après, a été retrouvée par terre chez elle. Apparemment, elle avait chuté et s’était brisé le tibia. Elle avait donc été hospitalisée et, par conséquent, notre intervention était annulée. Cela faisait partie du métier également. Il y avait beaucoup de personnes âgées qui pouvaient se retrouver hospitalisées du jour au lendemain, ou même mourir. C’est pour cette raison qu’il faut toujours garder une certaine distance professionnelle et ne pas s’impliquer émotionnellement. Sans cette carapace de protection, il y a trop de choses qui peuvent blesser. Cela n’empêche pas d’être humain sur le moment, il ne faut juste pas prendre comme une mission personnelle d’aider ces personnes, une fois l’intervention terminée, il ne faut plus y penser. Bien faire la séparation entre vie professionnelle et privée.

Bien sûr, j’avais de la peine pour Madame Lucie, mais ça devait arriver tôt ou tard. De toute façon, nous n’y pouvions rien. Autant se concentrer sur le bon côté des choses, j’allais pouvoir faire une sieste à midi pour rattraper mon retard de sommeil.

Pour la première intervention de l’après-midi, nous nous sommes rendus chez Madame Titi. Elle possédait un fort joli canari, c’est pour ça que j’ai choisi ce pseudonyme. Madame Titi était une personne très très fatiguée. Aimable et polie, elle n’avait pas forcément envie de parler car tenir une conversation requiert certains efforts. Il faut savoir respecter cela aussi. Parfois, certaines personnes n’ont pas spécialement envie de parler et il faut se contenter du silence. Comme me disait Lady Gaga : « De toute façon, ne t’inquiète pas. S’ils ont envie de parler, ils te le feront savoir. » Personnellement, le silence ne me gêne pas.

Chez Madame Titi, nous intervenions pour faire du repassage. Étant une ancienne vendeuse de prêt-à-porter, elle avait un certain attachement aux vêtements et aimait les ranger impeccablement. Elle nous expliquait donc précisément comment repasser et plier correctement le linge. Encore une fois, ce métier requiert de l’adaptation et de l’écoute, même si nos tâches sont les mêmes, toutes les personnes sont différentes. Par conséquent, chaque intervention est différente. L’auxiliaire de vie doit être à l’écoute pour apporter du confort. Évidemment, il y a des limites et quand les demandes vont trop loin, il faut savoir dire non et recadrer. Pas forcément évident, surtout quand le métier est déprécié et méprisé.

Après le repassage, Lady Gaga s’occupa du courrier de Madame Titi. La gestion administrative était une autre des tâches qui pouvaient échoir à l’auxiliaire de vie. En effet, Madame Titi n’était plus vraiment en état de lire son courrier et d’y répondre, il fallait bien que quelqu’un le fasse. Bien entendu, cela se faisait en discutant avec Madame Titi, pour la tenir informer de tout.

Pour ma dernière intervention, nous sommes retournés chez Madame Xena. Tout comme hier après-midi, nous lui avons surtout tenu compagnie. Cette fois-ci, elle nous a surtout parlé de sa famille et même montré quelques vieilles photos. Avant de nous quitter, elle parla un peu de moi. Elle parut surprise d’apprendre que j’avais quitté l’informatique pour m’intéresser à ce métier. Elle me conseilla de ne pas m’arrêter là et de continuer plus loin (sous entendu vers quelque chose de plus prestigieux). Encore une fois, dépréciation du métier d’auxiliaire de vie, perçu comme simplement une femme de ménage.

 

L’heure était finalement venue de faire le bilan et j’avoue avoir été extrêmement satisfait de cette expérience. Lady Gaga a rendu ce stage très instructif grâce au partage de son expérience, à sa patience et ses conseils. J’ai découvert un beau métier, dur mais humain. C’est un métier qui m’a apporté du sens, qui est gratifiant par l’aide qu’on apporte à des gens qui en ont besoin. C’est également un métier encore très mal reconnu et qui mériterait un peu plus de considération. Nous serons potentiellement tous, un jour ou l’autre, dans un besoin d’assistance pour finir notre vie, alors il est important de considérer ceux qui nous l’apporteront.

La métallurgie pour les nuls

Aujourd’hui en rentrant à vélo, j’ai entendu des enfants criailler. Ce verbe s’utilise également pour les oies et les perdrix en plus de vous donner des points de style, alors n’hésitez pas à le ressortir en toute situation. Ces criaillements, disais-je donc, ont très logiquement déclenché une association d’idées dans mon crâne insondable. De cet amalgame insaisissable est ressortie une vieille chansonnette enfantine qui n’a rien à voir avec les noisettes.

Une souris verte qui courait dans l’herbe

Je l’attrape par la queue, je la montre à ces Messieurs

Ces messieurs me disent : trempez-la dans l’huile,

Trempez-la dans l’eau, ça fera un escargot tout chaud.

J’eus alors l’impression qu’on avait fait l’amour à mon cerveau de manière étrangement désagréable et malsaine. Qui a écrit ce truc ? Michaëlle Le Quilleuc nous répond Wikipedia. Ma deuxième question est donc : pourquoi vouloir chanter ça à un enfant ? C’est pour lui faire passer quel message exactement ? Attardons-nous un instant sur les paroles.

« Une souris verte« , alors déjà, une souris n’a jamais eu de pelage vert. Je n’ai pas fait de recherches exhaustives, mais je pense que ça se saurait. Dommage d’ailleurs, ça ferait un bon camouflage pour échapper aux prédateurs, surtout en courant dans l’herbe. Ceci étant, admettons que son pelage soit vert justement à cause de la course dans l’herbe, de la même manière qu’on peut saloper une salopette avec de la chlorophylle. J’essaie quand même d’être conciliant. Et pour votre information, le Gang des souris vertes est une association de malfaiteurs français ayant opéré de 2003 à 2006.

« Je l’attrape par la queue« , alors non, il ne faut pas faire ça ! Je le répète à tous les enfants (et les adultes aussi) : ne faites pas ça chez vous, ni ailleurs, à aucune souris, ni aucun animal. Une queue, ce n’est pas fait pour soutenir le poids d’un animal, ça sert uniquement pour son équilibre, c’est tout. Soulever par la queue est au mieux désagréable, très probablement douloureux, et au pire peut causer des blessures plus ou moins graves. Pour résumer, soulever par la queue c’est plutôt pas très très sympa pour faire dans l’euphémisme. Alors à moins d’envisager une carrière de tortionnaire sadique avec option torture animale, ne le faites juste pas. Et ne chantez pas ce mauvais exemple aux enfants.

« Je la montre à ces Messieurs« , on se demande bien qui sont-ils et pourquoi il faut leur montrer des souris. Cela étant, si quelqu’un découvre réellement une souris à pelage vert, je pense que de nombreux scientifiques pourraient être intéressés. Nous aurions alors identifié ces fameux Messieurs (et les Madames scientifiques, ça n’existe pas hein…)

« Ces Messieurs me disent : trempez-la dans l’huile« , finalement, ce ne sont probablement pas des scientifiques. En fait, j’ai d’un seul coup l’image d’une antique arène romaine dans laquelle le sort du gladiateur vaincu se retrouve entre les mains de l’éditeur (l’organisateur) qui baisse le pouce pour annoncer la condamnation à mort. Sauf que bon, un combat entre un humain et une souris, c’est quand même largement plus déséquilibré que David contre Goliath. Et la souris n’a même pas de fronde. Autrement dit, c’était quand même joué d’avance.

« Trempez-la dans l’eau« , d’abord l’huile, puis l’eau, attention à l’ordre, c’est important ! Tout comme il ne faut pas prendre un animal par la queue, il ne faut pas non plus l’immerger dans des liquides, ce n’est pas très urbain, pour rester poli. D’autant plus si les liquides sont à des températures déraisonnables. Trop chaud et il y a risque d’ébouillantage, trop froid et ce sera l’hypothermie. Et si l’immersion est trop longue, il y aura noyade. Concrètement, il s’agit de diverses mises à morts cruelles (cf doctorat tortionnaire et gladiateur vaincu).

« Ça fera un escargot tout chaud« , encore une fois, NON ! Et là, je commence à m’énerver ! Non, non et non ! Tremper une souris dans de l’huile puis de l’eau en la tenant par la queue n’a jamais donné un escargot (ni chaud ni froid ni tempéré). Ça donne au mieux une souris mouillée et huileuse qu’on a fait grave chier, au pire une souris morte qu’on aura sauvagement exécutée sans raison valable, mais pas un escargot. D’ailleurs, pourquoi un escargot ? Tant qu’à raconter des conneries, autant être plus fantaisiste. J’ai d’ailleurs trouvé une version de la chanson où il est question de crapaud. On est déjà plus dans la même taille d’animal, même si le passage de mammifère à amphibien laisse tout aussi perplexe que le passage de mammifère à gastéropode. Ressortez le vieux chapeau du magicien, au moins, il n’y a pas d’appel explicite à la torture animale.

Finalement, s’il fallait trouver une morale à cette chansonnette, j’opterais personnellement pour la suivante : ne croyez pas les adultes, ils racontent que des conneries aux enfants. Voilà ! Et laissez tranquilles les souris, et tous les animaux tant qu’on y est. Ils n’ont rien demandé.

Ensuite, peut-être y a-t-il une métaphore cachée que je n’aurais su déceler. Dans ce cas, je saurais gré à qui me l’expliquerait. En faisant un effort, j’aurais bien une théorie sous le coude. Il s’agirait d’une métaphore métallurgique. Ce qui m’a mis sur la voie : cette histoire d’huile, d’eau et de chaleur. L’huile et l’eau sont des fluides utilisés pour le refroidissement dans le procédé de trempe des métaux. Et là, d’un seul coup, tout fait sens !

Pour ceux qui ne connaissent pas le principe de la trempe, je vais tenter de le vulgariser. Je ne suis moi-même pas un expert et mes TP méca d’école d’ingé sont loin. Toutefois, j’ai lu un article qui explique le procédé assez simplement (par ICI). Concrètement, il s’agit de modifier la structure cristalline d’un métal en faisant varier la température. Par exemple, si on chauffe du fer à haute température, des atomes de carbone peuvent s’immiscer dans la structure cristalline pour remplacer les atomes de fer qui y étaient présents. Si on effectue un refroidissement suffisamment rapide, en utilisant notamment de l’huile ou de l’eau, on conserve cette nouvelle structure cristalline qui dispose de propriétés différentes.

Pour expliquer pleinement l’analogie, la trempe permet de transformer la structure cristalline (donc en quelque sorte la nature du métal) afin d’en changer les propriétés. Ce qui serait l’équivalent d’un passage d’une souris à un escargot. Donc en fait, cette chanson est une vulgarisation du procédé de trempe expliqué aux enfants, CQFD. Par contre, pour la couleur verte, je ne vois toujours pas…

La prochaine fois, je vous parlerai de la poule qui picote du pain dur, parce que picorer c’est tellement trop mainstream.

Vœux pour 2017

Voilà un bon moment que je n’ai rien posté et pour cause : baisse de moral, baisse de motivation, peu d’inspiration. J’avais l’esprit ailleurs, occupé par des incertitudes et des interrogations personnelles. En proie au doute et à la perte de confiance, je peinais à trouver la moindre envie d’écrire. Pour résumer, cette fin d’année 2016 fut assez moribonde et peu propice à l’expression créative.

Mais pas de panique ! 2017 pointe le bout de son nez, apportant avec elle une excuse bien commode pour se ressaisir et repartir d’un bon pied. Je n’abandonne pas mes projets ! D’ailleurs, la correction d’Alice continue d’avancer lentement mais sûrement. J’ai grand espoir que cette année soit enfin l’année où j’estime mon travail fin prêt pour être proposé à l’édition.

En parallèle, je vais probablement continuer à raconter des historiettes sur ce blog. Je me suis énormément amusé avec la Caverne d’Alibasteuf et j’envisage de ne pas en rester là. Je compte poursuivre sous forme de chroniques les aventures de Sonya dans son multivers loufoque ouvert à toutes les parodies et les clins d’œil à la culture geek. À terme, peut-être que ça composera un recueil à compiler.

Par ailleurs, j’ai également quelques idées d’articles en stand alone qu’il me faudra concrétiser. Le plaisir est dans la diversité comme je me plais à le dire. Et j’espère que l’inspiration se saisira à nouveau de moi pour vous apporter divertissement et surprise !

En attendant, place aux vœux ! Avant-hier, j’ai lu un très joli billet d’une amie sur la Fesse-du-Bouc. Après ça, difficile de ne pas paraître rasoir et insipide. Peu importe, je vais quand même essayer de parler avec mon cœur (oui, je suis ventriculoque).

Pour cette année 2017, je vous souhaite bonheur et épanouissement. Puissiez-vous connaître la simple joie d’apprécier la vie et de partager l’amour. Aimez votre voisin et, par-dessus tout, aimez-vous vous-même. Vous êtes la personne avec qui vous allez passer toute votre vie, alors ne vous détestez pas et ne vous jugez pas trop durement. Soyez votre meilleur ami car, après tout, vous êtes le mieux placé pour ça.

Je ne vais pas m’étaler comme de la confiture. Aussi vous épargnerai-je le package classique de santé, volupté, réussite de vos projets, retour de l’être aimé, chance aux jeux, fertilité, réparation des clusters défectueux par poupée vaudou interposée et tutti quanti. À cela, je vais préférer une sortie discrète pour tenter d’aller mettre en application mes propres conseils.

Mais je reviendrai !

Absurditis

Il y a peu, un bon ami à moi, avec qui j’aime partager jeux de mots et humour à tous les degrés, m’a fait découvrir ce merveilleux site. Comme je suis un chic type confirmé de niveau 2, il m’échoit de partager cette découverte avec vous.

-C’est quoi ton truc louche et suspect ?

Me demanderez-vous avec toute la jactance dont vous pourrez vous targuer. Dans mon indolence feinte, je vous rétorquerai qu’il s’agit d’un glossaire des jolis mots. Puis je vous enjoindrai à faire preuve d’une politesse accrue, bande de veules faquins.

Cette merveilleuse page vous permettra de découvrir et redécouvrir à l’infini (car certains sont si durs à retenir que vous ne vous en souviendrez jamais) des mots complexes et passionnants. Ainsi outillés, les bélîtres que vous êtes se transformeront en cuistres. Dans toutes les soirées mondaines, vous plastronnerez en affichant votre babélisme sibyllin nouvellement acquis. Vous noierez le chaland affable sous un flot d’amphigouris mal maîtrisés, cherchant à attirer ses flagorneries jusqu’à ce qu’un savant ne démasque votre logorrhée. Afin d’éviter l’opprobre, vous fustigerez et baguenauderez l’outrecuidant, le qualifiant de sycophante. Et après avoir vitupéré vertement le fieffé foutriquet, vous louvoierez impavidement vers le buffet. Là, vous grenouillerez un peu avant d’aller jobarder votre prochaine victime.

Si vous désirez connaître les définitions des mots que vous n’avez pas compris (accompagnées d’exemples drôlatiques) je vous invite à cliquer ici : http://absurditis.com/dictionnaire/

Je vous souhaite d’agréables découvertes.

TV Tropes

Fut-ce le bruit qui me réveilla ? Ou peut-être un sixième sens caché ? En tout cas, j’émergeai de la pile de coussins, tel un zombie tendant un bras hors de sa tombe pour hurler au monde : « Je suis mort-VIVANT ! ». Mon œil se tourna vers la source de perturbation, il s’agissait d’un individu, à priori de sexe féminin. Pas sûr cependant, j’étais encore trop endormi pour confirmer. L’individu me remarqua.

– Ah, mais t’es là ?

-Heu… Je crois, oui. Il me semble que je suis chez moi… Et toi, tu fais quoi là ?

-Ben… comme tu ne montrais plus de signes d’existence, j’ai pensé que je pouvais te piquer ton matos.

-Non merci, ça ira.

-Dommage… Et si tu me racontais ce qui t’es arrivé.

Que m’était-il arrivé ? En voilà une bonne question. Tout avait commencé une semaine auparavant. Ou était-ce deux ? C’était dur de garder la trace du temps parfois. Je me levai pour atteindre le frigo. Machinalement, j’ingérai un cornichon. L’acidité me donna un petit coup de fouet.

J’ouvris les rideaux. Devant la violence du soleil de printemps, je les refermai aussitôt. La femme attendait patiemment mes explications, non sans lorgner sur son butin désormais inaccessible.

-Ça y est ! Je me souviens ! Je sais ce qui m’est arrivé !

-Ce n’est plus d’impatience que je vais mourir, mais de vieillesse. T’as le cerveau lent aujourd’hui…

-Tes railleries me glissent dessus comme une main sur un lutteur turc bien huilé.

-Tu t’y connais en lutte turque toi ?

-Un peu… J’aime les corps luisants et musclés. Et toi, tu aimes les films de gladiateurs ?

-Ça passe.

-Tu as déjà vu un homme tout nu ?

-Ouais… dans un film de gladiateur. Mais quel est le rapport avec ce qui t’es arrivé ?

-Aucun. En fait, je me suis perdu sur l’Internet mondial.

-Tu as visité les sombres entrailles du ouèbe ?

-Non, pas cette fois. Je me suis contenté de tomber dans un piège à clic.

-Lequel ?

-TV Tropes.

-Ça a la viscosité de wikipedia ça…

-Pire qu’un sable mouvant ! À chaque page lue, tu en ouvres trois de plus, c’est atroce !

-Comment t’en es-tu sorti ?

-Coupure de courant.

-D’autres n’ont pas eu cette chance…

 

Ceci est un avertissement : si vous tombez sur ce site, fuyez ! Votre curiosité et votre soif de compréhension de la culture populaire vous tueront ! Toutefois, vous ne risquez rien si vous ne lisez pas l’anglais.

 

P.S.

Arg ! Noooooooooooon ! Malheur à moi ! Pour écrire cet article, j’ai à nouveau ouvert le site de Pandore. Priez pour mon âme !

La violence virile

Je vais continuer mes divagations sur la violence dans les histoires en m’intéressant à la virilité. Très souvent, la violence physique est l’apanage des hommes viriles. Par défaut, les hommes sont considérés comme violents et vont souvent privilégier des solutions violentes. Au contraire, les femmes sont considérées comme non violentes et vont privilégier des solutions non violentes.

Ce schéma, homme violent/femme non-violente n’est quasiment jamais remis en question. Il est excessivement utilisé de manière structurante dans les histoires. Rien que dans le schéma de la demoiselle en détresse qui requiert un homme fort pour la sauver. Ou dans le registre plus basique des mâles qui se battent pour obtenir les faveurs de la femelle. Par ailleurs, on ne compte plus les scènes où la violence est opposée à la finesse pour résoudre un problème (souvent à des fins humoristiques).

Dans ces histoires, la violence est donc l’attribut qui différencie les hommes des femmes. Un homme peut et doit faire usage de la violence s’il veut être considéré comme un vrai homme et pas une femme. Ce postulat permet de joyeusement entretenir un sexisme primaire et des représentations de genre complètement artificielles et normées. Sans compter l’ouverture à une infinité de scènes misogynes et homophobes.

Le héros violent

Être un homme violent est donc conseillé si on veut être respecté. Mais pire, l’homme violent est présenté comme un modèle admirable, notamment dans toutes les histoires orientées un peu action. Mais attention, il y a le bon homme violent et le mauvais homme violent. Le mauvais homme violent, c’est le méchant qui utilise la violence pour faire de vilaines choses. Le bon homme violent, c’est le héros qui n’utilise la violence que contre les méchants (et parfois les animaux pour rappeler l’ordre de la nature, et puis c’est marrant la violence envers les animaux non ?), il est violent mais juste.

Combien de héros viriles passent leur temps à massacrer des dizaines d’individus. Non seulement c’est considéré comme normal et presque souhaitable, mais, en plus, il lui arrive d’y prendre plaisir. Cerise sur le gâteau, il n’en retire généralement aucun impact psychologique. Bien sûr que non, puisqu’il est violent mais juste. Il a raison et donc il n’a aucune question à se poser.

Un type artisan de tels massacres sans aucun état d’âme, chez moi, il s’apparente plutôt au psychopathe qu’à autre chose. Évidemment, tout est fait pour susciter le moins d’empathie possible avec les victimes. La plupart du temps ce sont des personnes dont on ne connaît ni le nom, ni l’histoire. Parfois, on ne voit même pas leur visage et ils portent un uniforme générique. Ils ne sont plus considérés comme des humains avec une vie, mais juste comme un obstacle au héros. De plus, ce sont des méchants ou, en tout cas, identifiés comme tels. Ce raccourci autorise la mise en place d’une violence sans conséquence à leur égard.

Je ne dis pas que toute violence est évitable, mais tout usage de la violence devrait être remis en question, même si ce n’est qu’à posteriori, pour éviter sa systémisation.

La violence naturelle

Au hasard de mes pérégrinations sur l’Internet Mondial, je suis tombé sur un article parlant de la violence dans les histoires. J’ai commencé à réfléchir sur le sujet et je pense que c’est un thème très vaste et très dur à traiter. Je vais néanmoins essayer de déployer quelques-unes de mes pensées en tentant de les structurer. Je préfère prévenir tout de suite, je ne fais que partager un ressenti et des impressions personnelles. Il ne s’agit nullement d’une étude sérieuse.

Or donc, j’ai l’impression qu’au fil des années, les médias nous offrent une violence de plus en plus décomplexée et, honnêtement, quand on y réfléchit un peu, c’est effrayant. Certes, les histoires violentes existent depuis que les humains sont capables de les raconter. Et les anciens contes et légendes n’ont rien à envier au niveau du trash. Cependant, aujourd’hui, cette violence est vulgarisée, elle est devenue normale, presque ludique, mais surtout systématique et sans aucun questionnement.

C’est naturel

Un argument souvent invoqué : ce serait dans la nature humaine d’être une bête sauvage, violente et égoïste. Un argument complètement empirique qui sert à justifier tout et surtout n’importe quoi. On fantasme ainsi sur des visions d’une humanité à l’état brut, désinhibée de tous ses “interdits de violence”. Comme quoi seule notre société, notre civilisation, nous sauverait de notre nature profonde.

Alors j’ai envie de dire “Non. Mais. Quoi. Pourquoi. Qui. Comment. D’où sort cette idée ?”. Si la nature nous avait vraiment faits sauvages, violents et égoïstes, nous n’aurions pas été loin. Techniquement, nous n’avons vraiment pas beaucoup d’avantages pour survivre à poil dans la forêt. La force des humains, c’est justement la capacité à former des groupes, à coopérer, à communiquer et donc dans une certaine mesure à avoir de l’empathie.

Par ailleurs, je suis loin d’être convaincu que la majorité des gens évitent de tuer simplement par peur des interdits. Je pense simplement que ça ne vient même pas à l’idée de la plupart des personnes. Quant à notre “merveilleuse” civilisation sauveuse, bien au contraire de faire de nous des agneaux, elle a plutôt tendance justement à systémiser les violences.

Regardons par exemple notre culture moderne. N’apprend-on pas aux garçons à être des hommes. Pour cela, on les incite à devenir insensibles, à ne pas pleurer et donc à inhiber leur empathie. Une empathie qui serait donc bien présente à la base et donc dans notre “nature”. Que dire également de toutes les guerres qui sont au final des oppositions d’institutions et non d’individus. Guerres politiques, guerres idéologiques, guerres ethniques, guerres religieuses, guerres économiques, guerres territoriales. Des massacres d’une violence inouïe, et vue l’état psychologique des soldats qui font la guerre, je doute franchement que ce soit dans leur nature. Il suffit d’observer le taux de suicide.

La notion de nationalisme n’est pas innocente à l’opposition entre pays et donc aux conflits. Mais même à l’intérieur des pays, il y a des violences systémisées. La culture du viol qui induit une grande part de violences conjugales. Les oppressions étatiques et les violences dont peuvent faire preuve les polices ou les armées. Ce ne sont pas des oppositions d’individus, ceux qui perpètrent les violences sont des outils de l’institution. L’expérience de Milgram rappelle bien à quel point les individus peuvent se soumettre à l’autorité pour réaliser des atrocités. Ils ne le font pas par “nature violente”.

Ainsi l’argument “c’est dans la nature humaine” est surtout un bon moyen de ne pas s’interroger et de ne pas se remettre en question. Les histoires qui prônent ce modèle contribuent donc au maintien de ces violences. Pire, elles nous font miroiter une soi-disant “sauvagerie naturelle” à laquelle on échapperait grâce à notre société et notre culture sans voir en réalité toute la violence découlant de notre système.

Il a d’autres arguments et encore beaucoup à dire, je pense que je ferai d’autres articles sur le sujet. Si certains lecteurs ont des liens de blogs, ou d’articles sur ce sujet, n’hésitez pas à les partager.

L’esprit d’enfant

En grandissant, beaucoup de personnes perdent leur esprit d’enfant. Je trouve ceci tellement triste et dommage. Pourtant, c’est merveilleux un esprit d’enfant ! Tant d’imagination, de magie, d’énergie constructive ! Je pense que c’est une force positive qui mérite d’être entretenue plutôt qu’abandonnée et enterrée.

Non ! Avoir un esprit d’enfant ne signifie pas être un irresponsable capricieux. Il y aurait d’ailleurs tout un débat à avoir sur la déresponsabilisation de la population adulte. Cependant, ce n’est pas le sujet de cet article. Avoir un esprit d’enfant, c’est voir le monde différemment, c’est sortir un peu de ce froid cynisme rationnel d’adulte. On ne vit pas qu’avec du rationnel, on vit aussi avec son cœur.

Avec un esprit d’enfant, une simple assiette de purée devient une aventure. Tout d’abord, il est extrêmement important d’aplatir complètement la purée afin de couvrir toute l’assiette. Ensuite, on y creuse un cratère pour pouvoir y déverser la sauce. Et là, dans notre tête, on a l’image d’une île avec un volcan qui entre en éruption pour déverser sa lave en fusion !

Ensuite, on imagine que le sol est couvert de lave qu’il ne faut absolument pas toucher. La maison devient une caverne où il faut faire des acrobaties de meubles en fauteuils pour atteindre le trésor. Le trésor pouvant se manifester par un bocal de bonbons. Attention aux terribles gardiens, il ne faut pas se faire surprendre par les parents !

Quand on marche sur un sol divisé en carreau et qu’on a un esprit d’enfant, il faut surtout bien marcher au centre des carreaux. C’est une question de VIE OU DE MORT !!! TU COMPRENDS ! Jamais, non jamais, il ne faut oser marcher sur une séparation. Les conséquences seraient absolument apocalyptiques. Cela pourrait aller jusqu’à détruire le continuum spatio-temporel ! Et ce n’est certainement pas ce que nous souhaitons.

Dans un registre moins dramatique, avec un esprit d’enfant on peut imaginer des personnalités et toute une histoire à des peluches, des figurines, ou des poupées. On les fait parler, on les fait vivre et ressentir. On leur invente des scénarios abracadabrantesques. Encore mieux, nous vivons cela avec eux puisque cela vient de nous.

Si je parle d’esprit d’enfant, ce n’est pas anodin puisque c’est lié à ma manière d’appréhender l’écriture. Il s’agit d’utiliser toute cette énergie créatrice, toute cette vision, cette imagination. Ensuite, je la mets en forme pour permettre aux autres d’explorer également ces mondes fabuleux ! Car s’il est amusant de créer des mondes, il est encore plus amusant de les partager. Il ne reste ensuite plus qu’à utiliser ce cadre ludique et enchanteur pour toucher l’esprit des gens. Effectivement, si nous sommes tellement fascinés par les histoires, c’est bien que nous y trouvons quelque chose qui nourrit notre esprit. Mais cette nourriture spirituelle est encore un autre sujet… bien plus complexe.

Les descriptions

Je vais être honnête et direct. Je n’aime pas beaucoup les descriptions.

 Mais t’es complètement intolérant et sectaire ! À chaque fois que tu refuses de faire une description, un bébé phoque imaginaire ne naît pas. Monstre !

Et en plus il faut que je me justifie ? Très bien ! Tout d’abord, précisons : je n’aime pas les descriptions longues et détaillées qui ne servent pas l’histoire. En tant que lecteur, je me fais toujours des images dans ma tête et je me rends compte que les images correspondent rarement aux descriptions. C’est un peu bête, car ces images se forment spontanément et c’est ainsi que je me représente et m’approprie l’univers dans lequel je m’immerge par la lecture. C’est ainsi que je prends plaisir à l’arpenter, sous la forme qui me convient le mieux. Et j’éprouve toujours une certaine gêne quand je trouve une incohérence entre mon imagination et ce qui est écrit.

En plus de cette considération primordiale (avis tout à fait personnel), je trouve les descriptions généralement chi… ennuyeuses. Elles cassent le rythme, détournent de l’action et, au final, font mal ce que d’autres médias font très bien. Les images, les films, les BD, les jeux vidéo sont des médias très efficaces pour présenter des scènes et font en une seconde le travail de dix pages entières de description. L’écriture a bien d’autres points forts qu’il me paraît plus judicieux d’exploiter, notamment la possibilité de présenter des pensées, d’expliquer des raisonnements, de décrypter des situations, d’analyser des états.

C’est amusant, car il y a beaucoup de personnages que je crée à partir d’images existantes provenant de diverses sources (artworks, films…). J’ai donc une vision et une visualisation souvent très précise de mes personnages et je pourrais les décrire en détail. Mais déjà que je n’aime pas lire les descriptions, j’aime encore moins les écrire. Pour cette raison, je me contente généralement de ne donner que quelques points très caractéristiques, des petits repères à partir desquels chacun pourra construire sa version du personnage. Cela peut être une couleur de cheveux, une forme de tête, une moustache particulière. Puis j’étends ce raisonnement au reste de l’univers fictif. Tant que les éléments servant l’histoire sont présents, le reste peut être imaginé comme chacun le préfère afin de procurer le plus de plaisir.

Je déteste être au milieu d’une histoire et faire une sorte de pause, de couper la fluidité de la réflexion pour l’arrêter sur la construction d’une représentation. Pour moi, l’imagination de l’univers est un processus qui doit se faire naturellement et presque inconsciemment pour compléter et servir de cadre à l’action sur laquelle on se focalise. Je trouve bien plus facile et agréable de laisser l’esprit construire le cadre qui lui plaît plutôt que de le forcer à imaginer avec fidélité quelque chose de très précis. Les efforts considérables requis ne sont, pour moi, pas compensés par l’apport d’un plaisir supplémentaire, bien au contraire. Par exemple, il me suffit de dire “un homme à moustache” et tout le monde formera immédiatement et sans effort dans sa tête la vision d’un homme à moustache. Cette vision sera différente pour chacun et dépendra du vécu et des influences. Pour l’un, ce sera peut-être Walter White, pour l’autre, ce sera son grand oncle Bertrand, celui-là pensera à Hulk Hogan et celui-ci à Dupont et Dupond. Et je pense que c’est très bien comme cela tant que tout le monde y trouve son compte.

 En fait, t’es en train de dire que tu es un gros flemmard. Tu te caches derrière des arguments fallacieux pour laisser les autres travailler à ta place. Tu crois que simplement écrire “bébé phoque” va faire naître un bébé phoque imaginaire ?

Je suis certain que le bébé phoque est déjà parfaitement présent dans l’esprit de tout ceux qui ont lu ces lignes. Je n’ai pas besoin de dire que sa peau suinte de la graisse luisante, que ses moustaches frémissent à l’odeur du poisson, que son œil partage des similarités avec le regard d’un alpaga et qu’il se déplace en prenant le monde entier pour un toboggan.

Pour préciser, il ne s’agit là que de mon avis personnel et ne saurait en aucun cas constituer une vérité à laquelle tout le monde devrait adhérer. On peut très bien aimer lire et écrire des descriptions longues et détaillées et prendre du plaisir à reproduire une construction imaginaire fidèle. D’ailleurs, la description en tant que telle et dans certains contextes peut être un exercice très amusant. C’est à la discrétion de chacun.

La Journée Internationale de Lafâme

Le 8 mars, c’est la Journée Internationale de Lafâme. Mais qu’est-ce donc que Lafâme ? Hélas, après une courte recherche sans conviction, je n’ai pas trouvé de définition dans le dictionnaire. Je suis donc dans l’obligation d’aller enquêter dans mon imaginaire afin d’obtenir des réponses.

Premier arrêt chez mon cher ami l’anthropologue Alain de Lôme. Il fut aussi surpris que moi d’apprendre la découverte de cette chose qu’était Lafâme. Il n’en avait jamais entendu parler. Il put m’assurer avec toutes les certitudes de sa science infuse que Lafâme n’appartenait pas à l’espèce humaine. Certes, mais cela ne disait toujours pas ce qu’était Lafâme, et s’il fallait procéder par élimination, la route serait longue !

J’espérais avoir plus de chance chez le Zoologue René Descendres. Il était toujours compliqué de discuter avec le Docteur René, il avait le même débit de parole qu’une turbine de barrage hydroélectrique. Après un quart d’heure d’explications absconses sur un oiseau à combustion spontanée, je pus enfin lui poser ma question. Dans son encyclopédie mentale, René trouva une entrée. Un espoir naquit. Il avait déjà ouï parler de cette créature. Cependant, il semblait que Lafâme n’avait aucune réalité avérée et relevait plutôt du mythe aux côtés des satyres, sirènes et autres dragons. Pour creuser le sujet, il me donna discrètement l’adresse d’un homme auquel il ne voulait certainement pas être publiquement associé.

Me voilà donc devant la demeure du fameux Conte Illusionniste Chimériste Occultiste et Exorciste (avec supplément 50€ uniquement) : Marabou Tabou Jean Tan Phil. Je me demandais de quelle nationalité il était originaire. Je dus d’abord dissiper les malentendus en expliquant que je ne souhaitais pas exorciser mon disque dur, ni ressusciter les clusters défectueux à distance par la pensée. Je pus ensuite lui exposer le but de ma visite, à savoir : découvrir ce qu’était Lafâme. Après une observation consciencieuse de la rue vide, il me tira à l’intérieur par le col.

Jean prit un air très grave et me demanda si j’étais prêt à aller jusqu’au bout. Devant ma résolution, il me guida jusqu’à sa bibliothèque interdite. Après avoir dépassé une rangée de livres mathématiques de la série X-18, nous atteignîmes le sanctuaire occulte. Là, il me présenta le compendium des chimères que je me mis à compulser avidement à la lueur d’une bougie (pour mettre dans l’ambiance). Jean utilisait du jambon séché en guise de marque-page, une technique bien connue pour ne pas oublier de se sustenter lors des longues séances de lecture. Il me proposa de me servir, je refusai poliment. Je trouvai enfin la page qui m’apporterait les réponses.

Lafâme

Lafâme est une chimère composée pour moitié d’une licorne arc-en-ciel, pour moitié d’une chatte et pour moitié d’une rose. Elle défie les fondements universels en étant composée de trois moitiés. De plus, il s’agit d’une créature appartenant en même temps au règne animal et végétal. Elle se nourrit d’amour, de soleil et d’eau fraîche déminéralisée. Elle fane. Son système digestif s’apparente à une distillerie de parfum. Elle est animée par un comportement erratique fluctuant dans le temps suivant des schémas difficilement décryptables.

Lafâme était l’unique individu de son espèce et donc définissait son espèce entière. Cependant, il y eut un très grave incident perpétré par le Docteur Samuel Bis, un événement qui provoqua ce qu’on appellerait dans les cercles autorisés : Le Grand Clonage. Un vendredi soir, après un pot de départ, Samuel, qui travaillait dans le laboratoire de clonage bovin du Limoursin, eut l’idée de remplacer l’ADN de vache par de l’ADN de Lafâme qu’il avait obtenue par des moyens illégaux. C’était juste pour rire. Oubliant d’éteindre en partant, le laboratoire tourna tout le week-end, produisant des centaines de clones de Lafâme. C’était précisément le 8 mars d’une certaine année.

La situation échappa à tout contrôle, et les spécimens clonés s’égayèrent dans la nature. Il fallut très peu de temps aux opportunistes pour découvrir le potentiel des Lafâmes. Faciles à entretenir et disposant d’un potentiel cognitif suffisamment avancé pour réaliser des tâches modérément complexes, elles représentaient une main d’œuvre idéale. Elles pouvaient même servir de chimères de compagnie pour combler la solitude des hommes. Ainsi de nombreux laboratoires de clonage clandestins prospérèrent.

Devant cette hérésie, le Malsain Ordre de la Lumière Obscure (MOLO) lança un puissant sort d’occultation. Ce sort très technique avait pour but de camoufler aux hommes l’existence des Lafâmes tout en continuant à les exploiter, parce que c’était quand même vachement rentable. Ainsi, aux yeux du commun des mortels, les Lafâmes avaient l’air d’humains bizarres, superficiels et incompréhensibles. Rien d’étonnant, car leur nature était tout autre.

Je refermai le compendium, choqué par cette révélation. Marabou Tabou Jean Tan Phil m’afficha un regard compatissant. Il savait que l’acceptation de la vérité faisait mal. Il connaissait les histoires sombres et les secrets douloureux, sa bibliothèque interdite en était pleine. Je quittai les lieux non sans entendre les dernières recommandations de Jean. Je devais éviter d’ébruiter le secret ou le MOLO viendrait me rendre visite, et je ne voulais certainement pas que MOLO me rendît visite.

Était-ce une mauvaise farce ? Pour en avoir le cœur net, je devais consulter le Docteur James Fouettelarbin. Cet homme avait divisé la communauté scientifique. Certains le prenaient pour un escroc, d’autres pour un visionnaire. Il avait pour ainsi dire créé une nouvelle profession : Larbinologue. En effet, auteur de la fameuse et controversée Encyclopédie du Larbin, le Docteur James fut le premier à s’intéresser à l’étude des larbins. Si quelqu’un savait quelque chose sur des créatures exploitées, ce devait être lui.

Le Docteur me reçut amicalement. Nous nous étions déjà brièvement croisés lors d’un séminaire sur les Pokémons électriques et leurs Méga-évolutions. L’évocation des Lafâmes ne le surprit pas. Il trouvait leur étude fascinante. Aujourd’hui encore, il peinait à les classifier de manière définitive. Assurément, elles faisaient partie de la famille des Larbins Utilitaires, toutefois l’éventail de leurs fonctions rendait un classement plus précis difficile. Il avait donc créé une catégorie spéciale : Larbin à tout faire. Dans cette même catégorie, on pouvait retrouver les méconnus Lutins Mouches Magiques mais Maléfiques (LMMM). Il m’offrit un exemplaire de son encyclopédie afin de m’instruire.

Fort de mes découvertes sur Lafâme, je décidai de prendre le temps de méditer.

Tiens, je viens de découvrir que le 8 mars est également la Journée Internationale des Droits Des Femmes. Y a-t-il le moindre rapport entre ces deux événements ?