Dura lex, sed lex ! Partie 3

Fort Quantique se dressait non loin de New Town. Rares étaient les bastion militaires implantés aussi loin dans les terres sauvages de l’Ouest. Sa construction fut décidée après la découverte des Ruines et la prolifération des flingues illégaux. Ainsi, en plus d’être une caserne, Fort Quantique servait également de chambre forte. Il n’y avait pas d’endroit plus sûr dans toute la région pour y stocker les armes générant des Anomalies et pourtant Vince l’Apothicalypse avait réussi l’exploit d’en dérober quelques unes. Sans doute avait-il bénéficié de l’aide d’un complice. En tout cas, l’un des gardes avait été arrêté et se faisait interroger lorsque le Shérif Newton et Gravity Jane arrivèrent sur place.

Isaac bénéficiait d’une certaine notoriété au fort ayant été le plus ardent purgeur de flingues illégaux. Au moins la moitié des prises lui étaient dues. Aussi, lorsqu’il demanda un entretien avec John Doe, le prisonnier, on lui accorda cette faveur.

— De toute façon, on n’a rien réussi à en tirer à part que Vince se dirigeait vers le Nord, mais ça on le savait déjà. Une unité entière est partie à sa poursuite tant que la piste était chaude. Il n’arrivera jamais à passer la frontière, leur expliqua le Capitaine en charge de l’affaire.

Jane ne doutait pas de la compétence des militaires, par contre, elle doutait de la destination de Vince. Elle l’avait fréquenté assez longtemps pour savoir qu’aller se dorer la pilule dans un autre pays ne faisait certainement pas partie de ses plans. Elle demanda à Newton :

— Je connais Vince, je suis la mieux placée pour discuter de lui avec le prisonnier. Laisse-moi lui parler.

— Très bien, tu feras la conversation mais je t’accompagne quand même pour des questions de protocole.

— J’aurais besoin de Günther aussi.

— Quoi ?

— Wuu ?

— C’est pour m’aider à faire la conversation. Est-ce qu’il est spécifiquement stipulé dans le protocole qu’un coyote n’a pas le droit d’entrer dans une salle d’interrogatoire ?

Le Shérif afficha une fugace incertitude. Il se tourna vers le Capitaine qui haussa nonchalamment les épaules.

— Pas à ma connaissance, du moment qu’un représentant officiel de la loi est présent…

— Alors allons-y !

— Wuu !

Le trio pénétra la salle d’interrogatoire. Le prisonnier, bien loin d’afficher de l’inquiétude, parut plutôt satisfait de recevoir enfin de la visite. Newton s’appuya sur un mur en croisant les bras pendant que Jane s’asseyait en face du garde déchu. Elle le dévisagea un moment, tentant de sonder son âme par le seul pouvoir de ses yeux perçants. Cela sembla beaucoup amuser John Doe qui afficha un large sourire avant d’engager la conversation.

— Laissez-moi deviner : vous allez me faire le coup du gentil Shérif, méchant Shérif ?

— Peut-être… concéda Jane.

— Et maintenant, je dois deviner qui est qui ?

Elle ne répondit pas, préférant observer son petit manège. Cet homme paraissait bien inconséquent au vu de sa situation.

— Je dirais que le bonhomme taciturne contre le mur, c’est le méchant Shérif. Par élimination, ça fait de toi la gentille Shérif, ma mignonne. Dis-moi, comptes-tu m’amadouer avec tes attributs féminins ? Ça pourrait certainement me délier la langue…

— Tu parles beaucoup pour un mec qui a la langue liée, et pour ton information, tu as mal deviné. Mon copain, là, c’est le Shérif neutre. Il est là juste pour s’assurer que tu restes vivant. Moi, je ne suis pas Shérif, mais je suis bien la gentille de l’histoire, ce qui laisse le rôle du méchant à Günther.

— Wuuu ?

John eut un instant d’hésitation.

— Heu… Günther, c’est le chien ?

— Waaa !

— Houlala lala ! Incident diplomatique au premier échange. Je peux t’assurer que tu ne viens pas de te faire un ami. Il dit « Waaa ! » seulement lorsqu’il est profondément outragé. D’habitude il ne fait que des petits « Wuuu » mignons, expliqua Jane pendant que Günther montrait les crocs.

John eut un mouvement instinctif de recul. Fanfaron mais pas téméraire.

— Mais qu’est-ce que j’ai dit ?

— T’entends ça, Günther ? Il ose demander ce qu’il a dit.

— Waaa !

— Tu veux le châtier pour cet affront ?

— Waaa !

— N’est-ce pas un peu extrême ?

— Waaa !

— Laissons-lui peut-être une chance de se rattraper avant de prendre des mesures draconiennes. Surtout qu’avec ce que tu proposes, on pourra difficilement faire machine arrière.

Le regard de John Doe oscillait entre le canidé et Jane. Il ne savait visiblement que penser.

— Wuuu ! Finit par concéder Günther.

— Eh bien, je viens de te sauver la mise ! Tu ne sais pas ce qui t’attendait. Alors, afin de ne pas commettre un nouvel impair irréparable, sache que Günther est un coyote, certainement pas un chien. C’est un sujet sensible pour lui.

— Heu… D’accord, je vais tâcher de m’en souvenir.

Ce disant, il jeta un coup d’œil inquiet à Günther. Comme escompté, Jane avait réussi à le déstabiliser grâce à son petit cinéma. Elle pouvait commencer à le travailler.

— Bon, maintenant qu’on a fait connaissance, il est temps de passer au sujet qui nous intéresse. Est-ce que tu connais Vince l’Apothicalypse ?

— Qui ?

— Tu as très bien entendu.

— Vincent le Cycliste ? Non, connais pas.

— Moi je le connais très bien, laisse moi te raconter ma petite histoire.

— Oh pitié, j’en ai rien à…

— Waaa ! Le rappela à l’ordre Günther.

— Heu… Je t’en prie, je suis tout ouï.

— C’était il y a quelques années, commença Jane, quand les Ruines ont été découvertes par hasard lors d’un minage. Cet événement a déclenché une sorte de fièvre aventureuse et tous ceux qui ne couraient pas après l’or se sont mis à explorer frénétiquement les vestiges révélés. Évidemment, je faisais partie de ces aventuriers en herbe et tout ceci m’excitait terriblement, d’autant plus quand on a commencé à trouver les premiers flingues. Devant le potentiel butin, on s’est rapidement regroupés en bandes. C’est comme ça que j’ai rencontré Vince.

— Ah mais c’est vous !

— Quoi moi ?

— Comment il vous a appelée déjà ? La « sale traîtresse de blonde » ou « sale blonde de traîtresse » ou bien « traîtresse de sale blonde ». Je ne me rappelle plus de la formulation exacte.

— Je peux continuer ou il faut que Günther intervienne ?

— Waaa ! Menaça l’intéressé.

John répondit avec un silence consentant. Il semblait vraiment mal à l’aise face au canidé. Il y aurait sans doute un bénéfice à en tirer.

— Disais-je donc, c’était la grande époque. On passait notre temps à fouiller les Ruines d’une ancienne civilisation inconnue, à ramasser des flingues tous plus cools les uns que les autres et à se friter avec les autres bandes. Bon évidemment, ça ne plaisait pas trop aux représentants de l’ordre…

Ce disant, elle jeta un œil au Shérif Newton. Il ne réagit pas, préférant conserver son visage neutre de meilleur joueur de cartes. Amusant de voir comment le hasard des choses pouvait faire se rencontrer deux personnes…

—  C’est vers la fin que les choses ont dégénéré. On commençait à avoir fait le tour des Ruines, il ne restait plus grand-chose à piller et les militaires nous mettaient de plus en plus la pression. On commençait à songer à se ranger, mais Vince, lui, pensait plutôt à une reconversion. C’est à ce moment que j’ai décidé de le trahir et tu sais pourquoi ?

— Tu l’as vendu au Shérif pour sauver ta tête.

— Ça, c’est la version plus ou moins officielle. La vérité, c’est qu’on avait découvert une arme d’une horreur inimaginable : le Moutardier. Ce flingue balançait des grenades d’un gaz immonde. Au bout de quelques secondes de contact, les corps se couvraient de cloques comme si on leur brûlait la peau. À chaque respiration, la trachée et les poumons devaient subir le même sort et il ne fallait pas longtemps avant de les voir tousser du sang. Le calvaire durait rarement plus d’une minute, mais quand on assistait à l’horreur, cela semblait durer une éternité. J’en fais encore des cauchemars aujourd’hui. Il me suffit de fermer les yeux pour revoir les corps se décomposer dans des suffocations d’une agonie inouïe.

Évoquer ces souvenirs suffit à les faire ressurgir dans la tête de Jane. Un frisson lui parcourut la colonne vertébrale. Elle aurait vraiment aimé oublier ces images. Quelle horreur ! Au moins, elle pouvait se consoler en se disant qu’elle avait empêché le pire.

— Là où j’ai vu de l’horreur, Vince y a vu une opportunité. Il comptait utiliser cette arme pour rançonner des villes. Évidemment, il aurait sans doute fallu faire un ou deux exemples avant d’obtenir des résultats. Quelques grenades bien placées sous le bon vent auraient suffit à balayer toute une population. Après ça, les autres villes auraient certainement obtempéré, jusqu’à tomber sur des récalcitrants… Et après, quelle aurait été l’étape suivante ? Après combien de morts Vince aurait-il eu ce qu’il voulait ? Je pouvais jouer les aventurières et faire des escarmouches avec les autres bandes, mais je n’étais certainement pas prête à être complice d’un massacre à grande échelle. La question qui se pose maintenant, John, c’est : est-ce que toi, tu es prêt à être complice de ce massacre ?

Le garde déchu montra une certaine hésitation. Jane avait visiblement touché quelque chose avec son histoire. Serait-ce suffisant pour le mettre à table ? Pas sûr…

— Une telle arme n’a jamais été répertoriée, fit-il remarquer avec un scepticisme compréhensible.

— C’est parce qu’elle n’a jamais été retrouvée. Elle a été perdue durant l’arrestation de Vince et on n’a jamais pu remettre la main dessus.

— Ben tiens, comme c’est pratique…

Jane ne se laissa pas impressionner par cette contre-attaque.

— Par contre les cadavres des pilleurs qui en ont fait les frais, on les a retrouvés eux.

— C’est consigné dans les archives de Fort Quantique, confirma Newton.

John resta silencieux, visiblement en proie au doute. Il regarda alternativement Jane et Isaac avant de détourner les yeux pour réfléchir nerveusement. Certainement ne souhaitait-il pas être complice d’un atroce massacre, aucune personne sensée ne pouvait vouloir ça. Il ne manquait certainement rien pour le faire craquer.

— Je connais Vince, il est plutôt obsessionnel et fera tout pour atteindre son objectif. Tout ce qu’il a pu te promettre n’a aucune valeur. D’autant plus que tu ne pourras pas profiter de grand-chose dans ta situation. Alors que si tu coopères, tu pourras peut-être obtenir une certaine clémence.

Jane espérait ne pas avoir joué sa carte trop tôt. Si elle perdait en crédibilité, il serait beaucoup plus dur de rattraper le coup derrière. Ils avaient vraiment besoin de savoir ce que manigançait Vince. Dans le pire scénario, il savait où se trouvait le Moutardier et elle ne donnait pas cher des poursuivants s’il se retournait contre eux.

John maintint son mutisme. Sans doute évaluait-il la proposition. Chaque seconde perdue était insupportable, mais Jane ne devait rien laisser paraître. Il se décida finalement à répondre.

— Nan mais de toute façon, ce n’est pas du tout le plan. Et bientôt, tout cela n’aura plus aucune importance…

— Comment ça ? Quel est le plan ? Le pressa Jane.

— Je n’en dirai pas plus.

Il croisa les bras et détourna la tête pour montrer sa fermeture à toute discussion. Bon sang ! Raté ! Elle pensait vraiment le tenir, mais la situation venait de se retourner. Quel était ce fameux plan ? Pourquoi John ne paraissait pas le moins du monde préoccupé par sa situation ?

— Tu en as déjà trop dit, autant nous avouer le reste. Si rien n’a d’importance, ça ne changera rien, tenta Jane.

Elle n’eut droit qu’à un haussement d’épaule en réponse. Elle n’en tirerait visiblement plus rien, il était temps de passer au plan B.

— Tu ne me laisses pas le choix, John. J’ai tout fait pour t’éviter le pire, mais impossible de te faire entendre raison. J’ai échoué avec la méthode gentille, je passe la main et je ne réponds plus de rien.

John décroisa les bras en lançant un regard nerveux à Günther.

— Heu… Qu’est-ce que ça veut dire ?

— À toi de jouer, Günther.

— Wuuu ?

— Les gonades, Günther, les gonades.

— Quoi ? S’exclamèrent en cœur John et Newton.

— Waaa !

Günther se jeta dans l’entrejambe du prisonnier récalcitrant. Ce dernier s’immobilisa après un sursaut et un petit cri aigu. L’absence de mouvement confirmait la prise assurée sur ses parties génitales. Sa teinte virant au livide, John tourna un regard supplicateur vers Newton.

— Shérif, vous ne pouvez pas laisser faire ça !

Visiblement un peu mal à l’aise avec la situation, Newton décida quand même de jouer le jeu. En temps normal, il n’aurait probablement pas laissé passer, mais l’enjeu était trop gros. Ça et le fait qu’il avait un faible pour Jane…

— Moi, on m’a juste dit que je devais te garder en vie… et techniquement, on peut vivre sans gonades.

— Mais…

Günther le rappela à l’ordre d’un petit coup de tête suffisamment ample pour être convaincant sans pour autant le blesser. Menacer l’appareil reproducteur d’un homme restait l’argument le plus convaincant de la terre… Jane n’avait pas voulu en arriver là, mais ses options s’étaient amenuisées et le temps tournait.

— Parle et je te promets que tu repartiras avec ton paquet intact ! On considérera même que c’est de la coopération volontaire pour montrer de l’indulgence dans ta peine. Pas vrai, Shérif ?

— Tout à fait, approuva Newton.

— Franchement, tu pourras pas dire qu’on a pas cherché à être sympas. Tu n’auras pas de meilleur deal pour ta situation.

— Ok, ok, je vais parler… Est-ce qu’il peut me lâcher les boules s’il vous plaît ?

— Seulement si tu es convaincant. Et dépêche toi ! On ne sait jamais quand l’instinct l’emportera sur la discipline.

Jane ne pensait pas qu’il était possible de pâlir d’avantage. John lui prouva le contraire avant d’implorer avec le moins de mouvement possible.

— C’est juste que je vais avoir du mal à… à me… concentrer.

Jane considéra sa requête un instant. C’était assez drôle de le voir dans cette situation, tentant de protéger ses boules de cristal, mais elle voulait avant tout des renseignements. S’il était prêt à parler, autant le mettre à l’aise.

— Günther, lâche-lui la grappe.

— Wuuu ?

— Tu pourras toujours lui bouffer si ce qu’il dit ne nous plaît pas.

— Wuuu !

Devant cette menace latente, John se dépêcha de vider son sac.

— Ok, alors en fait, Vince ne m’a jamais parlé du Moutardier. Tout ce qu’il m’a dit, c’est qu’il avait l’intention de récupérer le Timekiller.

— Le Timekiller ? Ce flingue légendaire qui aurait le pouvoir de tuer le temps ?

— Celui-là même.

— Celui qui est enfermé dans une partie des Ruines que personne n’a jamais réussi à ouvrir, même à coup de dynamite.

— Exact, sauf que Vince a appris comment l’ouvrir.

— Comment ?

— En fait après la fin du pillage des Ruines, les aventuriers ont laissé la place aux archéologues et autres crânes d’œuf. Mais bon, généralement, personne n’en a rien à cirer de leur travail fastidieux et ennuyeux. Sauf que, l’un d’entre eux à réussi à décrypter les inscriptions sur la porte menant à la partie inexplorée des Ruines. Apparemment, on ne pourrait ouvrir la porte qu’à certaines périodes bien précises. Je ne connais pas les détails, ça a quelque chose à voir avec une histoire de synchronisation temporelle.

— Laisse-moi deviner, on est dans une de ces périodes où on peut théoriquement ouvrir la porte.

— Correct.

À ce moment-là, le Shérif décida de s’impliquer.

— Attends une seconde que je résume. Tu as aidé Vince l’Apothicalypse en pariant sur le fait qu’il arriverait effectivement bien à ouvrir cette porte et qu’il trouverait le Timekiller, pour peu qu’il existe vraiment, et qu’il arriverait à s’en servir pour retourner dans le passé et qu’il serait assez honnête pour te récompenser à ce moment-là alors que, de toute façon, tu n’aurais aucune idée qu’il te devrait quelque chose. C’est ça ou je me trompe ?

— C’est vrai que présenté de la sorte, ça a l’air un peu bête. La manière dont j’avais vu les choses, c’était que tout ceci n’aurait jamais eu lieu et que j’aurais eu plein de pognon dans le passé sans avoir à prendre aucun risque.

Jane et Newton le regardèrent avec un mélange de pitié condescendante et d’incrédulité face à son immense stupidité. D’ailleurs, il dût lui même en arriver à la même conclusion.

— Putain, mais je suis vraiment trop con en fait.

— On ne te le fait pas dire. Même si je pense que la race humaine bénéficierait de la suppression de ton génome, tu as été assez coopératif pour que j’empêche Günther de bouffer les bijoux de famille.

— Wuuu ! Fit part de son désappointement Günther.

— Ne sois pas déçu, je suis sûre que tu aurais fait une intoxication alimentaire avec ce truc.

— Wuuu ?

— Tu sais bien qu’il ne faut pas manger n’importe quoi.

— Hey ! Protesta faiblement John.

— Je ne voudrais pas nous presser, mais je pense que nous n’avons pas de temps à perdre au cas où la moitié de ce qu’il aurait pu dire s’avérerait vrai, signala Newton.

— C’est vrai, allons-y, approuva Jane en joignant le geste à la parole.

Avant toute chose, Jane et Isaac rapportèrent en détail ce qu’ils avaient appris au Capitaine en charge de l’affaire. La décision de suivre cette piste s’imposait implicitement, mais s’ils pouvaient avoir quelques renforts pour les accompagner, cela aurait été des plus appréciables. Après avoir tout écouté, le Capitaine fit part d’un certain scepticisme :

— Vous y croyez-vous ?

— À quoi en particulier ? Demanda Jane.

— Ce plan…

— Mettre les militaires sur une fausse piste pendant qu’il retourne explorer les Ruines à la recherche d’un flingue légendaire ? Ouais, ça ressemble beaucoup à Vince. Les Ruines, c’est un peu sa maison, il les connaît par cœur. S’il veut se cacher là-bas, personne ne le trouvera. À part quelqu’un qui connaît l’endroit aussi bien que lui.

— Quelqu’un comme vous.

— Quelqu’un comme moi.

Le Capitaine prit un instant pour analyser les informations avant de reprendre.

— Et ce flingue, ce Timekiller, vous pensez qu’il existe vraiment ?

— La vraie question, c’est : est-ce que Vince croit qu’il existe ? La partie inexplorée des Ruines est réelle, j’ai vu ses portes. Quant à ce qui se trouve derrière, il y a eu toutes les rumeurs possibles et imaginables. En tout cas, je sais exactement à quel moment reviendrait Vince s’il pouvait mettre la main sur ce fameux Timekiller. Rien que l’idée doit le pousser à essayer.

La Capitaine prit en compte ces nouvelles informations tentant probablement d’évaluer la réponse à y donner.

— Et vous, Shérif Newton, qu’en pensez-vous ?

— Je suis d’accord avec Jane. Elle est la mieux placée pour savoir comment pense Vince et son raisonnement me paraît pertinent, répondit l’intéressé.

— Très bien. De toute façon, j’ai comme le sentiment que vous alliez poursuivre cette piste quoi qu’il arrive. Je vais demander à quelques hommes de vous accompagner. On s’est déjà fait voler des flingues, ce n’est pas le moment d’être négligent en ignorant des renseignements.

— Merci, Capitaine.

— Merci à vous, c’est vous qui avez obtenu ces aveux. Autre chose, Shérif, vous avez reçu un télégramme de la part de votre Adjoint. Passez le chercher au Bureau des Communications puis rejoignez-moi dans la cour.

— Très bien, Capitaine.

Le trio éclectique se rendit donc au Bureau des Communications où on leur remit le message suivant :

Inspection maison Jane. Vince mort. Maison détruite.

Le Shérif dicta une réponse pour son subordonné :

Pars chasser fugitif. Bureau à toi.

Avant de rejoindre la cour et le Capitaine, Jane, Isaac et Günther discutèrent des implications du message reçu, du moins surtout Jane et Issac.

— C’était donc bien Vince qui nous avait attaqué chez toi. Cela signifie que le Timekiller a toutes les chances d’exister et qu’il a déjà dû s’en servir, analysa le Shérif avec un frisson d’horreur dans la voix.

— Ça a l’air de te mettre dans tous tes états.

— Quelqu’un a tué le temps, tout a été effacé comme si rien n’avait existé ! C’est une abomination ! Je me demande plutôt pourquoi ça ne te met pas dans le même état que moi.

— Heu… Sans doute parce que je suis moins sensible que toi sur le sujet des Anomalies.

— Mouais, c’est pas faux.

— Par contre, je ne comprends pas pourquoi il n’est pas remonté plus loin dans le temps. Pourquoi n’est-il pas revenu juste avant ma trahison pour me tuer et utiliser le Moutardier comme il comptait le faire à l’origine.

— Peut-être que c’était son plan mais que quelque chose a mal tourné. Peut-être qu’il ne sait pas bien se servir du Timekiller. Peut-être qu’il y a autre chose dont nous n’avons pas conscience. En tout cas, il a quand même essayé de te tuer.

— Ouais, sa haine viscérale de moi semble être une constante. Ce mec sera mort pour son obsession. D’ailleurs, quand on y réfléchit. A-t-on vraiment besoin de partir à sa poursuite vu qu’il finira mort chez moi.

— Ton raisonnement est erroné. Premièrement, peut-être que Vince n’est pas revenu à la bonne époque à cause de nous. Qui sait ce que nous avons pu faire pour perturber ses plans. Si nous n’agissons pas, peut-être qu’il réussira son coup. Deuxièmement, tout ceci ne serait pas un vrai problème s’il s’agissait d’un simple voyage dans le temps. Hop, il partirait dans le passé, créerait sa nouvelle ligne temporelle pendant que nous continuerions notre petite vie tranquille sur notre propre ligne temporelle. Ce serait abominable mais encore tolérable.

— Je ne suis pas sûr de tout suivre mais continue.

— Là, ce que Vince va faire, c’est tuer le temps. Il va effacer notre ligne temporelle pour ne laisser que la nouvelle. Tout ce qui s’est passé entre le moment où il va utiliser le Timekiller et le moment où il va retourner dans le passé n’aura jamais existé. La conversation que nous sommes en train d’avoir n’aura jamais existé.

— Je ne suis pas sûr de comprendre, mais ça n’a pas l’air cool.

— Tout ce qu’il y a a comprendre, c’est que personne ne doit jamais utiliser le Timekiller !

— Ok.

Après un instant de réflexion, Jane ajouta :

— Mais si Vince a déjà utilisé le Timekiller, c’est que nous avons échoué à l’en empêcher. Pourquoi est-ce que nous y arriverions cette fois-ci ?

— Nos actions ne sont pas prédéterminées, nous ne sommes pas bloqués dans une boucle temporelle. Qui sait de quelle manière ça a été initié ? Par exemple, au tout début, Vince n’a pas pu visiter ta maison vu qu’il n’avait pas encore effacé le temps pour la première fois. Donc tout a dû se passer différemment et subséquemment pour tous les retours arrières suivants s’il y en a eu. Si ça se trouve, nous ne sommes qu’à son deuxième essai. Tout ça pour dire que rien n’est écrit et tout va dépendre de nos actions. Nous devons juste faire de notre mieux.

— En fait, ce que tu veux me dire, c’est qu’il faut arrêter de se poser des question et agir.

— C’est ça.

— Tu sais, ça me convient à moi, je suis une femme d’action je te rappelle. Mais j’ai quand même une dernière question à te poser : comment est-ce que tu sais comment fonctionne le temps et tout ce merdier.

Newton ouvrit la bouche pour répondre, mais rien ne sortit. Après un peu de réflexion et d’hésitation, il répondit simplement :

— Je le sais, c’est tout.

— Ok…

La discussion étant close, ils se dirigèrent vers la cour pour rejoindre le Capitaine et les hommes qu’il avait dû rassembler.

— Au fait, désolé pour ta maison, glissa le Shérif en marchant.

— Pas grave, de toute façon, je ne l’ai jamais aimée. Vivre dans cette maison, c’était un peu comme vivre dans un cercueil. Il n’y a que l’aventure qui me fait sentir vivante.

— Je me demande quand même comment Vince est mort. Tu avais piégé ta baraque avec des explosif ou quoi ? Plaisanta-t-il.

— Nan, mais maintenant que tu le dis, je ne sais pas comment je n’en ai pas eu l’idée avant.

Newton secoua la tête d’incrédulité en laissant échapper un petit rire signifiant qu’il n’en croyait pas ses oreilles. Jane sourit également, elle savait qu’il aimait ce côté un peu fou d’elle. Les opposés s’attirent parfois… Pour poursuivre sur la taquinerie, Jane reprit :

— Je croyais qu’il fallait arrêter de se poser des questions. De toute façon, si le Timekiller est à nouveau utilisé, rien de tout cela ne sera arrivé, donc on s’en fout, non ?

— Tu as raison, chaque chose en son temps. Je m’en soucierai après avoir empêché Vince d’utiliser le Timekiller.

Dix minutes plus tard, Gravity Jane, Günther, Issac Newton et cinq soldats sortirent de Fort Quantique en direction des Ruines à l’Ouest. Vince l’Apothicalypse ayant fait un détour par le Nord pour brouiller les pistes, ils arriveraient sans doute à le rattraper. Avec de la chance, ils pourraient même le devancer !

Malgré tout, Jane ressentait une certaine angoisse, son cerveau n’ayant pu s’empêcher d’évaluer certains risques. S’ils échouaient totalement et que Vince effaçait le temps, il pourrait très bien retourner à l’époque de sa trahison. Connaissant le personnage, il voudrait exercer une vengeance particulièrement sanglante. Sans doute utiliserait-il le Moutardier sur elle puisque tout était venu de là, cela paraissait logique.

Cette arme était une abomination. Autant toutes ces histoires temporelles étaient bien trop abstraites pour lui faire ressentir des émotions, autant l’idée de mourir étouffée en se décomposant dans ce gaz l’effrayait au plus au point. Les effets de cette arme étaient bien trop réels, elle en avait été la première témoin. Elle devait arrêter Vince pour se sauver elle-même dans le passé !

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