Kim Bonheur consulte

Kim Bonheur Psychothérapeute. Elle s’en doutait qu’elle croiserait des gens bizarres quand elle a installé son cabinet. Après tout, c’était son métier de les aider. Mais tout de même, parfois la lassitude l’emportait. Elle fit entrer le patient suivant.

La plupart du temps, ils avaient l’air normaux, pour autant que la normalité eût un sens. Disons que d’apparence, on pouvait les confondre avec le commun des mortels. Mais quand ils commençaient à parler…

 Bonjour Monsieur Charles Lesceptible, prenez place je vous en prie. Dites-moi ce que je peux faire pour vous.

 Bonjour Doctoresse. Je J’ai le sentiment d’être méchant.

 (Allons bon, à quoi a-t-on le droit aujourd’hui ?) Qu’est-ce qui vous fait croire cela ?

 J’ai provoqué le décès prématuré du précédent Docteur parce qu’il m’avait annoncé que je n’étais pas méchant. Pensez-vous que je suis méchant ?

 (Mon métier est risqué parfois Au moins, je suis avertie : procéder avec prudence.) C’est à vous de répondre à cette question Charles. Je peux vous aider à trouver la réponse en vous-même. Dites m’en plus

 Hé bien, j’éprouve une extrême insatisfaction quand on me répond avec une proposition négative. Ça me rend bougon. Et quand je suis bougon, je dois provoquer de la douleur chez autrui afin de me soulager. Parfois, le soulagement s’avère létal pour la tierce personne. Je crois que ce résultat n’est pas souhaitable.

 (Un fou furieux, quelle chance ! J’ai toujours eu le désir morbide de subir une mort violente.) Continuez. Y a-t-il d’autres choses qui vous poussent à blesser autrui ?

 Je pense souffrir d’hyper-empathie. Je ressens une immense souffrance quand un individu pleure. Il s’agit d’un supplice insurmontable. Je n’ai pas trouvé d’autre méthode que de faire disparaître la source des pleurs, souvent de manière définitive. Une fois, j’ai expérimenté la simple ablation des glandes lacrymales. Ce fut un échec déplaisant. L’absence de larmes n’a pas supprimé la souffrance provoquée par les pleurs.

 (Hyper-empathie sélective Il est sensible à tout, sauf la souffrance qu’il provoque.) Tous les pleurs provoquent-ils cette réaction ? Même les pleurs des bébés, par exemple ?

 Les bébés sont les pires. Je sens mon cœur défaillir si je ne leur assène pas une commotion cérébrale fulgurante. Cela m’a valu des problèmes. Les témoins ont tendance à montrer une hostilité déraisonnable à mon égard. Je les soupçonne tous d’hypo-empathie. Ils sont dans l’incapacité physique et mentale de ressentir ma souffrance ou celle du bébé. Vous vous rendez compte ? Les parents sont complètement insensibilisés à la souffrance de leur progéniture, et c’est moi que l’on qualifie de méchant. Cela me rend grognon. Et quand je suis grognon, je provoque blessures et décès prématurés.

 (Grognon égal augmentation du taux de mortalité de l’entourage immédiat.) Vous pensez être méchant parce qu’on vous qualifie de méchant ?

 Je ne sais pas. Je me qualifie comme quelqu’un de raisonnable et ouvert à la critique, tant que celle-ci n’est pas négative. En conséquence de quoi, je me remets en question. Vous pensez que je devrais rejeter massivement leurs insinuations ?

 (Merveilleux, il avait émit l’idée tout seul.) C’est une option. Vous pouvez essayer de vous concentrer sur ce que vous pensez de vous-même plutôt que ce que les autres pensent de vous.

 C’est une excellente idée Doctoresse ! Je ne sais pas comment vous remercier de votre aide.

 (Rester en vie me comble déjà pleinement.) C’est mon métier de vous aider. Je vous laisse donc creuser cette idée et nous nous revoyons à la prochaine séance.

 Vous êtes bien meilleure Doctoresse que le précédent. Je ne me suis senti grognon à aucun moment. À bientôt !

 (Si ce bientôt pouvait être un jamais) Au revoir.

Note : penser à vérifier que demander des honoraires ne le rend pas grognon.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *