La Caverne d’Alibasteuf, partie 4

Précédemment, dans la Caverne d’Alibasteuf : plaquée au fond du Carrosse Pastèque Vert et Oblong, Sonya, la Princesse à la Tignasse Lacérante, expérimentait contre son gré les sensations d’accélération d’une Lionne Particulièrement Athlétique chassant l’antilope. Elle attendit que la vitesse de défilement du décor devînt suffisamment déraisonnable pour pouvoir en faire abstraction. À ce moment, un Petit Sentiment Inquisiteur s’alluma dans sa tête. Quelque chose n’allait pas, mais quoi donc ? Son impression de déjà vécu martelait avec insistance qu’il manquait un élément capital.

L’accélération s’étant réduite à néant, Sonya s’autorisa à se lever pour passer la tête à travers le toit ouvrant. De là, elle interrogea Jack, l’Épouvantail Chauffeur au Crâne Cucurbitacé.

— Il n’est pas censé y avoir de la musique ?

— La radiocassette est pétée, mais ma bougie me dit qu’on ne va pas tarder à vibrer du melon.

— Comment ça ?

— Écoute !

La princesse tendit l’oreille. Elle n’entendit rien, du moins, rien de plus que les bruits d’un carrosse de course filant plus vite qu’un Acinonyx Jubatus sous Anabolisant. Elle décida donc de tendre également sa deuxième oreille. Oui ! Elle percevait les vibrations maintenant. Elles s’amplifiaient, se rapprochaient.

— Qu’est-ce que c’est ?

— C’est le son de l’apocalypse ! Le héraut de la mort routière ! L’Aubergine Sonore du Métal Super-Lourd !

Sonya jeta un coup d’œil vers l’arrière pour découvrir le monstrueux poursuivant qui les avait pris en chasse. Il s’agissait d’une énorme voiture aubergine menaçant de les écraser s’ils osaient ralentir. Plus horrible encore : à l’avant du véhicule se juchait la Spectaculaire Araignée Marionnettiste. Avec quatre de ses pattes, elle manipulait un assemblage de filins au bout duquel se balançait un troubadour. Sur son Luth Électrique Hyper-Saturé, il grattait frénétiquement les accords les plus gras de la création pendant que le corps de l’aubergine pulsait au rythme de percussions à fendre la pierre.

Passé l’effet de surprise, la princesse se surprit à apprécier le gros son. Instinctivement, elle se mit à donner des coups de tête en rythme avec les pulsations de l’aubergine, sa tignasse lacérant chaotiquement l’air. Son enthousiasme se refréna lorsque son nez percuta le toit.

— Ça envoie grave hein !

Sonya se retourna vers le chauffeur en tentant d’étancher son saignement nasal. La forêt laissa place à une large plaine au bout de laquelle se trouvait l’Enchanteur Château Chatoyant du Prince Charmant. Pour insister sur la féerie de la vision, un arc-en-ciel de poussière étoilée se déploya pour auréoler la structure. Le bal avait déjà commencé…

— Accélère, Jack ! Je suis déjà en retard !

— T’en fais pas princesse ! Tu vas bientôt t’en tamponner l’osselet du bal !

— Comment ça ?

— L’aubergine a lancé le Signal de Ralliement de la Horde Jardinière. On ne pourra jamais leur échapper dans cette plaine !

La princesse regarda derrière. De l’orée de la forêt jaillirent une nuée de véhicules fruitiers et légumiers remplissant l’air de leurs vrombissements menaçants. Plus rapides et agiles que les autres, les fruits rouges fondaient déjà sur le carrosse pastèque. Jack lui hurla dessus.

— Reste pas plantée comme une feuille de chou ! Va chercher la Sarbacane à Pépins Explosifs dans la malle sous le siège !

Sonya rentra dans l’habitacle. Soulevant le siège, elle découvrit un coffre remplit d’armes exotiques difficilement identifiables. Pas le temps de les examiner en détail ! Elle attrapa la sarbacane et ressortit la tête par le toit. Une Fraise Mobile se trouvait déjà à leur hauteur. Le Copilote Jardinier s’arma d’une fourche qu’il lança tel un javelot. Le projectile manqua de peu la tête de la princesse. Pour riposter, elle prit une pleine bouchée de pastèque avant de souffler dans la sarbacane. Les pépins explosèrent sur le flanc de la fraise, l’envoyant valser dans les airs pour s’écraser en compote un peu plus loin.

— Bien envoyé poupée! Mais c’est que le début, attention à gauche !

La Princesse à la Tignasse Lacérante poursuivit le combat, alternant l’ingestion de pastèque et les crachats de pépins. Sous ses tirs, la Framboise Fulgurante finit en sorbet, la Myrtille Véloce en confiture et le Cassis Foudroyant en sirop. Quelques fourches s’étaient plantées dans le flanc du carrosse n’occasionnant aucun dégât réel. Ainsi, Sonya s’autorisa-t-elle à pousser une Exclamation Victorieuse Infantile avant de jeter un œil à ce qui arrivait ensuite.

— Heu… Jack ? Je crois qu’il va me falloir un plus gros calibre.

— Il doit y avoir un Banazooka dans la malle !

Le temps de descendre, de fouiller le coffre, de s’emparer de l’arme et de remonter, deux autres véhicules arrivaient déjà à hauteur du carrosse. Épaulant le Banazooka, Sonya visa le Navet Bourdonnant et tenta de tirer dessus. Aucun projectile ne fusa. En fait, elle n’avait aucune idée de comment utiliser cette arme qui ressemblait juste à une banane géante !

— Il faut d’abord l’éplucher !

— Quoi, mais tu crois que j’ai le temps ?

— T’as intérêt à te magner, Courgette d’Abordage en approche à tribord !

— Et merde !

La Princesse à la Tignasse Lacérante s’empressa d’armer le Banazooka. Pendant ce temps, un jardinier furieux avait sauté du Navet Bourdonnant et tentait d’escalader le carrosse en utilisant les fourches plantées dans le flanc. Pas facile d’éplucher une banane géante ! De l’autre côté, des assaillants lançaient des lianes à grappin pour accrocher les deux véhicules ensembles. La situation devenait critique !

Sonya finit de peler son fruit au moment où la tête du jardinier furieux surgissait à sa hauteur. Trop tard pour tirer, mais pas trop tard pour frapper.

— Tiens ! Mange !

La bouche du jardinier s’ouvrit de surprise juste avant que le bout épluché de la banane ne s’écrasât sur son visage. Ce coup le fit retomber sur le navet et l’impact déclencha une explosion réduisant le véhicule en soupe. Derrière Sonya, des voix s’élevèrent en cœur.

— Témoin !

Elle se retourna avec un Visage Incrédule de Perplexité Complète, se demandant bien ce que pouvait signifier cette exclamation. Cette latence mentale laissa le temps à des gros bras de la saisir et de la tirer hors de l’habitacle. Par réflexe, elle envoya un coup dans les parties génitales. Par chance, il s’agissait d’un homme. Il lâcha immédiatement prise pour se recroqueviller, ce qui ouvrit l’opportunité pour une Pichenette Réglementaire. Ainsi chuta-t-il entre les deux véhicules vers une mort certaine.

Pas le temps de souffler, deux jardinières abordèrent le carrosse pour l’encercler. L’une portait un Sabre Poireau et l’autre un Poignard Carotte. Sonya se jeta sur celle au poireau. Elle fut assez rapide pour attraper le bras avant qu’il n’assénât un coup de taille. Ne lâchant pas prise, elle pivota pour faire face à l’autre assaillante qu’elle repoussa d’un violent coup de pied. La Jardinière au Poignard Carotte fut éjectée du carrosse et finit sa vie sous les roues de l’Aubergine Sonore du Métal Super-Lourd.

— Témoin !

Ne se laissant pas distraire cette fois-ci, Sonya profita du témoignage de la Jardinière au Sabre Poireau pour s’emparer de son arme et l’envoyer rejoindre son amie. Puis elle se demanda quelle mouche les avait piqués pour qu’ils hurlent “Témoin !” à chaque fois qu’ils assistaient à la mort de quelqu’un. Elle conclut à une probable folie, puis rangea cette interrogation au fond de son esprit avant d’aller trancher les lianes grappins.

Profitant du répit, elle jeta un œil à l’Enchanteur Château Chatoyant du Prince Charmant. Ils étaient presque arrivés !

— Pas si vite ! Tu ne crois tout de même pas t’en sortir comme ça ?

Sonya se retourna pour découvrir qui avait osé aborder son carrosse.

— Tu ne ressembles pas à une Jardinière, qui es-tu ?

— Je suis Cendrelion, la Princesse-aux-Pieds-si-Spéciaux-que-Personne-ne-peut-Porter-ses-Souliers.

— C’est vachement long comme titre… Et tu veux quoi ?

— La Fée Latrice était ma marraine, et tu l’as vaporisée. Je viens pour la venger !

— Tu es triste parce qu’elle ne pourra plus te donner de coup de main ?

— Son doigté féerique ne sera jamais remplacé !

— Tu sais, tu peux aussi le faire avec ta propre main. On n’est jamais mieux servie que par soi-même…

— Hein ? Mais de quoi tu parles ?

— Heu… Je crois que je me suis égarée. Si on combattait plutôt ?

— Avec plaisir !

Cendrelion attrapa sa Robe Argentée Scintillante à deux mains et la déchira virilement pour laisser apparaître une Armure Citrouille Renforcée. Puis elle s’arma de deux Serpes Dorées Druidique Garanties Dix Ans.

— C’est l’heure de la récolte !

Sans plus de cérémonie, elle entama les hostilités avec un simple mais colérique Fauchage de Blé Mûr. Sonya esquiva aisément pour contre-attaquer avec un Touillage de Potage Énergique. Ce faisant, elle désarma son adversaire d’une de ses Serpes, ce qui lui valut un Regard Féroce de Rage Ardente.

À ce moment, l’Aubergine Sonore du Métal Super-Lourd augmenta l’intensité rythmique pour accompagner l’agressivité redoublée de Cendrelion. Cette dernière porta sèchement un Éminçage de Légumes sans Planche de Découpe, ce qui provoqua une perplexité totale lorsque Sonya observa son sabre tomber en rondelles. Il ne manquait qu’une raillerie en guise d’assaisonnement.

— Que se passe-t-il, Princesse ? Tu n’as plus de jus dans le poireau ?

Ce disant, l’effrontée se mit à jongler avec sa serpe restante, la faisant passer d’une main à l’autre tandis qu’elle approchait avec une Allure de Vipère Prédatrice. Ainsi désarmée, Sonya se trouvait dans une posture fâcheuse. Il lui fallait une idée !

— Tiens, attrape !

Cendrelion réceptionna expertement la poignée du Sabre Poireau.

— Joli réflexe ! Dommage d’avoir perdu ta serpe pour attraper ça.

Réalisant s’être fait avoir, la Princesse Citrouille succomba à sa rage latente pour se jeter tous ongles dehors sur Sonya. Le combat tourna rapidement à la foire d’empoigne. Des mains cherchèrent des gorges à étrangler ou des cheveux à tirer. Des genoux percutèrent des gonades qui n’existaient pas. Tout ceci en tentant de ne pas tomber du carrosse, bien évidement.

— Heu… Poupée, je crois qu’y a un gros pépin. Et c’est pas un pépin de pastèque !

— J’suis un peu occupée là !

— Tu fais comme tu veux, princesse, mais un Japaleño Kamikaze nous fonce droit dessus et je n’ai pas l’intention de rester pour le feu d’artifice !

Ce disant, Jack, l’Épouvantail Chauffeur au Crâne Cucurbitacé, déploya un Parapente en Feuilles de Bananier avant de s’envoler dans le ciel. Abandonnées à leur sort devant un danger imminent, les princesses se serrèrent mutuellement, les mâchoires crispées, attendant l’explosion inévitable.

— Soyez témoins !

Ce furent les dernières maudites paroles que Sonya entendit avant l’impact. Quand ses neurones se reconnectèrent, elle volait dans les airs, sans doute propulsée par l’explosion. Instinctivement, elle se saisit du corps de Cendrelion pour le chausser comme une Planche à Neige. Puis elle s’engagea dans une figure acrobatique osée. Elle n’avait pas vraiment le choix, si elle voulait gagner !

Après un Double Frontflip 1080° Tail Grab, elle se réceptionna parfaitement sur la pente du pont levis en train de se relever et finit sa course au milieu de la cour de l’Enchanteur Château Chatoyant du Prince Charmant. Sonya salua la foule en délire agglutinée sur les escaliers en gradins pendant que le jury brandissait des pancartes annonçant des scores parfaits.

À ce moment-là, au milieu de cette folle effervescence, il apparut, avançant vers elle avec son sourire de cristal et ses cheveux de cascade dorée. Les sons s’atténuèrent et la vue se flouta pour ne laisser qu’un seul visage net et parfait. Plus il approchait, plus le cœur de Sonya tambourinait, et quand il s’arrêta face à elle, les battements firent de même.

La Princesse à la Tignasse Lacérante s’inclina pour recevoir la médaille de diamant. Ensuite, le Prince Charmant l’embrassa sur la joue gauche, puis la droite. Leurs yeux se croisèrent, et elle se noya dans la mer d’émeraude de son regard. Elle approcha lentement ses lèvres des siennes, exhalant de désir. Le temps semblait suspendu dans une éternité.

Tout était parfait, comme dans un rêve ! Mais… Une seconde… C’était un rêve ! Et comme le voulait l’Impitoyable Loi de la Lubricité Onirique, on se réveillait toujours quand on arrivait au meilleur moment. Dépitée, Sonya laissa son esprit remonter comme une bulle vers la surface cruelle de la conscience.

Elle ouvrit les yeux. Elle se trouvait debout au milieu de la Caverne Principale. Autour d’elle, il n’y avait qu’un désordre immense. On aurait dit qu’une ruée de Rhinocéros Particulièrement Soupe au Lait avait piétiné l’endroit. La voix guillerette de Perce-Cœur tinta à ses oreilles.

— Ah, vous êtes réveillée, j’en suis ravie !

— J’ai fait un rêve des plus étranges et des plus mouvementés.

— Ce n’est pas vraiment étonnant. Il y a eu beaucoup d’action dans la réalité. Votre imagination a dû intégrer cela dans vos songes.

— Comment ça ? Que s’est-il passé dans la réalité ?

— Quand vous avez sombré dans l’inconscience, j’ai pris le contrôle de votre corps pour combattre les voleurs.

L’esprit encore un peu embourbé, Sonya observa à nouveau la dévastation autour d’elle avec une pointe d’incrédulité.

— Et comment en est-on arrivé à tout détruire ?

— C’est ce qui arrive quand tout le monde se jette dans la mêlée en utilisant n’importe quel artefact lui tombant sous la main. Je pourrais vous raconter tout en détail, mais je suis sûr que votre imagination a déjà fait un travail satisfaisant.

— Mouais… Combien de Vilains Voleurs Volages sont morts ?

Treize.

— C’est tout ? J’aurais imaginé plus. Ça veut dire qu’il en reste vingt-quatre. Où sont les autres ?

— Les plus intelligents ont opté pour un repli. Ils ont compris qu’ils n’étaient pas de taille.

La voix de Roger crépita dans le casque.

— Allô ? C’est vous ? Vous êtes en vie ?

— Ben oui c’est moi ! Qui voulez-vous que ce soit ?

— Je ne sais pas, vous pourriez très bien être un voleur en train d’utiliser le Copieur Vocal de Fourbie l’Arnaqueur.

— Roger… Si t’étais devant moi, je te collerais une baffe.

— D’accord, c’est vous. Écoutez ! La situation est grave ! Vous vous rappelez de l’Artefact Omniscient de Narration Pédante ?

— Oui.

— Pour rire, je vous avais dit qu’il narrait à Scion.

— Oui, d’ailleurs c’était une très mauvaise blague.

— En fait, il s’avère que ce n’était pas une blague du tout. Il narre vraiment à Scion.

— Ah ? Et qui est Scion ?

— C’est le Roi des Vilains Voleurs Volages.

— Hum… Ça me semble fâcheux. Est-ce que ça veut dire qu’il sait tout ce qu’on fait depuis le début ?

— Oui.

— Je me sens un peu violée dans mon intimité.

— Votre intimité n’est pas le plus grave.

— Viens me le répéter en face.

— Le plus grave, c’est que Scion est parti s’équiper dans la Chambre du Gros Bill et que je n’ai toujours pas réussi à ouvrir le Passage Secret de Secours Réglementaire.

— Ah oui… Effectivement, c’est plutôt grave. Et… Est-ce que par hasard, tu saurais de quoi il s’est équipé ?

— Pas vraiment non, mais il n’y a que des objets pétés là-dedans. Quoi qu’il ait pris, il vaudrait mieux éviter la confrontation.

— Une option sûrement sage et prudente. Malheureusement, je pense que ce choix n’est plus disponible.

— Comment ça ?

— Scion est devant moi, et je crois qu’il n’est pas là pour discuter origami.

— Non, ne le combattez surtout pas. Il faut…

— On se reparle plus tard !

Le Roi et l’Aventurière se retrouvaient enfin face à face. Mais le Roi n’était pas venu seul. Ses Fidèles Lieutenants Lèche-Bottes l’accompagnaient et ils s’étaient probablement aussi bien équipés que leur leader. Malgré sa témérité naturelle, Sonya devait admettre que ses chances de gagner s’en trouvaient considérablement amenuisées.

— Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante, je suis enchanté de vous rencontrer. J’ai beaucoup entendu parler de vous dernièrement.

— J’ai cru comprendre qu’une babiole te racontait toute mon histoire. C’est plutôt gênant, tu ne saurais pas comment arrêter cela par hasard.

— Bien sûr que si ! La solution est extrêmement simple ! Il suffit de terminer votre histoire, en vous tuant.

— Ah… C’est-à-dire que j’avais d’autres projets en fait…

— Ne me remerciez pas, ça me fait plaisir de vous aider. À ce sujet, je voudrais vous présenter quelqu’un que vous connaissez je crois.

D’un mouvement aussi calme que son ton de conversation, il dégaina l’arme attachée dans son dos. Sonya découvrit avec effroi et une pointe de colère qu’il s’agissait du Gros Marteau Phallique de la Virilité Suprême. Pour ajouter à l’horreur de cette vision, la puissante voix de Caverne Métallique Injectée de Testostérones se permit de la railler.

— Comme on se retrouve, grognasse ! Finalement, j’ai trouvé quelqu’un pour me porter. Et tu sais quoi ? Je lui ai demandé de ne pas me nettoyer afin d’avoir le plaisir de m’essuyer sur ta tronche !

Sonya sortit immédiatement de ses gonds. Le plus grand talent de ce marteau était sa capacité à l’énerver dès la première phrase.

— Espèce de raclure immonde ! On devrait te refondre en cuvette de chiotte !

— Je vais te remettre à ta place, chienne ! Un bon coup de pied et tu vas rentrer à la niche !

— C’est l’expression de ta frustration que j’entends ? Tu te sens obligé de compenser ton impuissance en frappant des femmes ?

— Je suis le Gros Marteau Phallique de la Virilité Suprême et je suis puissant ! Si je tape sur les femmes, c’est parce qu’elles ne comprennent que la violence pour rester à leur place !

Le Roi réagit face à l’arme désobligeante.

— Whoa ! C’était pas très gentleman tout ça ! C’est si dur que ça d’avoir un peu de classe ?

— Qu’est-ce que tu parles d’être gentleman ? Tu veux la tuer ! Quelle classe y a-t-il là-dedans ?

— Le différend qui m’oppose à Sonya est purement professionnel. Ma motivation pour la tuer n’est absolument pas liée au sexisme !

— Hé ben moi, c’est personnel et c’est sexiste ! Maintenant, on peut y aller ?

Scion s’adressa à Sonya sur un ton d’excuse.

— Je suis réellement navré pour cet échange regrettable. Avant de mourir, je tiens à ce que vous sachiez que je me dissocie totalement des idéaux nauséabonds de cette arme.

— Si ça peut apaiser ta conscience… Par ailleurs, il va falloir réussir à me tuer aussi !

— Oh ça ? Il s’agit d’une simple formalité. Nous avons mis la main sur quelques artefacts très intéressants. Par exemple, Miss Lolita “Sourire d’Acier”, ici présente, a débusqué le Magnetron Déshabilleur du Voyeur Coquin. Il permet, lorsqu’on l’active, de retirer tous les objets magnétiques sur une personne.

La lieutenant n’attendit pas pour faire la démonstration. D’une manière étonnamment douce, Sonya fut dépossédée de tout équipement ayant le moindre morceau de métal magnétisé. En fait, il ne resta sur elle pas grand-chose de plus que la Barge et la Méga-Couche. Elle ne sut pas vraiment comment réagir, ni même quoi penser, face à cette tournure d’événement inattendue.

— Quant à Sir Galipa “le Vicelard”, il a mis la main sur le Gantelet Télékinétique du Peloteur Frustré. Et il a promis de l’utiliser de manière tout à fait décente !

Lolita “Sourire d’Acier” porta un regard en coin.

— C’est ça, ouais ! Après que je lui aie bouffé la moitié de l’oreille pour avoir essayé de me toucher les fesses à distance.

Galipa “le Vicelard” répondit par un coup d’œil mi-rancunier mi-apeuré, avant de brandir la main vers l’Aventurière à la Tignasse Lacérante. Une force invisible la souleva pour l’immobiliser à quelques centimètres du sol. Impossible de se débattre ! Sonya crut discerner un sentiment inhabituel, voire complètement inconnu. Était-ce… de la crainte ? Elle était prise au piège, elle se sentait impuissante et elle avait peur de mourir sous les coups d’un marteau odieux.

Non ! Elle ne voulait pas mourir, pas maintenant, pas comme ça ! La panique et l’angoisse montaient. Elle se débattait vainement pendant que le Roi Scion roulait caricaturalement des épaules. Une fois son échauffement terminé, il assura sa prise sur le marteau. Dire que c’était cette maudite arme qui allait tuer Sonya. Sa rage outrepassa sa peur, bien que ce ne fût pas plus utile pour échapper à son destin. Mais au moins, elle mourrait avec le feu en elle !

— Très bien ! On ne bouge plus, ça va cogner !

Juste avant l’impact, elle crut entendre le Gros Marteau Phallique de la Virilité Suprême la railler une dernière fois. Elle ne se souvint pas de ses paroles. Son corps brisé vola en tournoyant anarchiquement. Elle ne sut même pas si elle ressentit de la douleur. Ensuite, le sol se rapprocha. Puis elle s’écrasa.

Et ce fut le noir complet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *