La Caverne d’Alibasteuf, partie 5 et Fin

Précédemment, dans la Caverne d’Alibasteuf : Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante, était morte, son corps brisé par le Gros Marteau Phallique de la Virilité Suprême. Ainsi libérée de sa Carcasse Terrestre Bien-Aimée, son esprit s’envola vers les Royaumes Inconnus de l’Après-Vie. Elle n’avait nulle peur en cet instant, bien au contraire : elle ressentait une sérénité et une complétude cosmique inimaginable de son vivant. Bientôt, le souvenir de sa violente vie terrestre deviendrait un rêve fugace et éphémère qu’elle oublierait rapidement.

Pas si vite ! Quelque chose l’empêchait de partir naviguer dans le cosmos, comme une amarre attachée à son âme. Non contente de la retenir, cette force invisible commençait à la tirer en arrière. Elle aurait bien été incapable de dire s’il s’agissait d’un bien ou d’un mal et, n’ayant pas vraiment le choix, cela importait peu. Comme sous l’effet de la gravité, son esprit retomba en accélérant vers son enveloppe charnelle. Apparemment, les Royaumes Inconnus de l’Après-Vie devraient attendre un peu plus longtemps avant d’être parcourus par l’Aventurière à la Tignasse Lacérante.

Sonya ouvrit difficilement les yeux. Sa tête la faisait atrocement souffrir, autant que le reste de son corps d’ailleurs. C’était comme si elle avait pris la pire cuite de sa vie, qu’on avait multiplié les conséquences désagréables par dix et appliqué les retombées sur l’intégralité de ses cellules. Dans tous les cas, se sentir aussi mal l’informait qu’elle était indubitablement vie, ce qui devait probablement être un point positif.

Lentement et précautionneusement, elle porta une main à sa poitrine. Ses doigts touchèrent l’Amulette de Résurrection, désormais brisée. Une chance qu’elle n’avait rien de magnétique… Son bras retomba. Elle tenta d’émettre quelques grognements de plainte, incompréhensibles par une oreille tierce, mais relativement clairs dans sa tête.

— C’était pas indiqué sur la notice, les effets secondaires de la résurrection… Je me sens comme un Vieux Crottin Piétiné.

— Je suis ravi que vous soyez à nouveau en vie ! Un visiteur décédé ne peut plus être satisfait, et la satisfaction des clients demeure ma priorité !

— GG FFS… Je suis presque contente de te voir.

— ‘Presque’ reste insuffisant. Aussi, afin d’augmenter votre satisfaction, et accessoirement de rester en vie, je vous recommande vivement de rouler un peu sur votre droite.

Sonya souffrait déjà à l’idée de solliciter le moindre muscle.

— Pourquoi ? Je suis bien là, je vais me reposer un peu.

— Quand Dieu ordonne, on l’écoute !

— Toi et ton complexe mégalomaniaque… Bon, d’accord, je roule.

L’aventurière pivota sur son flanc droit dans un Immense Râle de Souffrance à Peine Exagéré. Ce faisant, elle se retrouva nez à nez avec un étrange masque. Autrefois blanc, désormais d’un jaune sale et parsemé d’éraflures, il n’avait que deux trous ronds pour les yeux.

— C’est quoi ce truc moche ?

— Enfilez-le vite ! Ne discutez pas !

N’ayant pas la force de contester les ordres du Feu Follet Autoproclamé Divinité, elle s’exécuta et revêtit le masque. Après l’avoir ajusté pour avoir les yeux en face des trous, elle ressentit une sensation étrange qu’elle n’aurait su identifier. En tout cas, la douleur se fit moins lancinante, ce qui lui permit de se relever et de s’épousseter.

— La voilà !

Sonya eut juste le temps de se retourner pour voir une volée de Carreaux Magiques Perforants à Tête Chercheuse lui pénétrer dans le buste avec la désagréable conséquence de la tuer à nouveau. Du moins, elle aurait dû mourir, mais, pour le moment, elle se contentait d’être étalée sur le dos avec de Vagues Signaux de Souffrance Très Lointains. Son corps étant trop endommagé pour accepter de bouger, elle en fut réduite à observer fixement la suite.

Scion, le Roi des Vilains Voleurs Volages, se pencha sur elle pour arracher l’Amulette de Résurrection brisée. Puis, avec un soupçon de doute, observa Sonya droit dans les yeux. Après un instant d’hésitation, il dut conclure à sa mort car il se contenta de lui fermer délicatement les paupières. À quelle autre conclusion aurait-il pu aboutir, elle ne bougeait plus un muscle, elle ne respirait même plus et ne sentait même plus son cœur battre. Elle devait être morte ! Et pourtant, elle demeurait consciente !

— Je savais bien qu’il faudrait la tuer deux fois. Maintenant que ce problème est réglé, il nous faut mettre la main sur l’Administrateur de Caverne avant qu’il ne finisse par trouver un moyen d’ouvrir un chemin à la Ligue Héroïque de Défense des Aventuriers Intègres.

Sur ces paroles, Sonya entendit le Roi s’éloigner. Toutefois, ses deux lieutenants restèrent un peu plus longtemps. Difficile de savoir ce qu’ils traficotaient en ayant les yeux fermés. Miss Lolita ‘Sourire d’Acier’ fut la première à briser le silence en s’adressant à Sir Galipa ‘le Vicellard’.

— Qu’est-ce que tu fous ? On a du boulot !

— Pas besoin de se presser, on vient d’éliminer la menace principale ! Je voudrais juste vérifier qu’elle ne cache pas d’artefact dans son soutien gorge.

— Et pourquoi pas dans sa culotte pendant que t’y es !

— Chaque chose en son temps ma chère !

— Tu me dégoûtes ! T’es un gros porc et en plus t’es nécrophile ! Comment ça peut t’exciter de peloter un cadavre bardé de carreaux ? Je préfère me barrer !

— On ne m’appelle pas ‘le Vicelard’ pour rien, j’ai une réputation à tenir.

Après le départ de Miss Lolita, Sonya sentit Sir Galipa se pencher sur elle. Cet individu répugnant allait-il vraiment satisfaire sa Lubricité Immonde sur son corps inerte ? L’idée seule était révulsante ! Sonya aurait voulu hurler et arracher le cœur de son agresseur. Tout ce qu’elle réussit à faire fut de légèrement bouger sa main droite pour empoigner un objet.

Un soudain afflux d’énergie l’envahit. Dans le même temps, elle recouvra la sensation de son corps. Ainsi put-elle sentir les affreuses mains sur son soutien gorge. Une Fureur Meurtrière Assaisonnée de Dégoût Ultime se déversa dans ses veines. Elle ouvrit les yeux et trouva immédiatement le regard de Sir Galipa. La surprise le paralysa et lorsqu’il ouvrit la bouche comme pour hurler, Sonya le frappa de toutes ses forces avec l’objet attrapé par sa main. Le seul son qu’il y eut fut celui d’un crâne à moitié tranché par une lame.

Mort sur le coup, le corps du lieutenant s’écroula sur Sonya pour l’arroser de ses fluides écarlates. Avec un Gros Soupir Énervé, elle le repoussa sur le côte pour se relever. Une violente énergie l’animait, accompagnée d’un désir de tuer plus pressant que d’habitude. Bien évidemment, chaque organe, os et muscle hurlait de désapprobation. Mais c’était comme si elle les entendait depuis un autre continent séparé par un très large océan.

— Ah, vous revoilà ! Pendant un instant, j’ai cru vous perdre à nouveau. Heureusement, la malédiction fonctionne toujours !

Au mot « malédiction », elle tourna un Regard Extrêmement Accusateur et Malveillant envers GG FFS.

— Je suppute votre surprise et, avant que vous n’essayiez de parler, je dois vous informer que la malédiction vous a rendu muette. Malgré ce côté désagréable, je vous recommande de conserver le masque. Étant donné l’état de votre corps, le retirer vous conduirait à une mort certaine et définitive. Or, un client mort ne peut plus être satisfait ! Je réitère mes excuses pour le désagrément occasionné et vous préconise d’attendre passivement une équipe médicale dont l’arrivée est très incertaine.

Le mot « attendre » entrait en contradiction irritante avec son Désir de Meurtre Imminent.

— Afin de renforcer votre patience, laissez-moi vous parler des artefacts dont vous vous êtes équipée. Ce Masque de Psychopathe Profond a autrefois appartenu à Jazon Vor. Il s’agit d’un revenant souffrant d’hydrocéphalie avec une seule idée en tête : massacrer le plus de personnes possibles pour venger la mort de sa mère. Aussi ne vous étonnez pas de souffrir de Pulsions Meurtrières Irrépressibles.

Sonya profita des explications pour retirer les carreaux plantés dans son torse. Elle avait effectivement envie de tuer.

— Dans votre main, vous tenez son arme de prédilection : l’Incontournable Machette. Il s’agit d’une arme plutôt ordinaire si on fait fi de la malédiction. Tandis que le masque vous rend quasiment immortelle et vous remplit d’une soif de meurtre insatiable, la machette vous donne l’énergie pour accomplir vos desseins… Mais où allez-vous ? Vous devez attendre l’équipe médicale !

Cela faisait plus d’une minute qu’elle n’avait tué personne, c’était insupportable. Elle voulait trancher quelqu’un, elle avait besoin de massacrer quelqu’un. Maintenant !

Mue par un instinct de traqueur surnaturel, elle se mit en mouvement à travers les décombres. Elle ne se montrait pas particulièrement discrète n’ayant à l’esprit que sa soif de sang. Aussi fut-ce par chance ou sous l’effet de la malédiction qu’elle se retrouva dans le dos de ses prochaines victimes. Affairées à examiner un artefact suintant de magie, elles n’avaient absolument aucune conscience de la menace au souffle roque qui pesait sur leurs têtes.

— Mais c’est un peigne !

— Mécréante, ceci n’est pas un peigne. C’est Ze Peigne !

— C’est sa dénomination technique ?

— Non, son vrai nom est : l’Omni-Teinteur de la Chevelure Photonique.

— C’est un peu pompeux….

— Il appartenait au Roi Le Beau Charles, réputé pour avoir la plus magnifique chevelure de tous les royaumes de Labaholoin. Ce petit bijou démêle tous les cheveux en un seul passage, sans les arracher et sans faire mal. En plus, il permet d’appliquer un gel magique pour faire tenir la coiffure toute la journée. Et pour couronner le tout – jeu de mot avec royauté… – il peut appliquer n’importe quelle coloration durable de la racine à la pointe sans abîmer le cheveu. C’est l’accessoire de la coquetterie ultime !

— J’imagine qu’il faut aimer être coquet…

— Tu me désespères. Laisse-moi te montrer, je vais me teindre les cheveux en couleur octarine.

— C’est quoi ça comme couleur, « octarine » ?

— Ton inculture me sidère. Admire plutôt le résultat.

— Je ne vois absolument aucune différence.

— C’est parce que tu n’es pas un magicien. Tu ne peux pas percevoir cette teinte enchanteresse.

— Non, par contre je peux apercevoir un type avec un masque bizarre derrière ton épaule. C’est un effet secondaire du peigne ?

— Quoi ?

Tuer, c’était facile, trop facile. Massacrer avec le sens de la mise en scène dramatique, voilà qui devenait plus intéressant. Ainsi, Sonya éprouva-t-elle une immense satisfaction à voir Brushing Joe se retourner et hoqueter de surprise, puis succomber à un cocktail de terreur et d’incompréhension quand elle le transperça avec la Machette Incontournable. Il prononça quelques dernières bulles de sang avant de s’effondrer mollement.

Son fidèle acolyte féminin, Milany « Cure-dent » réagit instinctivement en perforant la meurtrière avec sa Rapière Télescopique Hertzienne. Elle ne crut qu’un court instant en sa victoire, constatant avec détresse l’inefficacité de son attaque. Sonya, baissa les yeux sur la lame qui perçait un trou de plus dans son corps. Elle songea fugacement à se reconvertir en passoire, puis sa folie meurtrière revint à la charge.

D’un geste brutal, elle trancha la main qui tenait la rapière. Pendant que sa victime hurlait en se tenant le moignon, l’Aventurière Psychopathe sortit la lame de son corps pour la jeter négligemment sur le côté. Terrorisée à juste titre, Milany prit ses jambes à son coup. Sonya engagea la poursuite dans une froide marche déterminée, le sombre instinct octroyé par la malédiction lui indiquant exactement où allait sa victime. Tôt ou tard, elle finirait par la retrouver, c’était inéluctable.

— Il est loin le temps où tout le monde écoutait Dieu…

Sans ralentir le pas, Sonya tourna la tête pour observer GG FFS qui flottait paresseusement à sa hauteur. Il n’éveilla qu’un intérêt proche du néant. Elle n’avait de pensées que pour sa cible.

— Au risque de me répéter, je vous recommande à nouveau d’attendre les secours. La malédiction, bien que puissante, ne vous rend pas invulnérable. Vous pouvez toujours être découpée en morceaux, broyée, vaporisée ou explosée. Même si vous ne mourrez pas, il sera alors infiniment plus difficile de vous soigner.

Une infime partie de sa conscience voulut prendre en compte ces avertissements et opter pour la sagesse. Après tout, elle avait déjà bien combattu pour défendre la caverne et la suite dépendait surtout de la capacité de Roger à faire entrer la Ligue Héroïque de Défense des Aventuriers Intègres. Toutefois ce sentiment fut rapidement balayé par sa Témérité Naturelle couplée à la colère meurtrière induite par la malédiction.

Le résultat fut sans appel et l’Aventurière Psychopathe poursuivit sa traque impitoyable. Ainsi se retrouva-t-elle aux abords du Poste de Contrôle n°3. D’après la piste de sang, Milany « Cure-dent » devait se trouver à l’intérieur et elle n’était certainement pas seule. L’instinct maudit lui commanda de se mettre en embuscade sur le côté de la porte. Cette position lui permit d’entendre le Roi Scion qui perdait son sang froid à l’intérieur.

— Comment ça « ils sont rentrés » !

L’Ingénieux Karl lui répondit flegmatiquement.

— Ils sont rentrés en empruntant le Passage Secret de Secours Réglementaire.

— Merci pour cette information, Karl, je n’avais pas deviné… Ce que je veux savoir, c’est comment un petit Administrateur de Caverne Couard a pu l’ouvrir ce passage ? Je croyais que tous les Postes de Contrôle étaient sous notre contrôle.

— C’est amusant ça : un poste de contrôle sous contrôle.

— Est-ce que j’ai l’air de beaucoup rire, Karl ?

— Non. Le stress vous fait perdre votre sens de l’humour.

— Des informations, Karl, je veux des informations ! Comment a-t-il fait ?

— Je ne sais pas, peut-être y a-t-il un Terminal d’Accès Vaudoumatique dont nous n’avions pas connaissance ou un Trigger de Sécurité Secret dans la Matrice Magicielle. À moins qu’ils aient récemment installé un Override Manuel qui n’était pas sur les plans.

— Ton charabia ne m’aide pas beaucoup.

— C’est vous qui m’avez demandé des détails…

Scion prit une Longue et Lente Inspiration.

— Bon, combien de Héros Héroïques ont pu entrer ?

— J’ai pu shunter les protocoles de sécurité assez rapidement pour refermer le passage. Je dirais qu’une petite troupe a pu pénétrer, une dizaine grand max.

— C’est déjà beaucoup trop ! Bon, Miss Lolita, veuillez me suivre. Toi aussi, Milany.

— Quoi ? Moi ? Je viens de me faire couper la main !

— Et alors ? Aux dernières nouvelles, tu en as une deuxième.

— Mais…

— J’ai besoin de tout le monde alors avance !

À contre cœur, Milany franchit le pas de la porte en première, et ce fut son dernier pas. Un Coup de la Corde à Linge réalisé à l’aide d’une Machette Étonnamment Aiguisée lui fit perdre la tête. Immédiatement après, l’Aventurière Psychopathe surgit dans l’embrasure pour attaquer le Roi Scion frappé de stupeur. Elle porta un coup avec toute sa force, mais sa lame fut stoppée par un gantelet. Miss Lolita, au sang très froid, fit étalage de ses dents d’aciers qui justifiaient amplement son surnom.

— Dis-moi l’increvable, tu t’es déjà fait Power Fistée ?

Sans attendre de réponse, elle frappa Sonya avec son Poing du Titan pas Content. La plupart du temps, un coup donné avec un gantelet laissait des marques, mais lorsque ce gantelet était magiquement énergisé pour libérer une puissante onde de choc, cela occasionnait une Absence de Conscience Momentanée.

Une chose était certaine, un tel déchaînement de violence avait de quoi refroidir même les Pulsions Meurtrières Maudites les plus Vindicatives. Le peu de conscience qui restait à l’Aventurière Psychopathe s’évertuait à démêler une épineuse question : restait-il un peu de corps après ça ? Sans doute, puisqu’elle était toujours là. Mais où ça « là » ?

Peut-être son âme s’était-elle retrouvée piégée par la Malédiction Éternelle du Revenant Hydrocéphale ? Ou alors son esprit errerait à l’infini dans les Royaumes Interstitiels de la Non-Mort-Non-Vie ? Pire encore, elle pouvait avoir échoué dans le Grand Néant Absolu ! À ce moment-là, Sonya se rendit compte qu’il était tout de même très difficile de ressentir de la peur ou de l’angoisse sans signaux corporels.

— Elle est morte ?

Entendre la voix de Miss Lolita répondait à la question.

— Difficile à dire… En tout cas, elle ne ressemble plus à grand-chose.

Il y avait presque un soupçon de désolation dans l’expression du Roi Scion.

— Laisse-moi en faire de la Pulpe de Grognasse, comme ça on sera sûr !

— Avec le recul, je ne sais pas si j’ai bien fait de prendre ce Gros Marteau Phallique de la Virilité Suprême, son manque de classe me sidère. Ceci étant dit, il a raison, c’est le seul moyen d’en finir une bonne fois pour toutes.

— Quoi ? Je te choque ? Je pensais que tu étais un Roi, pas une grosse tafiole lopette ! Je commence à me sentir mal entre tes mains.

— Pourquoi tant d’homophobie et de sexisme ?

— Je t’emmerde ! Maintenant, je vais m’écraser sur la tronche de cette garce jusqu’à ce qu’on la confonde avec de la confiture. Ensuite, tu iras me reposer dans l’armurerie et j’attendrai d’être saisi par un Vrai Mâle Bourré de Testostérone.

Scion se contenta de répliquer par un immense soupir de lassitude. Puis, ne souhaitant vraisemblablement pas poursuivre la discussion, il s’attela à la besogne. Le son des os et de la chair broyés témoignaient de l’atroce mutilation que le corps de Sonya subissait. Elle ne ressentait absolument rien, à part l’irritation évidente de laisser gagner le Gros Marteau Phallique de la Virilité Suprême.

— Au nom de la justice, je vous arrête !

À qui appartenait cette puissante Voix Inspirante de Justicière Éclatante ?

— Oh non, pas elle ! Bon ben… On se rend.

— Voilà qui est sage. Lâchez vos armes et personne ne sera blessé !

Les Vilains Voleurs Volages s’exécutèrent sans faire d’histoires. Qui que fût la personne à qui appartenait cette voix, elle disposait visiblement d’une autorité incontestable. S’ensuivit tout un remue-ménage qui devait correspondre à l’arrestation des malandrins. Hélas, la Conscience Limitée et Vacillante de Sonya ne lui permit pas de suivre en détail ces instants jubilatoires. Quel dommage, après tous ces efforts…

Un peu plus tard, quand le calme revint, la Justicière Éclatante se fit à nouveau entendre.

— Où en est-on dans le décompte ?

Une Voix Assurée d’Acolyte Vétérane lui répondit

— On a fait le tour. Dix-neuf voleurs morts, vingt et un arrêtés dont six avec résistance. Aucun blessé de notre côté. Ça semblait être un peu le chaos ici, ils n’ont pas eu le temps de s’organiser pour nous accueillir.

— D’après Roger, nous pouvons remercier Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante.

— C’est elle ?

— Oui, du moins, ce qu’il en reste… Terrible fin.

— Quel acharnement, c’est monstrueux.

— Atroce.

— Effroyable.

— Inhumain.

— Ignominieux.

— Horrible.

— Révulsant.

— Épouvantable.

— Abject.

— Je pense qu’on peut trouver encore beaucoup d’adjectifs, on devrait arrêter là. Le point positif, c’est que son visage a dû être épargné. Nous devrions peut-être lui retirer son masque pour qu’elle recouvre un soupçon de décence.

Bien que l’intention fût honorable, cela ne sonnait pas comme une bonne idée.

— Nous vous recommandons de ne pas effectuer cette action et d’appeler au plus vite une aide médicale appropriée.

Sonya n’imaginait pas éprouver ce sentiment un jour, mais elle était heureuse d’entendre GG FFS. Sa joie s’accrut encore lorsque Roger arriva en renfort.

— Il a raison ! Il s’agit du Masque de Psychopathe Profond de Jazon Vor. Il transmet à son porteur la Puissante Malédiction du Revenant Hydrocéphale.

La Justicière Éclatante parut sceptique.

— Et alors ?

— Alors les deux principales caractéristiques de cette malédiction sont de transformer en tueur psychopathe et, plus intéressant, de conserver l’âme ancrée au corps.

— Tu veux dire qu’elle pourrait être toujours « en vie » là-dedans ?

— C’est exactement ce que je voulais dire. Il faut la soigner avant de lui retirer le masque et tout ira bien.

— La soigner ? Il m’aurait paru plus charitable de l’achever rapidement, vu son état.

— Vous n’y pensez pas, elle peut encore être sauvée !

— Dans ce cas, il va nous falloir Miracle.

— Un miracle vous voulez dire ?

— Aussi.

En attendant l’arrivée de ce miracle, Sonya eut le loisir de se représenter Roger et les deux Héroïnes Héroïques penchés sur son corps, en train de s’horrifier devant l’étendue des dégâts. Difficile de savoir ce qui était le pire : imaginer l’état de sa carcasse ou ouvrir les yeux pour constater de visu. Ayant de toute façon perdu la vue, le dilemme ne se posait pas réellement. Toutefois, il fallait bien s’occuper les pensées pour patienter.

Peu de temps après, une Voix Enchanteresse de Médecin Désabusée se manifesta.

— Vous avez demandé un médecin ?

— Ah, Miracle ! Te voilà. Nous avons besoin de tes talents inégalés pour soigner Sonya.

— Sonya ? C’est ce petit tas de viande là ?

— Oui.

— Je sais bien que je m’appelle Miracle et que les héros ne meurent soi-disant jamais, mais ça me paraît un soupçon optimiste.

— Tu peux au moins essayer s’il te plaît.

Roger s’immisça.

— J’ai peut-être une babiole qui pourrait vous servir. Il s’agit de l’Anneau de Viande Infinie du Boucher Gorzak.

— Contextuellement, ça paraît approprié, étant donné qu’on se trouve face à une vraie boucherie. Cependant, je ne vois pas trop en quoi un anneau de boucher pourrait nous aider.

— En fait, Gorzak était un marchant de viande, il avait trouvé les humains les plus savoureux de son monde. Il utilisait cet anneau pour régénérer les chairs et les organes de ses esclaves après les avoir découpés. Ce qui lui permettait de vendre la meilleure viande à l’infini sans avoir à se soucier de l’approvisionnement.

— Mais c’est atroce !

— C’était il y a très longtemps, dans un autre univers, très très loin… Le fait est que cet anneau devrait vous aider.

— On ne perd rien à essayer. Bon, faites-moi de la place et du silence. Je vais opérer.

La dite opération dura relativement longtemps, quelques heures probablement. Difficile de bien cerner le passage du temps. Tout ce que Sonya entendit, ce furent des bruits de chair reconstituée, d’os ressoudés, d’organes réinsérés, de fluides réinjectés, et tout un tas d’autres trucs à déconseiller aux âmes sensibles.

Progressivement, l’Aventurière Psychopathe retrouva des sensations, des sensations fatalement lointaines, à cause de la malédiction, mais tout de même présentes. Elle se sentait à nouveau vivante, les émotions s’en trouvaient spectaculairement vivifiées. Assister de cette manière à la renaissance de son corps était une expérience plutôt exaltante. Bientôt, elle pourrait émerger des limbes de la conscience pour revenir parmi les vivants.

— Et voilà ! Une fois de plus, Miracle a réalisé un miracle. Ma réputation est sauve, tout comme Sonya.

La Justicière Éclatante se réjouit.

— Elle respire et elle ressemble à quelque chose.

L’Acolyte Vétérane renchérit.

— Elle fait même plus que ressembler à quelque chose, elle est complètement canon. Pas vrai, Roger ?

L’intéressé se défendit.

— Quoi Roger ?

— C’est bon, on sait tous que tu la mates.

— Il y a une différence entre voir et mater…

— C’est ça, ouais… Regardez, elle ouvre les yeux !

La première chose que vit l’Aventurière Psychopathe, ce fut une Gorge Ostensiblement Vulnérable penchée sur elle. Dans le réflexe le plus naturel du monde, elle s’en saisit pour l’étrangler de toutes ses forces. Tout comme elle fut revigorée, son désir de massacrer était revenu en force. Cependant, sa victime parût peu affectée par l’agression.

— Ah oui, c’est vrai ! La malédiction…

La Justicière Éclatante ôta le masque, libérant Sonya de sa soif meurtrière. Elle put ainsi retrouver ses esprits et la parole par la même occasion.

— Ah ! Merci ! Je me sens beaucoup mieux, tant physiquement que mentalement.

— J’en suis ravie. Dans ce cas, pourriez-vous retirer vos mains de mon cou ?

— Heu… Oui, désolé.

— Merci.

L’Héroïne Héroïque aida l’Aventurière à la Tignasse Lacérante à se relever. C’était agréable de se sentir à nouveau en pleine forme, tout particulièrement après être morte et avoir été transformée en Zombie Tueur Hyposensitif.

— Roger nous a expliqué en détail ce qui s’est passé. Je ne sais pas si vous êtes courageuse ou téméraire, mais votre dévouement pour la justice ne fait aucun doute. Vous n’avez pas hésité à combattre les Vilains au péril de votre vie afin de défendre l’honnêteté et l’intégrité. Pour cette raison, je souhaiterais vous inviter à rejoindre la Ligue Héroïque de Défense des Aventuriers Intègres.

Elle ? Sonya ? L’Aventurière à la Tignasse Lacérante ? Invitée dans la Ligue Héroïque de Défense des Aventuriers Intègres ? Cette proposition la prit un peu au dépourvu.

— Heu… Je ne sais pas trop quoi dire… C’est à dire qu’à la base, je voulais juste venir chercher des objets…

L’Acolyte Vétérane attrapa Sonya avec un bras et fit de grands mouvements avec l’autre pour englober toute la Caverne d’Alibasteuf.

— Tu vois tout ce qu’il y a ici ?

— Heu… Oui.

— Hé bien, dis-toi qu’on pourra mettre des trucs encore plus cools à ta disposition.

— Ça a l’air prometteur… Et il y aura de l’action et des aventures ?

— Oh oui ! Jusqu’à la nausée…

En fallait-il plus pour l’Aventurière à la Tignasse Lacérante ?

— Ok, ça m’intéresse.

La Justicière Éclatante se réjouit.

— Je suis ravie de l’entendre ! Allons au Siège Épique de la Ligue, nous pourrons discuter des détails là-bas.

— D’accord, mais d’abord j’ai trois questions.

— Je vous écoute.

 Premièrement, les lettres « SM » sur votre costume, ça veut dire S…

— Super-Meuf.

— Ah ? J’aurais dit autre chose vue la combinaison en latex moulant…

Son interlocutrice hésita entre froncer les sourcils, soupirer avec lassitude ou regretter sa proposition. Elle se résigna à écouter les deux autres questions.

— Deuxièmement, pourquoi vous portez votre soutien-gorge par dessus votre costume ?

— Pour la même raison que les mecs portent leur slip par dessus.

— Bien entendu…

Un jour Sonya percerait ce Mystère Insondable.

— Dernière question, est-ce que je peux faire un petit tour dans la caverne avant d’y aller. Je ne voudrais pas être venue pour rien quand même…

— Pour le moment, Roger doit superviser le rangement. Vous pourrez toujours repasser plus tard. Et si vous rejoignez la Ligue Héroïque de Défense des Aventuriers Intègres, vous disposerez même d’un accès VIP.

— Vous savez me prendre par les sentiments. Très bien, je vous suis.

Avant de partir, Sonya salua son compagnon d’infortune. Avec le recul, elle devait admettre avoir apprécié leur collaboration.

— À plus tard, Roger. Au final, t’es un type assez cool. Et garde-moi le Gros Marteau Phallique de la Virilité Suprême dans un coin, je dois toujours le transformer en Humiliante Cuvette de Chiotte pour Troll Souffrant de Diarrhée Aiguë.

— Vous pouvez compter sur moi ! Je vous dis « au revoir », Aventurière. Cette soirée fut des plus excitantes, même si je ne ferai pas ça tous les jours.

Et ce fut ainsi que Sonya, l’Aventurière à la Tignasse Lacérante, quitta la Caverne d’Alibasteuf pour rejoindre la Ligue Héroïque de Défense des Aventuriers Intègres. Ce jour marqua le début des Péripéties Épiques Improbables, des Combats Dantesques Apocalyptiques et de l’Odyssée Cosmique Inénarrable qui feront d’elle la Légendaire Aventurière à la Tignasse Foudroyante.

Fin

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