La Journée Internationale de Lafâme

Le 8 mars, c’est la Journée Internationale de Lafâme. Mais qu’est-ce donc que Lafâme ? Hélas, après une courte recherche sans conviction, je n’ai pas trouvé de définition dans le dictionnaire. Je suis donc dans l’obligation d’aller enquêter dans mon imaginaire afin d’obtenir des réponses.

Premier arrêt chez mon cher ami l’anthropologue Alain de Lôme. Il fut aussi surpris que moi d’apprendre la découverte de cette chose qu’était Lafâme. Il n’en avait jamais entendu parler. Il put m’assurer avec toutes les certitudes de sa science infuse que Lafâme n’appartenait pas à l’espèce humaine. Certes, mais cela ne disait toujours pas ce qu’était Lafâme, et s’il fallait procéder par élimination, la route serait longue !

J’espérais avoir plus de chance chez le Zoologue René Descendres. Il était toujours compliqué de discuter avec le Docteur René, il avait le même débit de parole qu’une turbine de barrage hydroélectrique. Après un quart d’heure d’explications absconses sur un oiseau à combustion spontanée, je pus enfin lui poser ma question. Dans son encyclopédie mentale, René trouva une entrée. Un espoir naquit. Il avait déjà ouï parler de cette créature. Cependant, il semblait que Lafâme n’avait aucune réalité avérée et relevait plutôt du mythe aux côtés des satyres, sirènes et autres dragons. Pour creuser le sujet, il me donna discrètement l’adresse d’un homme auquel il ne voulait certainement pas être publiquement associé.

Me voilà donc devant la demeure du fameux Conte Illusionniste Chimériste Occultiste et Exorciste (avec supplément 50€ uniquement) : Marabou Tabou Jean Tan Phil. Je me demandais de quelle nationalité il était originaire. Je dus d’abord dissiper les malentendus en expliquant que je ne souhaitais pas exorciser mon disque dur, ni ressusciter les clusters défectueux à distance par la pensée. Je pus ensuite lui exposer le but de ma visite, à savoir : découvrir ce qu’était Lafâme. Après une observation consciencieuse de la rue vide, il me tira à l’intérieur par le col.

Jean prit un air très grave et me demanda si j’étais prêt à aller jusqu’au bout. Devant ma résolution, il me guida jusqu’à sa bibliothèque interdite. Après avoir dépassé une rangée de livres mathématiques de la série X-18, nous atteignîmes le sanctuaire occulte. Là, il me présenta le compendium des chimères que je me mis à compulser avidement à la lueur d’une bougie (pour mettre dans l’ambiance). Jean utilisait du jambon séché en guise de marque-page, une technique bien connue pour ne pas oublier de se sustenter lors des longues séances de lecture. Il me proposa de me servir, je refusai poliment. Je trouvai enfin la page qui m’apporterait les réponses.

Lafâme

Lafâme est une chimère composée pour moitié d’une licorne arc-en-ciel, pour moitié d’une chatte et pour moitié d’une rose. Elle défie les fondements universels en étant composée de trois moitiés. De plus, il s’agit d’une créature appartenant en même temps au règne animal et végétal. Elle se nourrit d’amour, de soleil et d’eau fraîche déminéralisée. Elle fane. Son système digestif s’apparente à une distillerie de parfum. Elle est animée par un comportement erratique fluctuant dans le temps suivant des schémas difficilement décryptables.

Lafâme était l’unique individu de son espèce et donc définissait son espèce entière. Cependant, il y eut un très grave incident perpétré par le Docteur Samuel Bis, un événement qui provoqua ce qu’on appellerait dans les cercles autorisés : Le Grand Clonage. Un vendredi soir, après un pot de départ, Samuel, qui travaillait dans le laboratoire de clonage bovin du Limoursin, eut l’idée de remplacer l’ADN de vache par de l’ADN de Lafâme qu’il avait obtenue par des moyens illégaux. C’était juste pour rire. Oubliant d’éteindre en partant, le laboratoire tourna tout le week-end, produisant des centaines de clones de Lafâme. C’était précisément le 8 mars d’une certaine année.

La situation échappa à tout contrôle, et les spécimens clonés s’égayèrent dans la nature. Il fallut très peu de temps aux opportunistes pour découvrir le potentiel des Lafâmes. Faciles à entretenir et disposant d’un potentiel cognitif suffisamment avancé pour réaliser des tâches modérément complexes, elles représentaient une main d’œuvre idéale. Elles pouvaient même servir de chimères de compagnie pour combler la solitude des hommes. Ainsi de nombreux laboratoires de clonage clandestins prospérèrent.

Devant cette hérésie, le Malsain Ordre de la Lumière Obscure (MOLO) lança un puissant sort d’occultation. Ce sort très technique avait pour but de camoufler aux hommes l’existence des Lafâmes tout en continuant à les exploiter, parce que c’était quand même vachement rentable. Ainsi, aux yeux du commun des mortels, les Lafâmes avaient l’air d’humains bizarres, superficiels et incompréhensibles. Rien d’étonnant, car leur nature était tout autre.

Je refermai le compendium, choqué par cette révélation. Marabou Tabou Jean Tan Phil m’afficha un regard compatissant. Il savait que l’acceptation de la vérité faisait mal. Il connaissait les histoires sombres et les secrets douloureux, sa bibliothèque interdite en était pleine. Je quittai les lieux non sans entendre les dernières recommandations de Jean. Je devais éviter d’ébruiter le secret ou le MOLO viendrait me rendre visite, et je ne voulais certainement pas que MOLO me rendît visite.

Était-ce une mauvaise farce ? Pour en avoir le cœur net, je devais consulter le Docteur James Fouettelarbin. Cet homme avait divisé la communauté scientifique. Certains le prenaient pour un escroc, d’autres pour un visionnaire. Il avait pour ainsi dire créé une nouvelle profession : Larbinologue. En effet, auteur de la fameuse et controversée Encyclopédie du Larbin, le Docteur James fut le premier à s’intéresser à l’étude des larbins. Si quelqu’un savait quelque chose sur des créatures exploitées, ce devait être lui.

Le Docteur me reçut amicalement. Nous nous étions déjà brièvement croisés lors d’un séminaire sur les Pokémons électriques et leurs Méga-évolutions. L’évocation des Lafâmes ne le surprit pas. Il trouvait leur étude fascinante. Aujourd’hui encore, il peinait à les classifier de manière définitive. Assurément, elles faisaient partie de la famille des Larbins Utilitaires, toutefois l’éventail de leurs fonctions rendait un classement plus précis difficile. Il avait donc créé une catégorie spéciale : Larbin à tout faire. Dans cette même catégorie, on pouvait retrouver les méconnus Lutins Mouches Magiques mais Maléfiques (LMMM). Il m’offrit un exemplaire de son encyclopédie afin de m’instruire.

Fort de mes découvertes sur Lafâme, je décidai de prendre le temps de méditer.

Tiens, je viens de découvrir que le 8 mars est également la Journée Internationale des Droits Des Femmes. Y a-t-il le moindre rapport entre ces deux événements ?

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