Les descriptions

Je vais être honnête et direct. Je n’aime pas beaucoup les descriptions.

 Mais t’es complètement intolérant et sectaire ! À chaque fois que tu refuses de faire une description, un bébé phoque imaginaire ne naît pas. Monstre !

Et en plus il faut que je me justifie ? Très bien ! Tout d’abord, précisons : je n’aime pas les descriptions longues et détaillées qui ne servent pas l’histoire. En tant que lecteur, je me fais toujours des images dans ma tête et je me rends compte que les images correspondent rarement aux descriptions. C’est un peu bête, car ces images se forment spontanément et c’est ainsi que je me représente et m’approprie l’univers dans lequel je m’immerge par la lecture. C’est ainsi que je prends plaisir à l’arpenter, sous la forme qui me convient le mieux. Et j’éprouve toujours une certaine gêne quand je trouve une incohérence entre mon imagination et ce qui est écrit.

En plus de cette considération primordiale (avis tout à fait personnel), je trouve les descriptions généralement chi… ennuyeuses. Elles cassent le rythme, détournent de l’action et, au final, font mal ce que d’autres médias font très bien. Les images, les films, les BD, les jeux vidéo sont des médias très efficaces pour présenter des scènes et font en une seconde le travail de dix pages entières de description. L’écriture a bien d’autres points forts qu’il me paraît plus judicieux d’exploiter, notamment la possibilité de présenter des pensées, d’expliquer des raisonnements, de décrypter des situations, d’analyser des états.

C’est amusant, car il y a beaucoup de personnages que je crée à partir d’images existantes provenant de diverses sources (artworks, films…). J’ai donc une vision et une visualisation souvent très précise de mes personnages et je pourrais les décrire en détail. Mais déjà que je n’aime pas lire les descriptions, j’aime encore moins les écrire. Pour cette raison, je me contente généralement de ne donner que quelques points très caractéristiques, des petits repères à partir desquels chacun pourra construire sa version du personnage. Cela peut être une couleur de cheveux, une forme de tête, une moustache particulière. Puis j’étends ce raisonnement au reste de l’univers fictif. Tant que les éléments servant l’histoire sont présents, le reste peut être imaginé comme chacun le préfère afin de procurer le plus de plaisir.

Je déteste être au milieu d’une histoire et faire une sorte de pause, de couper la fluidité de la réflexion pour l’arrêter sur la construction d’une représentation. Pour moi, l’imagination de l’univers est un processus qui doit se faire naturellement et presque inconsciemment pour compléter et servir de cadre à l’action sur laquelle on se focalise. Je trouve bien plus facile et agréable de laisser l’esprit construire le cadre qui lui plaît plutôt que de le forcer à imaginer avec fidélité quelque chose de très précis. Les efforts considérables requis ne sont, pour moi, pas compensés par l’apport d’un plaisir supplémentaire, bien au contraire. Par exemple, il me suffit de dire “un homme à moustache” et tout le monde formera immédiatement et sans effort dans sa tête la vision d’un homme à moustache. Cette vision sera différente pour chacun et dépendra du vécu et des influences. Pour l’un, ce sera peut-être Walter White, pour l’autre, ce sera son grand oncle Bertrand, celui-là pensera à Hulk Hogan et celui-ci à Dupont et Dupond. Et je pense que c’est très bien comme cela tant que tout le monde y trouve son compte.

 En fait, t’es en train de dire que tu es un gros flemmard. Tu te caches derrière des arguments fallacieux pour laisser les autres travailler à ta place. Tu crois que simplement écrire “bébé phoque” va faire naître un bébé phoque imaginaire ?

Je suis certain que le bébé phoque est déjà parfaitement présent dans l’esprit de tout ceux qui ont lu ces lignes. Je n’ai pas besoin de dire que sa peau suinte de la graisse luisante, que ses moustaches frémissent à l’odeur du poisson, que son œil partage des similarités avec le regard d’un alpaga et qu’il se déplace en prenant le monde entier pour un toboggan.

Pour préciser, il ne s’agit là que de mon avis personnel et ne saurait en aucun cas constituer une vérité à laquelle tout le monde devrait adhérer. On peut très bien aimer lire et écrire des descriptions longues et détaillées et prendre du plaisir à reproduire une construction imaginaire fidèle. D’ailleurs, la description en tant que telle et dans certains contextes peut être un exercice très amusant. C’est à la discrétion de chacun.

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