Unexpected Space Adventures

Il finit de l’embrasser avant de l’admirer longuement. Que n’avait-il fait pour la mériter ? Si forte, si belle, si intelligente, il aurait pu passer des heures à narrer ses qualités. Elle sourit.

-Tu es tellement mignon quand tu fais cette tête.

-Quelle tête ?

-Celle où tu me regarde avec des yeux qui débordent d’amour.

Il ne put s’empêcher de rougir à cette remarque. L’instant d’après, ils s’embrassaient de nouveau. Longuement. Très longuement. Transportés sur un nuage, ils pouvaient se perdre longtemps dans ces baisers de bonheur infini. Aussi, lorsqu’ils réussirent à se décoller, il s’enquit.

-N’es-tu pas censée te préparer ?

-Es-tu si pressé de te débarrasser de moi ? Tu as pris rendez-vous avec ta maîtresse juste après mon départ ?

-Ma seule maîtresse sera les jeux vidéo.

-Quel gâchis d’un amant si doué.

Il sourit. Toutefois, ce sourire s’empreignit rapidement d’un mélange de tristesse, de résignation, mais aussi de joie et de fierté.

-Tu vas me manquer, et tu le sais.

-Je sais et, blague à part, je ne t’en voudrai pas si tu ne m’attends pas pendant deux ans.

Le chagrin la toucha, elle aussi. Mais même ainsi, elle restait radieuse.

-Laissons l’avenir à l’avenir. Pour le moment, je t’aime. Et les mots me manquent pour te dire à quel point je suis fier de toi ! Tu vas réaliser tes rêves, tu vas aller sur Mars ! Tu te rends compte comme c’est merveilleux !

Elle répondit avec une voix émue, une larme se dessinant au coin de l’œil.

-Je sais, mais parfois, je me demande ce qu’il me restera quand j’aurais accompli mon rêve. Je me demande si ce sera au prix de te perdre.

-Ne pense pas à des choses qui n’existent pas encore. Aujourd’hui, tu es une aventurière, et tu as besoin d’aventure pour t’épanouir et être heureuse. Le bonheur, c’est tout ce que je te souhaite.

Ce fut en souriant qu’elle laissa échapper quelques pleurs.

-C’est pour ça que je t’aime. Tu as cette sorte de bienveillance et de sagesse. Tu souhaites simplement le bonheur des autres sans jamais penser égoïstement à toi-même.

-Oh, détrompe-toi, jeune scarabée volubile. J’aime aussi penser à mon plaisir personnel de temps à autres…

Un regard coquin souligna ses paroles. Elle répondit en lui donnant un coup de langue sur la lèvre, ce qui provoqua un éclat de rire instantané.

-C’est bien mieux de rire que de pleurer ! En attendant, je pense que tu devrais vraiment y aller.

Elle l’embrassa une dernière fois. Puis elle lui prit la main.

-Tu peux m’accompagner encore un peu, jusqu’au vestiaire.

Ce disant, elle le tira vers la porte qu’elle ouvrit pour le laisser passer. Perdu dans son regard, il ne vit pas l’impact arriver. Reprenant ses esprits, il se rendit compte qu’il avait dû couper la trajectoire d’une Rita Skavvich se déplaçant à haute vélocité. La collision, bien que spectaculaire, n’occasionna heureusement aucun dégât.

Maria aida Julien à se relever. Rita n’attendit aucun soutien pour sauter à nouveau sur ses pieds. Le visage sous une tension évidente, elle regarda alternativement les deux amoureux avant de déclarer sur un ton péremptoire.

-Suivez-moi ! Vite !

Une telle intensité se dégageait de cet ordre qu’ils obéirent par un automatisme inconscient, sans poser de question. Ils la suivirent ainsi en courant à travers les couloirs, sans percuter personne d’autre. Elle ne daigna s’arrêter que lorsqu’ils atteignirent les vestiaires.

En entrant, ils tombèrent sur Viktor Kirov. Son visage affichait la même intensité que Rita et, visiblement, son esprit abritait la même idée, car ils semblèrent se comprendre et se mettra d’accord en échangeant un simple regard. Tandis que Julien restait interdit, Maria finit par demander.

-Mais que se passe-t-il ?

Si le regard de Rita avait été intense auparavant, les adjectifs manquaient pour le qualifier maintenant. Les fixant de ses pupilles les plus graves et sérieuses, elle prononça cette phrase si simple et si inimaginable à la fois.

-C’est la fin du monde.

Avec une latence de plusieurs secondes, le cerveau de Julien assimila l’information. Puis ses cordes vocales tentèrent de s’activer.

-Quewouuuf !

Ce furent à peu près ses paroles, tandis qu’il encaissait la réception d’un paquetage lancé sur lui. L’instant d’après, Maria le trainait par le poignet à l’en faire presque mal. Suite à son atterrissage forcé sur le siège d’un véhicule, il tenta de se redresser. En plus de Rita, Maria et Viktor, trois ou quatre autres personnes s’invitèrent à bord.

En se poussant pour faire de la place, Julien reconnut sa voisine de siège. Il s’agissait de Vanessa Ming. Elle le dévisagea un instant, mais ne fit aucun commentaire. Le véhicule démarra à toute allure pour débouler à pleine vitesse sur la piste.

Pendant que Maria conduisait, Rita se retourna vers les passagers, attirant vers elle toute l’attention, comme un aimant. Cette femme dégageait une telle aura de commandement.

-Nous avons quinze minutes pour faire décoller ce vaisseau.

Quinze minute. Personne ne posa la moindre question. En une phrase, Rita avait dit tout ce qu’il y avait à savoir, tout ce sur quoi ils devaient se concentrer. Du moins, tout ce sur quoi les astronautes devaient se concentrer. Julien, lui, n’était qu’un passager de fortune. Mais il ferait tout ce que Rita dirait. Son esprit lui dictait de procéder ainsi, comme une nécessité vitale et impérieuse.

Une fois débarqués au pied du vaisseau Maria saisit son bras. Elle ne le lâcherait pas. Lui se cramponnait au paquetage reçu, comme s’il s’agissait d’un doudou apaisant. Au pied de la rampe, Rita donna de nouveaux ordres.

-Maria et Mélina, au poste de pilotage. Préparez le décollage. Viktor et Leia, salle des machines. Assurez-vous que le moteur tourne. Jack et Vanessa, faites le tour du vaisseau. Préparez tout le monde.

Ce disant, elle partit vers les techniciens et les opérateurs qui s’agitaient autour de la carlingue. Maria tira Julien à l’intérieur. Ils se frayèrent un chemin jusqu’au pont d’observation.

-Enfile la combinaison, range le sac dans le compartiment et accroche-toi à ce siège.

Sur ces instructions, elle le laissa. Incapable de réfléchir, il s’exécuta. Ce ne fut qu’une fois assis et attaché que son esprit put presque se remettre à fonctionner. En fait, non. Il resta suspendu dans une léthargie mécanique. Cinq autres personnes le rejoignirent, recevant à peu près les mêmes instructions de la part de Vanessa.

Tout le monde se regarda. Personne ne parla. Personne ne pouvait parler. Ce qui se passait était inconcevable. Incapables de faire autre chose, ils observèrent l’extérieur à travers la baie vitrée du pont d’observation.

Dehors, l’agitation régnait. Cependant, au bout de quelques minutes. Les environs immédiats du vaisseau se retrouvèrent désertés. L’appareil se mit alors en mouvement. Ils allaient décoller ! Pour de vrai ! Par réflexe, Julien s’accrocha à son voisin, ou sa voisine. Il ne savait plus, son regard fixé sur le tarmac qui défilait.

Les compensateurs inertiels atténuaient grandement l’accélération, ce qui provoquait un décalage inconfortable entre les sensations du corps et ce que les yeux observaient. Ils décollaient ! Le sol s’éloigna a une vitesse déraisonnable. Impossible de quitter la vitre des yeux. Impossible non plus de réaliser pleinement ce qui se passait, ni ce que ça signifiait.

Tandis qu’ils s’élevaient toujours plus haut dans le ciel, quelque chose traversa le champ de vision offert par la baie d’observation. Ça ne dura qu’un instant, mais ça allait en sens inverse, à toute vitesse. Même pas une minute plus tard. Une lumière aveuglante illumina le ciel.

Julien ferma les yeux. Son cœur failli s’arrêter. Ce n’était pas possible ! Il inspira difficilement. Il avait l’impression d’être resté en apnée pendant plusieurs dizaines de secondes. Il osa ouvrir à nouveau les yeux. Ils devaient approcher de la thermosphère à présent, ou ils s’y trouvaient-ils peut-être déjà.

Le monde entier s’ouvrait sous eux. La vue aurait été absolument fabuleuse, si elle n’avait été aussi abominable. L’adrénaline, sans doute, l’empêchait de défaillir devant ce spectacle. Sous ses yeux horrifié, Julien assistait à la fin du monde.

La destruction totale, par le feu nucléaire.

 

 

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